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S’il ne lui est pas connu de proximité avec le pouvoir en place, il a pu être établi que Saïd Tarraf, le Dg du Groupe Tarraf qui a spolié ses co-héritiers, avait des relations d’affaires avec Bibo Bourgi, connu par la Crei pour être le prête-nom de Karim Wade. Cela aurait pu expliquer son pouvoir à cette époque, mais interroge sur son impunité actuelle.

Le conflit opposant Saïd Tarraf et ses enfants aux autres membres de la famille Tarraf-Koujock n’en finit pas de produire de nouveaux développements, au fur et à mesure de l’enquête initiée par les autorités judiciaires de ce pays. C’est dans ce cadre qu’ont été mises au jour les relations d’affaires troubles qui ont existé en leur temps, entre Saïd Tarraf et le duo Bibo Bourgi-Karim Wade. On se rappelle notamment qu’ils avaient mis en place une société appelée Sénégalaise des industries (Sdi). En 2012, un article du journal Le Quotidien révélait que cette entreprise était détentrice de plus de 400 hectares de terres dans la forêt de Bandia, qui devaient leur permettre d’ouvrir une cimenterie au Sénégal. L’article a révélé que ce qui intéressait véritablement les bénéficiaires du décret d’attribution de ces terres, c’était de réaliser une belle opération financière en vendant ces terres riches en calcaire, produit très utile à la fabrication du ciment.

Après les Bourgi et Karim, quel soutien ?
C’est ainsi qu’ils ont tenté d’écouler les terres auprès des cimentiers locaux qui, tous, ont reculé, principalement à cause du montant jugé exorbitant réclamé par les acolytes. Ce que l’on savait moins à ce jour, c’est que, si les frères Karim et Ibrahim Aboukhalil Bourgi étaient à la manœuvre, Said Tarraf était leur principal associé dans cette affaire. C’est en effet, dans ses locaux qu’était établi le siège social de la Sdi, et son fils Mehdi et lui étaient, avec les frères Bourgi, les principaux des actionnaires de l’entreprise. Le capital de la Sdi, d’un montant de 2 milliards de Cfa, se répartissait entre Ibrahim (Bibo) Aboukhalil, Karim Aboukhalil Bourgi, Saïd Tarraf, et son fils Mehdi Tarraf, chacun des membres ayant investi 500 millions de Francs.
Il ressort aujourd’hui, à la suite des enquêtes, que Saïd avait à l’époque, puisé dans les caisses des entreprises du Groupe Tarraf, dont il devait assurer la gestion, pour acquérir des parts dans la Sdi. Il est évident, dans le contexte de l’époque, qu’une relation d’affaires avec des proches du clan Wade, lui assurait, sinon, une proximité, du moins une certaine impunité dans le pays. Si l’on sait que la Crei a démontré que Bibo et Karim Bourgi servaient de prête-noms à Karim Wade dans certaines affaires, on peut se demander quel rôle a pu jouer Saïd Tarraf, et qui lui valait cette bienveillance du pouvoir de Wade.
On a par ailleurs, le sentiment que ladite impunité n’a pas dû cesser avec la perte du pouvoir par les Wade père et fils, car jusqu’à ce jour, l’instruction judiciaire diligentée contre Saïd Tarraf à la suite de la plainte de ses frères, semble faire du surplace.

Une convocation reportée… par l’accusé
Ainsi, on se rappelle que le procureur de la République n’a pas voulu accorder aux parties civiles ce qui, dans des cas similaires, est tout à fait ordinaire, à savoir, la saisie conservatoire de tous les biens de Saïd Tarraf et de ses enfants et éventuels complices. La décision finale sur ce point devait revenir au Doyen des juges, et ce dernier lui a servi une convocation pour cela. Bien que présent à Dakar, Saïd Tarraf a trouvé le moyen de ne pas déférer à la date indiquée. Il a fait dire par son avocat qu’il n’était pas présent, et le Doyen des Juges n’a pas encore réagi !
C’est le même sentiment d’impunité qui semble avoir animé celui qui est aujourd’hui le principal bénéficiaire de la fortune familiale, le poussant à faire usage de faux documents pour dépouiller les membres de sa famille, au vu et au su de tous.

Usage de faux avec impunité
C’est ainsi qu’il est reproché à Saïd Tarraf d’avoir fait forger de fausses signatures de son frère Adel, pour dépouiller ce dernier de ses actions dans la société immobilière SAI Senjaillet, au profit de son fils à lui, Mehdi Tarraf. Il a usé des mêmes procédés pour prendre le contrôle de Senbiscuits. Tous ces actes frauduleux de cession d’actions, ont été dûment enregistrés à la Direction des impôts et domaines, bien que les personnes spoliées aient pu faire la preuve que leurs signatures avaient été grossièrement imitées. C’est ainsi que l’on voit que sur certains documents, la signature de Adel Tarraf est différente de celle trouvée sur d’autres.
Le Quotidien a précédemment indiqué que si Saïd Tarraf et ses enfants ont démantelé le Groupe familial pour déposséder les autres membres de la famille, il leur fallait également mettre à l’abri le magot qu’ils en ont tiré, et hors de portée de ceux qui pouvaient leur demander des comptes. D’où les nombreux transferts d’argent que l’on avait relevés auparavant, notamment à travers la banque Crédit International, dont la maison-mère est au Liban. Mais il n’y a pas que cette voie. Saïd ne s’est pas contenté que de dépouiller les entreprises familiales au Sénégal. Même des filiales comme celles possédées en Gambie par exemple, semblent avoir servi de plateforme pour de l’évasion fiscale. Des documents montrent par exemple que la société gambienne Fdg, sise à Nelson Mandela Street à Banjul, a opéré des transferts de plusieurs millions à une certaine Fondation Almani Agro, entre autres, alors qu’elle n’a officiellement aucune relation d’affaires avec cette dernière.
Comme déjà dit auparavant, pour des plaintes moindres que celles-ci, d’autres personnes dans d’autres affaires, ont eu à apprécier les douceurs des prisons sénégalaises, ne serait-ce que pour un temps. Mais, comme pour donner raison à ceux qui critiquent la justice sénégalaise, aucune procédure ne semble affecter Saïd et ses enfants Allia et Mehdi. Du moins jusqu’à ce jour.
mgueye@lequotidien.sn

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