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L’orientation sociale du budget dont les arbitrages ont été achevés juste à temps pour permettre au Président de se rendre tranquillement en Argentine et en Arménie n’occulte péniblement que ce budget sera mis en œuvre en pleine période électorale, quand le chef de l’Etat sortant aura besoin de convaincre les populations pauvres des villes et des campagnes de sa capacité à tenir ses promesses de bien-être.

Plus de 4 000 milliards de francs Cfa pour faire du social. Le Président Macky Sall n’aimerait certainement pas entendre qu’on lui dise que le budget qu’il concocte pour l’exercice budgétaire 2018 ressemble fortement à un budget de campagne. Ce n’est pas tant le fait que le budget du pays connaisse encore un nouveau record par rapport au 3 700 milliards de cette année – on en a connu pas mal des records dans ce domaine depuis 2014. Non.
Mais à lire le communiqué du Conseil des ministres, en attendant d’avoir le détail des arbitrages opérés par les différents services ministériels, on peut affirmer que le chef de l’Etat cherche à ferrer une certaine population des couches pauvres et défavorisées de la population, le genre des gens qui ont la reconnaissance du ventre chevillée à l’âme.
Les projets et programmes déjà entamés, à orientation sociale marquée, seront renforcés, comme le dit le communiqué publié hier : «Le projet de Loi de finances initiale 2019 intègre les engagements pris par le gouvernement du Sénégal et la poursuite des programmes phare du Pse, notamment le Pudc, le Pro­gramme des bourses de sécurité familiale, le Puma, Prom­o­villes, la desserte ferroviaire Dakar-Aibd, le projet de construction du stade olympique de 50 mille places, le Programme spécial d’amélioration de l’alimentation en eau potable de Dakar (Psdak), le Fonds d’entreprenariat rapide pour les femmes et les jeunes ainsi que tous les projets et programmes d’équipement des forces de défense et de sécurité.»
Tous ces programmes cités sont, on le sait, hautement budgétivores. Pour ne parler que de la réalisation du Train express régional, destiné à améliorer la desserte entre Dakar et l’aéroport de Diamniadio, il avait été annoncé au départ à un peu plus de 560 milliards de Cfa par le gouvernement. Or d’autres chiffres, avancés notamment par des personnes comme le député Ousmane Sonko, indiquent plus de 1 200 milliards de Cfa. Et ces montants sont dans une très large mesure des emprunts. De même, s’il faut construire le stade olympique que s’est engagé à faire Macky Sall, il faudra aussi s’endetter auprès de bailleurs comme les Chinois ou les Turcs, spécialisés en Afrique dans ce genre d’infrastructures. Et ainsi, gonfler encore plus la dette du pays que certains commencent à juger non soutenable.
Dans le même temps, le gouvernement veut assurer que ce budget sera voté et exécuté dans la transparence et la maîtrise de l’endettement : «Le chef de l’Etat indique que le projet de Loi de finances initiale 2019 reste principalement marqué par le renforcement de la transparence budgétaire et du contrôle parlementaire avec le rapatriement dans le budget de l’Etat de toutes les taxes parafiscales, une orientation des ressources budgétaires vers les dépenses sociales, une stratégie de maîtrise de l’endettement, d’assainissement des finances publiques et de consolidation du taux de croissance…» Néanmoins, toutes ces ambitions, on ne le dit pas, butent sur un ralentissement notable du recouvrement des recettes fiscales qui traduit quelque peu un marasme du secteur productif, sinon un laxisme dans l’organisation des services des Impôts du Sénégal.
mgueye@lequotidien.sn

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