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Dans son rapport intitulé «Une tournure tragique. Violences et atteintes aux droits humains dans les régions anglophones», Amnesty international y révèle des actes de violence commis par les séparatistes armés dans le Nord et Sud-Ouest du Came­roun, mais aussi des violations des droits de l’Homme commises par les Forces de sécurité.

La crise anglophone, qui a débuté en 2016 au Cameroun, n’a pas encore connu son épilogue. Au contraire, on y note une recrudescence de la violence. C’est ce que révèle le rapport d’Amnesty international intitulé «Une tournure tragique. Violences et atteintes aux droits humains dans les régions anglophones» dudit pays. A en croire Ilaria Allegrozzi, chercheur du Lac Tchad qui a couvert le Cameroun, le document a été rédigé à partir d’entretiens réalisés entre janvier et mai 2018 auprès des 150 victimes et témoins oculaires, ainsi que des familles de ces victimes de violation des droits humains et abus. Dans ledit document, il en découle que les séparatistes armés ont attaqué des forces de sécurité, en particulier les gendarmes et la police, tuant au moins 44 d’entre eux entre septembre 2017 et mai 2018 dans les régions du Nord et du Sud-Ouest.
Les séparatistes armés s’en sont également pris à la population, mentionne le rapport. Lequel renseigne que des enseignants et des étudiants, accusés de ne pas avoir participé au boycott, ont été physiquement agressés. Il est aussi fait état d’au moins 42 écoles attaquées par des séparatistes armés, de février 2017 à mai 2018.
Amnesty international soutient par ailleurs que des séparatistes ont agressé des personnes, y compris des chefs coutumiers soupçonnés d’être des informateurs des forces de sécurité camerounaises. La note souligne en sus que dans certains cas, les forces de sécurité ont arrêté des personnes pendant des opérations et les ont torturées. Ainsi, au moins 23 dont des mineurs et notamment deux hommes handicapés mentaux ont été arrêtés par les forces de sécurité. A la suite de ces opérations de sécurisation et leurs violentes conséquences, plus de 150 mille personnes ont été déplacées à l’intérieur du pays et plus de 20 mille ont fui vers le Nigeria où elles vivent dans des endroits reculés et nécessitant une aide humanitaire. A ce propos, pour faire revenir la paix, le rapport recommande aux autorités camerounaises de prendre des mesures pour éviter un usage excessif et injustifié de la force, mettre fin aux arrestations et détentions arbitraires, empêcher les morts en détention ainsi que la torture et autres mauvais traitements, garantir l’obligation de rendre compte et offrir des recours effectifs aux victimes des violations des droits humains.
Invitée à faire part de la position officielle des autorités camerounaises sur cette crise, Samira Daouda, directrice adjointe du bureau régional d’Amnesty international pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale, dira que, selon les autorités, «il n’y a pas de crise anglophone en tant que telle. Il y a une bande de criminels commettant des actes de violence et des crimes dans les régions anglophones et donc une question de sécurité qui est posée aux autorités camerounaises». A l’en croire, l’autre message du directeur de cabinet civil à la Présidence concerne une mise en garde contre «la manipulation et la propagande des groupes anglophones qui sont actifs, notamment sur les réseaux sociaux et qui diffusent une information qui n’est pas exacte».
Toutefois, Mme Daouda pense que c’est positif du moment où ils ont été reçus par une autorité, ce qui n’était pas possible auparavant. «Nous aurions aimé avoir des réponses précises par rapport à des questions spécifiques, mais le rapport ne leur ayant pas été transmis, on ne peut pas en avoir. Nous considérons comme un signe encourageant le fait que nous ayons été reçus au plus haut niveau avec un message plutôt conciliant», se félicite Samira Daouda.
mfkebe@lequotidien

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