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Il y cinq ans maintenant que la Protection civile a donné l’alerte sur le danger que constitue le collecteur Hann-Fann. Dans la nuit du lundi au mardi, une partie de l’ouvrage s’est affaissée sous un bâtiment nouvellement construit aux Hlm 4. La décision du préfet de Dakar de faire démolir les constructions attenantes installe l’angoisse chez les familles touchées. Alioune Badara Samb précise qu’en effet ces maisons sont installées sur le domaine public.

Un tas de gravats, c’est tout ce qui reste du bâtiment R+1 dont la famille Diop vient tout juste d’achever la construction à l’arrière-cour de la maison sise aux Hlm 4. Dans la nuit du lundi au mardi, au plus fort de l’orage qui s’est abattu sur la capitale, un pan du collecteur Hann-Fann, qui passe sous le bâtiment, s’est effondré entraînant une partie du mur de clôture de la maison. La mine lourde, les yeux larmoyants, Thiané, la mère de famille, semble porter tout le poids du monde sur ses épaules. Entourée de voisines compatissantes, elle regarde impuissante, ce champ de ruine qui fut une partie de sa maison. «On nous a réveillés la nuit de la Tamkharite pour nous dire que le canal avait explosé», expli­que-t-elle d’une voix faible. L’incident s’est en effet déroulé dans l’arrière-cour de la maison, la partie où la famille venait d’édifier de nouvelles toilettes ainsi qu’une cuisine. C’est dans ces toilettes qu’il y a eu un afflux d’eau, nous explique par la suite un des préposés à la démolition de l’entreprise Egx. Après l’incident, Thiané Diop raconte que les autorités n’ont pas tardé à arriver sur place. «On a appelé le maire des Hlm et le chef de quartier. Et les gens de l’Office national de l’assainissement du Sénégal (Onas) sont venus, ainsi que le préfet», dit-elle. Après concertation, la décision est sans appel. Il faut démolir les bâtiments pour pouvoir accéder au canal et faire les réparations nécessaires. Les yeux rivés sur les ouvriers qui démolissent à coup de pioche le bâtiment, Thiané nage dans l’incertitude. «Ils ont décidé qu’il fallait démolir le nouveau bâtiment que nous venons juste de finir. On a déjà fait le carrelage, il ne restait que la peinture. La boutique à côté a déjà été réduite en poussière, et là, c’est notre bâtiment qu’ils sont en train de démolir. Ils nous ont dit qu’il le fallait pour faire les réparations parce que le canal passe sous le bâtiment. Mais ils ne nous ont rien dit d’autre», explique la dame dont toute l’inquiétude concerne une éventuelle compensation financière.

Libération des emprises
Mais à écouter le préfet de Dakar, Alioune Badara Samb, la question n’est pas encore réglée. Arrivé sur les lieux le jeudi, le préfet a assuré devant la presse qu’il s’agissait avant tout de sécuriser les lieux. «Quand nous avons constaté l’affaissement ici aux Hlm 4, j’ai pris sur moi de délivrer des sommations d’usage pour que les propriétaires puissent libérer les emprises», explique-t-il. Selon le préfet, des maisons ont été construites sur le tracé du canal. Mais Alioune Badara Samb préfère parler de libération d’emprise. «L’emprise du collecteur Hann-Fann a fait l’objet d’occupation et par détermination de la loi, les emprises de canaux, comme les voies routières, les ports et les aéroports, relèvent du domaine public. Et le domaine public est inaliénable et imprescriptible. Ça veut dire que le domaine public ne peut pas faire l’objet d’une appropriation privée», explique-t-il. Alioune Badara Samb se veut plus clair encore en soulignant : «Il s’agit du domaine public, je ne suis pas dans une posture d’indemnisation.» Au total, trois maisons pourraient être touchées par les mesures de démolition. De quoi installer la psychose chez ces familles installées dans le quartier depuis des décennies. Pour Thiané Diop, il ne fait aucun doute que la Sn Hlm, qui a brillé par son absence et dont le directeur, interrogé par les journalistes de l’Observateur, n’a pas souhaité réagir, est responsable au premier plan. «Personne de Hlm n’est venu nous parler. Mais ils ont une part de responsabilité dans tout ça. Il y a 5 ans, on nous avait parlé de ce canal mais par la suite, on nous a dit que cela avait été réparé et dévié. Donc, on s’est senti libre de construire notre arrière-cour et on a obtenu sans problème toutes les autorisations nécessaires», dit-elle.
Il y a cinq ans, la Protection civile avait tiré la sonnette d’alarme pour alerter sur les risques d’effondrement de ce canal qui traverse plusieurs quartiers de Hann à Fann. Depuis, les populations qui vivent sur cette bombe à retardement, attendent encore qu’une solution soit trouvée pat l’Etat et l’Onas.
mamewoury@lequotidien.sn

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