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Président de Mediapart en France, Edwy Plenel a animé samedi dernier un panel sur «Journalisme d’investigation et modèle économique des médias : l’exemple de Mediapart» au Centre d’études des sciences et techniques de l’information (Cesti).

Il est cité parmi les plus brillants journalistes de la planète. C’est quelqu’un qui est «trop» attaché à l’indépendance de la presse. C’est également un homme de convictions. Un professionnel adulé par de nombreux confrères à travers le monde. Edwy Plenel, c’est 40 ans de journalisme. Samedi, il était l’invité du Centre d’études des sciences et techniques de l’information (Cesti). Connu dans le domaine de l’investigation, il a partagé son expérience. Président de Mediapart, un média français, il a aussi évoqué le mode d’organisation et de fonctionnement de son organe de presse. «Nous sommes d’abord responsable vis-à-vis du public et pas de l’employeur, de l’Etat. C’est au public que nous devons des comptes. Nous sommes responsable de faire connaître au public tout ce qui est d’intérêt public», a-t-il fait comprendre au public venu nombreux. Il s’agit, selon lui, de l’utilisation des impôts, la corruption, les Assemblées, la justice, des délibérations, c’est-à-dire tout ce qui se fait au nom du Peuple doit être public. Le droit de savoir, dit-il, est plus important que celui de vote.
Aujourd’hui, la presse fait face à une crise, notamment professionnelle, morale, économique avec la précarité qui y règne. Des fois, il y a également un sentiment de doute, mais Edwy Plenel tente de rassurer. Il dit : «Loin de ces doutes, craintes et peurs, notre époque a plus que jamais besoin de journalistes, passionnés par leur métier, habités par un idéal professionnel, qui soient les fantassins d’une bataille populaire au service du Peuple, d’un droit fondamental qui est celui de savoir.»
Cependant, il estime que le journaliste doit être intéressé par la vérité des faits et non celle des opinions. Et contrairement au citoyen qui, avec les réseaux sociaux, ne donne que des opinions, le journaliste donne des infos recoupées, documentées, «sourcées».
Pour lui, l’investigation n’est pas seulement les grandes affaires politiques ou économiques. Elle peut s’intéresser par exemple aussi, selon lui, à d’autres questions comme les violences sexuelles. Dans le cadre d’une enquête sensible, Edwy Plenel conseille de ne jamais se précipiter. Il faut prendre le temps de tout vérifier, tenir au respect des contradictions, à la modération dans l’expression. Dans le même sillage, il exhorte les journalistes à un travail collectif.
Il pense aussi que les journalistes doivent défendre leur indépendance là où ils sont, mais à travers des syndicats. A ceux qui critiquent la presse, il leur répond par cette citation de Albert Londres dans son livre Terre d’Ebène : «Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie.» Autrement dit, notre rôle est de mettre les problèmes sur la table.
Evoquant les risques du journalisme d’investigation, le conférencier a rappelé que depuis la création de Mediapart, il est à 200 procédures judiciaires dont 5 procès perdus. Parti de 25 journalistes, le groupe emploie aujourd’hui 90 professionnels. A Mediapart, l’abonnement est de 11 euros par mois, soit 110 euros par an. L’organe, d’après son fondateur, totalise 170 mille abandonnés. Et cette année probablement, le groupe aura 17 millions d’euros de chiffre d’affaires. Donc avec un tel succès, Edwy Plenel est convaincu que le journalisme peut bel et bien marcher sans publicité, un idéal de journalisme qu’il a toujours défendu. Il informe que Media­part est ouvert à des partenariats avec des médias sénégalais. Le thème de la conférence était «Journa­lisme d’investigation et modèle économique des médias : l’exemple de Media­part».
msakine@lequotidien.sn

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