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Le gouvernement a annoncé en grande pompe que le budget de l’année 2018 serait social. Mais pour l’ancien inspecteur des Impôts, Alla Kane, il ne s’agit que d’un budget de campagne avant l’heure. Il était l’invité de «Samedi de l’économie», organisé par Arcade Afrique.

2018 est une année où le front social est en ébullition et bruit de revendications de plusieurs secteurs, mais c’est aussi une année sociale, selon les autorités. Le ministre de l’Economie, des finances et du plan n’a pas manqué de vanter le caractère social du budget 2018. Mais pour l’inspecteur des Impôts à la retraite, Alla Kane, il ne s’agit là que «d’un budget de campagne électorale». Invité de «Samedi de l’économie», organisé par Arcade Afrique, M. Kane a tenté de démontrer que «ce budget social qui n’est mis en place qu’à la dernière année du septennat du Président est un budget de campagne présidentielle avant l’heure». Il en veut pour preuve les ressources importantes allouées à certains projets comme les Bourses de sécurité familiale qui sont créditées de 40 milliards ou encore la Délégation à l’entreprenariat rapide des femmes et des jeunes (Der/Fj) pour 30 milliards. Si ces programmes ont des visées sociales pour le gouvernement, pour le doyen Kane, les Bourses de sécurité familiale «sont un fonds de promotion de la pauvreté dans la mesure où 400 mille familles reçoivent 278 francs Cfa par jour». Pendant ce temps, note l’ancien inspecteur des Impôts, les plus hautes autorités du pays reçoivent des salaires très élevés et des avantages considérables. Il cite ainsi «le président de l’Assemblée nationale avec son salaire de 8 millions, les députés avec 1,6 million, 5 millions pour les directeurs généraux». Par une petite arithmétique, il démontre ainsi la modicité des sommes allouées à des secteurs vitaux. «Le Fonds d’équipement des collectivités locales, 22 milliards pour un total de 555 collectivités, là où le Train express régional a reçu 44 milliards et l’autoroute Ila Touba 20 milliards», donne-t-il comme exemple.
Alla Kane qui s’est livré à un véritable exercice de déconstruction du discours officiel souligne que si les recettes fiscales constituent 61% du budget de l’Etat, au total, les ressources internes en constituent les 91%. «Tous les projets sont réalisés avec des ressources qui appartiennent au Peuple. Ce sont les impôts. Et les travailleurs paient plus que les sociétés, parce que ces impôts sont prélevés à la source. Et pour les impôts indirects aussi, c’est la Taxe sur la valeur ajoutée (Tva) qui est la première source et ce sont les pauvres qui la paient, parce que même quand vous croquez des arachides grillées, le sel et l’eau qui ont servi à les préparer supportent la Tva. C’est le Peuple qui finance les politiques publiques.»
Parlant de l’endettement du Sénégal, M. Kane attire l’attention sur les intérêts élevés payés par le pays. «Cette année, le Sénégal va rembourser 839,9 milliards dont les 221 sont des intérêts.» Un service si lourd, souligne-t-il, que le pays a été obligé de s’endetter pour faire face.

Souveraineté économique
Mais selon M. Alla Kane, le fond du problème reste l’absence de souveraineté économique. «Pour comprendre tout ce qui se passe maintenant, il faut remonter à la période des indépendances. Notre indépendance nous a été octroyée, mais on l’a doublée d’accords secrets portant sur l’enseignement supérieur, la défense, l’économie. C’est la porte par laquelle le néocolonialisme est entré dans notre pays.» Aujourd’hui, il souligne que sur plus de 400 mille entreprises, 3% sont formelles et 80% d’entre elles sont entre les mains d’investisseurs étrangers. «Il faut que nous récupérions notre économie», interpelle M. Kane, en précisant que les 7,2% de croissance annoncés pour 2017 sont «une croissance en transit qui ne va pas créer d’emplois».
mamewoury@lequotidien.sn

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