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«Il n’y a que la mort pour nous imposer un monde à l’envers et nous dicter un cérémonial à la place de Bruno», Macky Sall (Oraison funèbre 26.09.18)
Cependant, après coup, nous savons reprendre le dessus sur la mort et remettre ce monde à l’endroit. Je dirais que ce cérémonial qui a porté au pinacle Bruno, cette oraison funèbre tant exquise qu’elle a apaisé les douleurs, ces initiatives glorificatrices inédites du président de la République qui ont débuté à l’instant même où l’information lui est parvenue, par une décision spectaculaire de revenir sur ses pas alors que son avion s’apprêtait à prendre son envol, tout cela a fini par hisser les obsèques de Bruno à l’apothéose des cérémonies du genre, à la grande satisfaction de tous.
Je n’ai jamais rencontré Bruno, mais en ces moments où les témoignages de ceux qui l’ont côtoyé rivalisent d’ardeur, je vais avec quelque regret rappeler ci-après ce que je disais sur l’homme et suggérais à son égard dans un édito du 26 – 01- 2016, paru dans seneplus.com et intitulé : «De bénévolat à icône».

Icône du dévouement
Puisqu’on en est aux icônes locales, je vais évoquer une personne, dont je n’aurais jamais voulu parler publiquement, mais je n’ai pas le choix. Je ne vois pas les «en haut d’en haut» pour leur souffler parfois une idée dans l’oreille et me garder d’en parler publiquement. L’icône au-dessus de tous se trouve au cœur de l’appareil d’Etat. Je veux parler de Son Excellence Monsieur Bruno Diatta, que je ne connais ni de Eve ni de Adam, que je n’ai jamais rencontré de ma vie. Mais avec tout ce qui s’est passé dans cette Nation, un homme qui a été à ce niveau de la hiérarchie étatique, au service de tous les présidents de la République depuis notre souveraineté et est demeuré immaculé, chapeau !
Cet homme est exceptionnel, je ne lui connais pas de semblables. Monsieur le Président si vous, qui serez probablement le dernier Président qu’il aura servi, vu son âge, vous le laissez partir à la retraite, comme tout autre individu, sans l’honorer d’une insigne consécration à vocation nationale, votre leadership en serait écorné.
Il l’a mérité bien avant votre accession à ce poste par son exemplarité, sa compétence, sa discrétion et sa loyauté indubitables et inégalées. Je parie que votre prédécesseur regrette du fond de son cœur de n’avoir inscrit cette initiative à son palmarès de leadership. Avec Bruno Diatta, que je salue au passage et lui témoigne mon admiration, le Diola a définitivement pris la palme des vertus de loyauté et d’abnégation dans notre administration publique. Bruno est un exemple à servir à toute l’Afrique. Bravo nos icônes !]. http://www.seneplus.com/politique/icone-silencieuse#
Si j’évoque cet article, c’est dans l’espoir de gagner une légitimation de ma parole que rien n‘autorise dans ces circonstances, si ce n’est cet intérêt que j’ai manifesté pour ce spécimen et l’ai fort exprimé à un moment où personne n‘avait remarqué la phénoménalité qui se cachait derrière. Ce faisant, je veillerai à éviter la redondance et révélerai plutôt d’autres thématiques symboliques de sa vie, que celles qui font l’actualité depuis sa mort. L’unanimité inégalée de la communauté sénégalaise qui a entonné en chœur un panégyrique vantant son parangon des meilleurs vertus et archétype de l’éthique d’homme d’Etat amène à se poser une question surprenante :
Bruno n’était-il pas un Sénégalais, quelqu’un bien de chez nous ?
Voilà quelqu’un qui, pendant 41 ans, est au cœur de l’Etat, pétri de toutes ces valeurs qu’il traduisait quotidiennement en actes dans un esprit de sacrifice admirable, alors que tout ce temps durant des dénégateurs nous faisaient croire que notre société actuelle ne regorgeait que de fourbes dépourvus de valeurs.
Que n’a-t-on pas entendu comme insanités à l’endroit des Sénégalais et surtout ceux au pouvoir ? – tous corrompus, voleurs, menteurs, fraudeurs, paresseux et arrogants, indignes de confiance et je ne sais quoi encore. Certains médias peu scrupuleux en ont fait la règle, rivalisant d’ardeur avec les réseaux sociaux pour servir de tribune à des opposants adeptes chroniques d’enchères, d’illusions et de dénis de réalité.
Et Bruno alors ! – L’on nous dira que c’est une exception. Mais heureusement pour nous autres, une seule exception suffit à infirmer la règle. Bruno est en vérité un cinglant démenti pour les pessimistes invétérés qui ne croient pas à l’émergence du Sénégal. Il nous confirme que notre pays demeure constamment un pays de valeurs et d’éthique, qualités notoires que l’on retrouve au sein de l’appareil d’Etat dont lui-même, si besoin en est, suffit à donner la preuve.
Dans ce pays, on parle trop et l’on préfère parler de ce qui est négatif parce qu’on a un rapport pathologique avec les nouvelles technologies et surtout l’industrie du buzz, son corollaire. Ceux-là qui font du buzz leur médium pour atteindre on ne sait quels objectifs doivent savoir que l’on ne peut survivre en niant tout, se contentant de dénigrer et tentant de saper tout ce qui se construit par d’autres autour de soi. L’unanimité autour de Bruno n’a d’égale que sa discrétion, son silence envers et contre tout. Qu’il soit pris en exemple ! Et j’espère qu’avec la dénomination bien inspirée de la salle Bruno du Conseil des ministres, notre pays en a terminé avec des ministres excentriques, ostentatoires et arrogants.
Toutes ces révélations de qualités de Bruno devraient largement impacter toute autorité de ce pays.
Adieu au ministre Bruno Diatta ! Bonjour au modèle Bruno !

Ibrahima NIANG – Conseiller spécial de Monsieur le Premier ministre

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