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Devant la barre de la Chambre criminelle, le Nigérian Austin a chargé le commissaire Cheikhna Keïta dans l’affaire de la drogue dans la police qui avait fait couler beaucoup de salive en 2013. Le Nigérian qui risque 15 ans de travaux forcés pour trafic de drogue a déchargé le commissaire Niang et nié être un trafiquant.

L’affaire de la drogue dans la police a été vidée hier. Le ressortissant nigérian, Raymond Ike Akpa dit Austin, cité dans ce dossier qui a secoué la police répondait du délit de trafic de drogue devant la Chambre criminelle. Mais il est difficile de démêler cet écheveau tellement le bonhomme est contradictoire dans ses déclarations. Interrogé sur son lien avec le commissaire Niang, il déclare : «Quand je l‘ai connu en 99, je ne savais même pas qu’il était policier. Il était mon client, je le coiffais toujours. C’est après que j’ai appris qu’il est un policier et nous n’avons jamais discuté de drogue. Je croyais que le numéro que j’appelais appartenait toujours à Niang (Keïta l’a hérité quand il l’a remplacé à l’Ocrtis). Mais aussi, je nie toutes transactions avec Niang», a-t-il martelé. Alors que le commissaire Niang a dit à l’enquête préliminaire qu’il n’a connu Austin que lors d’une perquisition effectuée chez lui lorsque le prévenu habitait à Diamalaye 2.
Devant la barre, il a nié être un trafiquant de drogue. Il a accusé Keïta. «Keïta m’a donné des scellés de drogue. Et je ne savais pas ce que j’avais entre mes mains», a-t-il soutenu. Alors qu’à l’enquête il avait déclaré que le commissaire Keïta lui avait remis 50g de cocaïne d’une valeur de 500 mille destinés à la vente. «J’ai connu Keïta à travers ses enfants (groupe Takeïfa). Et ce n’est pas moi qui l‘ai appelé le premier. C’est Niang que je connaissais. On s’est rencontré.» Pourtant, la réquisition faite à la Sonatel a permis de voir que le prévenu continuait à appeler le commissaire Keïta au moins trois fois dans la journée. A quelle fin ?
Selon le ministère public, «on ne peut pas croire que Austin n’a été qu’un simple intermédiaire pour prendre la drogue et la remettre un autre Nigérian. Nous avons un prévenu qui reconnaît avoir reçu 50 g de cocaïne qu’il a vendus ou qu’il a fait vendre pour le compte de Keïta. Austin n’était pas sur les lieux pour récupérer du parfum, mais 2kg de chanvre indien destinés à la vente. Les appels irréfutables montrent que les faits sont constants. C’est lui-même qui donne l’arme du crime, car il dit qu’il connaît la maison de Niang et son numéro. Pourquoi il n’allait pas le retrouver chez lui ? Aucune contrainte ne lui a été causée». Estimant que le délit est établi, il a requis 15 ans de travaux forcés, l’interdiction de séjour et une amande de 10 millions F Cfa.
Un réquisitoire que la défense ne partage pas. Selon Me Mbengue, le juge d’instruction a renvoyé Austin devant la Chambre criminelle parce qu’il a «vendu 50 g de cocaïne pour le compte de Keïta». «On pose des scellés devant le procureur pour encore les utiliser, non ce n’est pas vrai», a râlé l’avocat qui demande la comparution du reste «de la bande». «Où sont-ils», s’interroge-t-il. Pour Me Mbengue, «on a peur de ce débat composé de commissaires. S’il a vendu 50 g alors qu’il na pas accès aux scellés, il ne devait pas être le seul à votre barre. Le commissaire, dans ses déclarations, avait dit que le prévenu lui a restitué les 50g qu’il a remis à sa place. Il y a une manipulation, car le brigadier Mame Pathé Guèye a réfuté toutes accusations. Il n’y a aucune preuve, il ne sera pas l’agneau du sacrifice», prévient Me Mbengue selon qui son client est aussi accusé du délit de corruption de 20 millions alors que l’argent ne fait pas partie des scellés. Il a plaidé l’acquittement. De l’avis de Me Diop, ce n’est pas seulement Austin qui devait comparaître, mais aussi Mame Pathé Guèye, le commissaire Niang et Keïta. Selon lui, Austin comparaît sur de simples accusations de Keïta. «Ce qui est grave pour un commissaire qui prend un scellé qu’il dit contenant de la drogue pour le donner à quelqu’un, le commissaire Keïta a incriminé le commissaire Niang, a fait une infraction provoquée. Il n’y a pas eu de vente», a-t-il indiqué en faisant la même demande que son confrère. L’affaire va être délibérée le 16 mai.
Dans un rapport envoyé au ministre de l’Intérieur, dirigé à l’époque par Pathé Seck, le commissaire Keïta avait parlé d’un réseau de trafic implanté au cœur de l’Ocrtis par son prédécesseur à ce poste. C’est-à-dire le commissaire Niang. Lequel a été démis de ses fonctions après la publication de ces accusations.
justin@lequotidien.sn

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