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Le sujet faisait la Une des principaux quotidiens privés camerounais hier vendredi : l’indignation provoquée à la suite de l’arrestation de Mimi Mefo, la rédactrice en chef adjointe et présentatrice vedette de la chaîne de télévision privée Equinoxe Tv. La journaliste venait alors de passer sa deuxième nuit de détention à la prison centrale de Douala, après sa mise sous mandat de dépôt le 7 novembre pour «propagation de fausses nouvelles, insultes vis-à-vis de fonctionnaires et incitation à la révolte».
«Une procédure rocambolesque» pour ses avocats qui dénoncent un «complot» contre leur cliente. Selon Me Alice Nkom, en effet, les faits retenus contre Mimi Mefo «ont été requalifiés», alors qu’elle se trouvait dans les locaux de la légion de la gendarmerie du Littoral.
La journaliste a été «convoquée à 14h pour être entendue sur le motif de propagation de fausses nouvelles», indique l’avocate à Jeune Afrique. Il lui est alors notamment reproché d’avoir «relayé, tout en en indiquant la source, un post disant que ce sont des balles de l’Armée qui ont tué le missionnaire américain Charles Trumann Wesco» qui a succombé fin octobre à ses blessures lors d’affrontements entre soldats camerounais et milices sécessionnistes près de Bamenda. «Et puis à 23h, on nous parle (d’une inculpation pour) atteinte à la sûreté de l’Etat. (…) C’est clairement une dérive autoritariste», explique l’avocate qui dirige un collectif de 14 juristes constitués par le Syndicat national des journalistes du Cameroun (Snjc) pour la défense de leur consœur.

Protestation des journalistes
Sur les réseaux sociaux, le hashtag #FreeMimiMefo a abondement été relayé, repris par les journalistes et autres acteurs de la société civile, comme le symbole de ce qu’ils estiment être une «intimidation», car depuis la tenue de la Présidentielle du 7 octobre, au moins six journalistes ont été interpellés au Cameroun, dont deux restent actuellement incarcérés.
Le journaliste Michel Biem Tong a été arrêté le 23 octobre et était toujours détenu le 9 novembre pour des faits allégués d’«apologie» de sécession. Joseph Olinga, reporter au quotidien Le Messager à Bafoussam (Ouest), était, lui, jugé au Tribunal le 8 novembre, où il comparaissait pour «rébellion simple et outrage à fonctionnaire». L’affaire a finalement été renvoyée pour défaut de témoins et de plaintes.
«La situation est critique et en tant que journalistes, nous ne sommes pas habitués à ce genre de situations. L’opinion se cristallise autour du Cameroun qui sort d’une élection. Et dans le sillage de la contestation de l’opposition, le régime a l’impression que les journalistes sont un parti d’opposition», explique Denis Kwebo, président du Snjc. «Il y a une tendance à prendre les journalistes pour des boucs émissaires, car ce sont eux qui donnent écho aux messages de l’opposition.»
Le Syndicat national des journalistes du Cameroun a annoncé une mobilisation le lundi 12 novembre, premier jour d’audience dans l’affaire Mimi Mefo. Un mot d’ordre de boycott a également été déclaré contre les activités du gouvernement dans le but de le contraindre à libérer la journaliste.

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