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Les Dakarois ne peuvent plus accéder qu’à de petites portions de corniche. Le lieu est en effet envahi d’hôtels, de belles villas et d’immeubles huppés. La Plateforme pour l’environnement et la réappropriation du littorale (Perl), qui lutte depuis des années contre cette situation, a pris une mesure radicale. L’organisation annonce des plaintes contre l’hôtel Terrou-Bi et le maire de Fann-Point E, entre autres.

La bataille pour la corniche de Dakar est loin d’être finie. Après avoir réduit à néant les velléités de construction d’une ambassade par la Turquie, la Plateforme pour l’environnement et la réappropriation du littorale (Perl), qui a constaté que le bradage continue de plus belle, a décidé de prendre une mesure radicale pour préserver ce qui peut encore l’être du littoral dakarois. La nouvelle charge de la Perl, dont l’architecte Pierre Goudiaby Atepa est le président d’honneur, est dirigée contre les occupants de la corniche. L’hôtel Terrou-Bi, la société Eco-Loisirs et le maire de Fann-Point E, Palla Samb, sont dans la ligne de mire de l’organisation. «Suite à la recrudescence du bradage de la corniche, les organisations en lutte pour la sauvegarde et la réappropriation du littoral, membres de la Perl, ont décidé de porter plainte contre le groupe Terrou-Bi qui occupe de manière illégale la plage des enfants, la société Eco-Loisirs qui compte édifier un hôtel, le maire de Fann-Point E, Monsieur Palla Samb, et des bénéficiaires de parcelles abusivement attribuées au bas de l’espace Senghor, sur le prolongement de l’hôtel Radisson», indique un communiqué de Perl. La même source assure que «ce trou de 40 mille mètres carrés, acheté à 100 millions, a été revendu à des tiers à plus de 30 milliards de francs Cfa».
Joint par téléphone, le président de la structure, Moctar Ba, ne mâche pas ses mots pour dénoncer ce qui se passe sur la corniche. «C’est honteux», dit-il, de priver les Dakarois de plage. «On ne peut plus accepter que la corniche soit partagée entre des politiciens et autres», peste le président de la Perl. «On a chassé les Turcs, mais le drapeau des Koweïtiens est toujours là-bas. Les gens construisent allègrement», s’indigne M. Ba. Il est d’autant plus indigné que cette partie du territoire est, selon la loi, «inaliénable et non aedificandi», rappelle-t-il. Mais des personnalités de ce pays ont décidé de passer outre la loi en la détournant à leur profit. M. Ba explique que même s’il est possible de déclasser le domaine maritime, cela ne doit pas se faire au profit d’intérêts privés.
A un moment du bras de fer entre Perl et les occupants de la corniche, le Président Macky Sall avait donné un signal fort en renonçant à son propre terrain. Mais son exemple n’a pas fait tache d’huile. Au contraire, se désole M. Ba, des villas et des immeubles, plus belles les unes que les autres, n’ont cessé de pousser en ces lieux, reléguant les Dakarois en lointains spectateurs des vagues marines.
La Perl, qui ne désarme pas devant cette situation, se sent investie d’une mission, semble dire M. Ba. «C’est une nouvelle demande sociale, les gens veulent accéder à la corniche», martèle-t-il en indiquant que Perl est avant tout une force de propositions qui compte s’ériger en rempart. L’enjeu est d’autant plus important que la métropole dakaroise souffre de cet état de fait. «Des études ont montré que la pollution est 7 points au-dessus de la norme de respiration admise, alors que Dakar est une ville ouverte aux vents», note Moctar Ba. La Perl annonce ainsi un face-à-face avec la presse aujourd’hui aux côtés de ses avocats Mes El Hadji Diouf et Baboucar Cissé.
mamewoury@lequotidien.sn

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