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Les juges, qui ont siégé à la Chambre criminelle avant-hier, ne se sont pas fait prier pour convoquer la famille de Fallou Mbow à la barre pour des précisions sur la somme de 600 000 francs qu’ils leur auraient versée pour la libération de leur enfant. Après avoir tiré au clair cette affaire, les magistrats ont fait savoir à la famille qu’ils ne sont pas les destinataires de cet argent. Une arnaque très courante au Palais de justice de Dakar où les démarcheurs se sucrent sur le dos des parents des personnes qui ont maille à partir avec la justice.

C’est une situation inédite. Les juges, qui siégeaient à la Chambre criminelle du Tribunal régional hors classe de grande instance de Dakar, ont tenu à laver leur honneur suite à une accusation de corruption. En plein procès, le juge qui présidait l’audience, a reçu un message du parent de l’accusé Fallou Mbow, poursuivi pour association de malfaiteurs, coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort, disant que la famille de ce dernier lui a remis la somme de 600 mille F Cfa en vue d’obtenir sa liberté. Un gros malaise s’empare alors des magistrats. Après avoir informé ses assesseurs, il procède à une suspension de séance. Après quelques munites de concertation, les juges sont revenus à la grande salle du Tribunal où se tenaient les procès. Déterminé à tirer les choses au clair, le président appelle les membres de la famille de l’accusé à venir devant la barre. «Qui parmi vous a remis au juge la somme de 600 000 francs», a-t-il demandé aux huit personnes debout devant la barre. Person­ne ne réagit. Noir de colère, l’un des assesseurs poursuit : «Je parle sous la foi de mon sermon, et c’est Dieu qui nous est témoin : S’il y a quelqu’un qui nous a donné la somme de 600 000 francs, je déchire ma robe.»
Après ces propos dont la teneur laisse apparaitre la franchise et le sérieux, le plus vieux de la famille Mbow a pris la parole pour s’expliquer. «Pour le jugement de notre fils, j’ai demandé ce qu’il y a lieu à faire et on m’a dit que nous devons prendre un avocat pour assurer sa défense. C’est ce que j’ai fait, mais je n’ai pas connaissance qu’un membre de la famille a remis au juge la somme de 600 000 francs», a précisé le vieux. Le magistrat reprend la parole. «Je sais que vous avez remis la somme de 600 000 francs, mais ce n’est pas au juge», a-t-il encore martelé.

Pratique courante
Il faut savoir que ces pratiques sont monnaie courante au temple du Thémis de Dakar, qui est une véritable pétaudière. Dans les couloirs du Palais de justice, les démarcheurs déambulent un peu partout pour profiter de la misère des parents des personnes qui ont maille à partir avec la justice. Selon les confidences d’une dame, lundi dernier, deux femmes, venues de Saint-Louis, ont fait les frais d’un homme véreux. Abattues par l’arrestation de leur enfant, elles poireautaient avec des larmes à l’entrée de la Salle 1. Ainsi, un homme s’est rapproché d’elles en leur disant qu’il pouvait obtenir sa liberté si elles lui remettaient la somme de 600 mille F Cfa. Sans se douter de la cupidité de ce quidam, elles lui ont remis l’argent séance tenante. Jouant le jeu jusqu’au bout, il est monté au premier étage en faisant croire aux dames qu’il allait remettre l’argent à un juge. Avant de revenir pour leur annoncer que l’enfant sera libéré. Au final, l’accusé a été placé sous mandat de dépôt et condamné plus tard à 6 mois ferme. «Elles étaient abattues mais ce démarcheur était devenu introuvable. Ce sont des pratiques qui ont cours au Tribunal», regrette un connaisseur du Palais de justice de Dakar, qui a connu une matinée inédite avec cette affaire qui a poussé des juges à laver leur honneur en pleine audience.
justin@lequotidien.sn

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