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Professeur Ibrahima Silla de l’Ugb.

Le 300ème anniversaire de la naissance de l’homme qui a été meneur de la révolution de 1776 au Fouta a été célébré mardi. L’œuvre de Ceerno Sileymaani Baal a été revisitée à travers un rappel des recommandations qu’il a laissées.

Ceerno Sileymaani Baal, ce héros emblématique de l’histoire du Sénégal. En 1776, il avait mené une révolution. En effet, il a libéré le Fouta d’un triple joug, à savoir la tyrannie de la dynastie des Deniyankobés, qui a duré pendant plus de deux siècles, la domination des Maures qui avaient imposé au Fouta l’acquittement d’un tribut annuel (mouddo horma) équivalant, selon Alla Kane, à 5kg d’or et l’esclavage. Issu d’une famille maraboutique, il est né à Bodé, dans la région du Toro (actuel département de Podor) vers les années 1720. Cette année 2020 marque le 300eme anniversaire de sa naissance. Initialement prévue depuis mars, la célébration qui a connu un retard lié au contexte du Covid-19 a été effective mardi à la salle de conférence de l’Ucad 2. A l’occasion, l’œuvre du meneur de la révolution de 1776 a été revisitée.
«Nous avons pensé qu’il fallait, au vu de la valeur des leçons que nous pouvons apprendre de ces recommandations, les exhumer parce que c’est quelque chose qui a été piétiné sciemment ou non, qui a été oublié», a déclaré le président de l’Association Ceerno Sileymaani Baal, le général Ousmane Kane. D’après lui, la structure a été créée en 2017 dans le but de mettre en exergue les apports de cette révolution, les enseignements qui peuvent être tirés de cette révolution par la génération actuelle. Et pour l’enseignant-chercheur en science politique à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis (Ugb), Ibrahima Silla, «il faut revisiter notre histoire, déconstruire un certain nombre de vérités qui sont aujourd’hui répétées, imposées, enseignées et qui peut-être ne contribuent pas à nous aider à mieux nous connaître, à mieux nous comprendre politiquement, sociologiquement, économiquement et anthropologiquement». Car argumente-t-il, «traditionnellement quand on aborde la politique, la démocratie, on les aborde sous forme de concept à tel point qu’on pense que les Africains n’ont peut-être pas forcément d’idées politiques». Or, poursuit M. Silla, «l’on découvre avec les recommandations de Ceerno Sileymaani Baal qui datent de 1776, il y a 3 siècles, des idées qui nous parlent, des idées qui sont révolutionnaires, qui abordent les questions de souveraineté, d’égalité, de citoyenneté, de représentativité, de biens publics etc., à tel point que nous avons trouvé que c’était intéressant de nous arrêter sur ces recommandations-là, de les réinvestir pour mieux comprendre la nécessité à un moment dans notre société de revenir sur ces histoires, sur ces idées politiques oubliées sans lesquelles on aurait peut-être des difficultés à comprendre notre environnement politique, notre sociologie politique, notre culture politique».
Par ailleurs, l’artiste Pape Faye et sa compagnie ont interprété, à travers une lecture spectacle, les recommandations de Ceerno Sileymaani Baal communément appelées la charte de gouvernance. Il prônait entre autres l’égalité de tous devant la justice, que le titre d’Almamy (nom du chef) doit être désigné par le collège des grands électeurs venant des 6 provinces du Fouta.

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