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Amadou BA

Un an après son élection à la tête de l’Etat, dans un article intitulé «Apr : Attention aux dérives du pouvoir !» paru dans le journal, Le Témoin du jeudi 18 juillet 2013, nous attirions l’attention de Monsieur le président de la République sur les agissements et comportements de certains de ses proches, en ces mots : «Le Président doit se méfier des “partisans courtisans et se fier aux partisans bosseurs”.» Cette sortie, synonyme d’alerte, était dictée par la survenue de deux évènements qui tranchaient net d’avec la volonté du chef de l’Etat, nouvellement élu, de marquer de profondes ruptures dans la gouvernance étatique : i) l’organisation de la réception par le président de la République au Palais présidentiel des femmes venues, soi-disant pour le remercier après l’adoption par l’As­semblée nationale de la loi autorisant à la femme sénégalaise à donner sa nationalité sénégalaise à son conjoint. ii) l’ambition très vite déclinée par certains responsables apéristes d’occuper le plus grand nombre de municipalités, plus particulièrement celle de Dakar à l’occasion des élections locales à venir (2014) au grand dam des alliés. Ces deux phénomènes qui, à notre avis, ne pouvaient avoir pour leurs auteurs qu’un seul soubassement, celui de sortir vainqueurs des querelles de paroisses et de positionnement qui sont le lot quotidien propre à tout espace présidentiel et qui ne conduiraient forcément qu’à ce que nous sommes en train de vivre avec un front social en ébullition aussi intense et vive jamais égalée depuis le départ du Président Diouf du pouvoir.
Derrière cette alerte se trouvait une volonté de barrer la route à toutes ces personnes au verbe facile, dénuées de compétences de production, mais dotées de capacité de sentir les bons coups et de faculté de pouvoir infiltrer insidieusement l’espace présidentiel dans le seul but de se servir plutôt que de servir l’intérêt général. Ce sont ces personnes qui, après s’être transformées en thuriféraires ou faucons, pyromanes et sapeur-pompiers, finissent par embraser le pays de par leur manière maladroite et guerrière de chercher à éteindre les foyers de tensions par des théories aussi absurdes les unes que les autres et qui en dernier ressort en arrivent à excéder le Peuple. En effet, depuis quelques mois, nous assistons à une forte ébullition du front social caractérisée par des remous et des grognes sur fond de revendications pécuniaires au niveau de certains secteurs vitaux du pays. Il est vrai que toutes ces réalisations infrastructurelles de l’Etat qu’il faut saluer ont pour finalité la satisfaction des besoins des populations et l’amélioration de leurs conditions de vie. Toute­fois, les effets attendus de ces investissements qui souffrent terriblement d’une communication appropriée et opportune pouvant rassurer les populations sur les retombées futures sont souvent anachroniques, relativement à l’instantanéité de la satisfaction des exigences de ces dernières.
Aussi, le seul baromètre qui vaille en termes d’évaluation des politiques publiques qui, entre autres, visent à maximiser le bien-être et le revenu par habitant demeure leur impact et la perception qu’en ont les populations qui en sont les seules bénéficiaires. Les discours d’autoglorification et de propagande ne pourront jamais résister à cette disposition naturelle. Quels autres indicateurs seraient plus révélateurs de la situation d’angoisse qui habite les populations que ce bouillonnement du front social qui a fini de gagner tous les secteurs de la vie, avec comme clou la grève annoncée de la centrale syndicale la plus représentative du pays ?
En effet, pressurés par vingt années d’ajustement structurel (1979 à 1999) durant le régime socialiste, accablés par douze ans de tyrannie pétrolière sous le magistère du Président Wade, les Sénégalais espéraient enfin voir le bout du tunnel avec le programme Yoonu yokkuté du Président Macky Sall. Ce programme concocté à la suite d’une tournée nationale du candidat Macky Sall qui dit s’être suffisamment enquis de l’état de dénuement dans lequel se trouvent les populations et dont le seul intitulé, Yoonu yokkuté, suffit pour se rendre compte du degré de conviction de l’actuel président de la République de la nécessité de changer profondément les choses. Mais c’était sans compter avec ses thuriféraires qui non seulement constituent des forces d’inertie qui inhibent toute action de développement rien que par leur présence, mais braquent les populations en dépeignant leur espace de vie comme un eldorado.
En toute honnêteté, force est de constater, 35 ans après le fameux appel du juge Kéba Mbaye, «les Sénégalais sont fatigués», repris dans un style beaucoup plus dépouillé respectivement par les juges constitutionnels, Youssoupha Ndiaye et Cheikh Tidiane Diakhaté, en 2000 et 2012 à l’occasion de l’installation des Présidents Wade et Macky Sall, que rien a changé sous les cieux. La marche des retraités et celle programmée des travailleurs en activité, sans compter la paralysie des Universités et des lycées, la grogne des travailleurs municipaux et de la santé ainsi les sorties médiatisées de toutes ces victimes des conflits sociaux qui bénéficient de décisions de justice et qui peinent à se voir indemnisés (travailleurs de la Sotrac, des Ics, d’Ama Sénégal etc.) ne peuvent continuer à rester inaudibles. Ils sont nombreux les Sénégalais qui bénéficient d’une décision de justice qui leur est favorable suite à un conflit social (Sotrac, Ama Sénégal, enseignants, travailleurs municipaux, etc.) avec l’Etat ou des suites d’une décision forcée comme l’expropriation de biens pour cause d’utilité publique (travailleurs des Ics).
Légitimement, ces travailleurs continuent à nourrir l’espoir d’un dénouement heureux et rapide en cette année 2018 avec la mise en place d’un budget empreint du cachet social, même s’ils sont conscients que ce dernier vise exclusivement la prise en compte des politiques pu­bliques telles que le Pudc, les bourses familiales, l’entreprenariat rapide pour l’emploi, la formation et l’apprentissage des jeunes.
Monsieur le Président, en réponse aux critiques de l’opposition, vous avez clairement indiqué que votre seul adversaire est le Parti de la demande sociale. Ce parti qui est incarné par ce que mon grand frère et ami le journaliste Momar Seyni Ndiaye appelle le bilan immatériel, par opposition à votre bilan matériel qui est certes positif au regard des nombreuses infrastructures réa­lisées, est plus jamais présent. En tout état de cause, cet adversaire, la demande sociale, est bien debout et affûte ses armes à quelques encablures de 2019.
Monsieur le Président, il paraît que le week-end dont nous sortons a été mis à profit pour réarmer les troupes et à cet effet, un émissaire a été envoyé à Matam, bastion fort de votre parti pour réunifier les militants en perspective des élections de 2019. Ne pensez-vous pas Monsieur le Président qu’un geste fort, en réponse à ce Parti de la demande sociale (revendication des enseignants, modernisation des universités, règlement des contentieux sociaux, application des décisions de justice relatives aux contentieux avec l’Etat et la revalorisation des pensions de retraite et leur paiement à des dates raisonnables) qui compte dix fois plus de militants vaut plus et serait moins coûteuse qu’un réarmement des troupes qui suppose la mise à disposition des moyens financiers qui risque d’être contreproductive, car n’arrivant pas à bon port comme c’est souvent le cas.
Monsieur le Président, quoi qu’en disent vos conseillers et vos collaborateurs les Sénégalais sont fatigués et l’illustration vous est donnée à travers ce bouillonnement du front social qui a fini de gagner tous les secteurs vitaux de la Nation. Vos références sociologiques et politiques sont assez édifiantes pour que vous preniez la pleine mesure de cette réalité.
Mamadou FAYE Hamo Grand-Yoff

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