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La Centrafrique est toujours dans l’attente de la confirmation par la Cour constitutionnelle des résultats provisoires de l’élection présidentielle et des Législatives du 27 décembre 2020. Sur le terrain, la situation sécuritaire est toujours volatile. Samedi, une nouvelle attaque a été menée contre la ville de Bouar et la France est, de nouveau, sortie de son silence. C’est la deuxième fois en moins de deux semaines – fait rare – que l’Elysée communique. Les Présidents Macron et Touadéra se sont entretenus vendredi.
A l’occasion de cet échange, Emmanuel Macron a réitéré «sa ferme condamnation» des groupes armés et de certains leaders politiques, dont Fran­çois Bozizé, qui tentent de «saper les accords de paix et le processus électoral constitutionnel». Le Président français a aussi pris note des résultats provisoires des élections, tout en soulignant la nécessité d’un dialogue politique ouvert et inclusif, rapporte le communiqué de l’Elysée. Une prise de position qui intervient alors que l’engagement français dans le pays est souvent questionné, voire critiqué à Bangui.
Après une première opération le 23 décembre, des avions de chasse «Mirage 2000»  ont survolé à très basse altitude l’ouest de la capitale, puis la route de Mbaiki à hauteur de Bimbo, ainsi que des positions sur les routes de Boali et Damara. Les chasseurs français ont aussi appuyé les Faca et la Minusca au camp Leclerc, à Bouar, en effectuant trois vols dissuasifs au-dessus des positions de la coalition armée, précise-t-on de sources militaires françaises, car la ville de Bouar a de nouveau fait l’objet d’une violente attaque samedi. Les forces centrafricaines, appu­yées par la Minusca, ont fait face aux forces de la Cpc. Le calme est revenu vers 16h. Le porte-parole du gouvernement assurait samedi soir que les rebelles avaient été repoussés hors de la ville.
Depuis le retrait de l’opération Sangaris, la présence militaire française est réduite au minimum avec un détachement d’assistance opérationnelle dé­dié à la protection de l’aéroport. Depuis la formation de la coalition armée en décembre, des troupes rwandaises et des forces russes ont été envoyées dans le cadre d’accords bilatéraux de défense. Elles viennent soutenir sur le terrain les forces armées centrafricaines.
Mais si les rebelles ont été repoussés ce samedi à Bouar, la situation humanitaire reste préoccupante, selon le père Sylvain, prêtre orthodoxe. Il lance un cri de détresse : «La situation actuellement est déplorable, en ce sens que les enfants, les femmes, les personnes du troisième âge, qui ont souffert dans ces déplacements, sont abandonnés, sont à la merci des calamités. Vous comprenez par-là les maladies. Ce n’est pas facile du tout. On est en pleine brousse, les gens vivent comme des sauvages, je vous assure, c’est fort.»

Bangassou sous coupe réglée des rebelles
La société civile s’inquiète par ailleurs de la présence des groupes armés à Bangassou, située à 750 km à l’est de la capitale Bangui. Elle aussi a été attaquée par les rebelles dimanche dernier. Elle est désormais sous contrôle d’éléments des Cpc, cette coalition de groupes rebelles. Personne ne sait combien de rebelles sont en ville. Mais plusieurs milliers d’habitants ont fui Bangassou où l’on redoute des conséquences humanitaires à la présence en ville des groupes rebelles.
Plus de 10 mille personnes ont fui la ville depuis l’offensive des rebelles pour se réfugier en brousse ou au Congo voisin. Plusieurs personnes sont d’ailleurs mortes noyées, affirment des sources à Bangassou, en traversant le fleuve qui sépare la ville de la République démocratique du Congo.
Les entrées et sorties de la ville sont totalement bloquées, s’inquiète Vermont Bandassa : «Ce sont bel et bien les rebelles qui contrôlent la ville de Bangassou. Ils sont au niveau de la gendarmerie, du commissariat et de la mairie. Aussi longtemps que les rebelles resteront dans la ville de Bangassou, les activités seront paralysées, la population va rester dans la brousse.»
Plusieurs organisations hu­manitaires internationales ont été pillées le week-end dernier, ainsi que certaines boutiques de commerçants. Le grand marché qui jouxte le camp militaire est pour sa part fermé.
Que se passera-t-il si les groupes rebelles s’installent durablement en ville, s’interroge Ghis­lain Mbari : «Les éléments du Cpc sont là, sur la durée, pres­que une semaine aujourd’hui. Quand vont-ils partir ? S’ils n’ont plus de quoi manger, après les Ong, ils vont aller chercher parmi la population de quoi subvenir à leurs be­soins.»
Le député de Bangassou, Serge Singha, a également fait part de ses inquiétudes quant à la situation humanitaire dans sa circonscription. Toutes les Ong ont été pillées, dit-il. La population ne reçoit aucune assistance.
Rfi

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