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Moustapha Barry risque la perpétuité si la Chambre criminelle suit le réquisitoire du Parquet dans cette affaire d’assassinat présumé sur un jeune de 15 ans.

Moustapha Barry risque la prison à perpétuité. C’est la peine requise à son encontre par le ministère public. L’accusé, qui comparaissait hier devant la Chambre criminelle, répondait du délit présumé d’assassinat. Le sieur Arona Sow avait saisi le commissariat de police de Dieuppeul pour faire part du décès de Alassane Keita, âgé au moment des faits de 15 ans.  En fait, la victime s’était battue avec les jeunes du quartier dont Macky Barry, le frère de l’accusé. Elle lui avait occasionné des blessures. Mais comme ils sont des voisins, Moustapha Barry a demandé l’onction de sa mère pour jouer aux bons offices afin de faire revenir la paix. Ayant reçu la bénédiction de celle-ci, l’accusé est allé chez la victime pour la conduire chez ses parents afin qu’elle puisse présenter ses excuses à son frère, suite aux blessures qu’elle lui a occasionnées.
Mais, au lieu d’aller jusqu’au bout de sa logique, Moustapha Barry a conduit le jeune garçon dans un terrain vague de Derklé où il lui a asséné plusieurs coups de couteau. Evacué à l’hôpital Général de Grand-Yoff, Alassane Keita a succombé finalement à ses blessures. Le certificat de genre de mort a fait état de 7 coups  de couteau au bras, au ventre, à la cuisse gauche et à la main. Il avait aussi relevé des plaies cutanées au niveau des membres supérieurs et une plaie profonde de 11 cm, 16 points de suture et plusieurs plaies superficielles.  D’ailleurs suite au transport des hommes de tenue sur les lieux, il y avait encore des traces de sang mais  pas  de l’arme en question. Toutefois, il est mentionné dans le certificat médical que c’est une arme contondante qui a occasionné l’hémorragie interne et externe et la mort de la victime.
Suite à l’enquête, qui a été ouverte, le nommé Ibou Sène est revenu sur l’origine de cette histoire en  expliquant que le jour des faits, il prenait de l’air dans les rues avec des amis, quand la victime a commencé à les abreuver d’injures en ayant une bouteille à la main. Ne pouvant plus supporter ces injures, Lamine Diop a versé  par terre le vin de la victime. C’est ainsi que Alassane Keita est parti chez lui avant de revenir quelques minutes après avec une arme en continuant à les insulter. Il s’en est suivi une bagarre et il a entaillé  son épaule. C’est Moustapha Barry, qui est venu  les séparer.
Dans sa déposition, Ousmane Keita, le frère de la victime qui a comparu à titre de témoin, a relevé que c’est Moustapha Barry qui leur a dit d’aller voir ce qui s’est passé avant que son père ne porte plainte. Et c’est dans ce sens qu’il est allé rencontrer le père de l’accusé. Mais au moment où il s’entretenait avec ce dernier, il a vu Moustapha Barry sortir un couteau de sa poche et poignarder son frère à plusieurs reprises. La victime, poursuit-il, a réussi à s’échapper, mais il l’a poursuivie. Après quelques mètres de course-poursuite, il a réussi à le rattraper en continuant à lui donner des coups de couteau.

300 millions réclamés par la famille
Devant la barre,  l’accusé a déclaré qu’il avait voulu rencontrer les parents de la victime en tant que voisin. Ainsi, il a demandé à la maman de Alassane Keita  de venir présenter ses excuses avant que leur père ne porte plainte. C’est sur ces entrefaites que Alassane est sorti avec un couteau. Il  a poursuivi ses menaces et ses insultes. «Je voulais prendre le couteau pour éviter qu’il repasse à l’action et au moment où on se tiraillait, il a reçu un coup», a-t-il reconnu en précisant n’avoir jamais eu l’intention de donner la mort.  A la question de savoir ce qui explique les multiples blessures que présente la victime, l’accusé ajoute n’avoir pas souvenance du nombre de fois que le couteau a entaillé Keita.
Ne pouvant pas supporter la perte de son enfant, le père est décédé quelque temps après. Mais avant de rendre l’âme, il a dit que Moustapha pouvait le corriger, mais pas le tuer.  De l’avis de Me Bamba Cissé, avocat de la partie civile,  «on pouvait  à la limite parler d’infanticide. Car il s’agit d’un gamin de quinze ans assassiné froidement avec un couteau par un adulte de 30 ans qui a manipulé un vieillard et toute une famille pour satisfaire  sa soif de vengeance». Estimant que c’est un crime d’une lâcheté sans commune mesure avec préméditation, il a réclamé en guise de réparation la somme de 300 millions de francs.
Les déclarations de l’accusé ne sauraient prospérer, a dit le parquet. Selon le ministère public, «Moustapha Barry est non seulement plus fort et plus âgé que la victime  mais il a tendu un appât à ses parents en jouant au bon samaritain pour assouvir sa soif de vengeance ».  Aucune blessure n’a été  constatée sur sa personne, remarque le procureur qui écarte la thèse  d’une bagarre et de coups mortels. Il ressort de tous les témoignages que la victime  ne pouvait pas lui tenir tête, souligne-t-il, en précisant qu’il y a  assassinat commis par un individu dangereux, qui mérite la condamnation aux travaux forcés  à perpétuité.
Les avocats de la défense ont demandé de disqualifier les faits, en coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Ils ont sollicité l’application bienveillante de la loi pour leur client qui, selon eux, ne jouait qu’aux bons offices avant que le drame ne survienne. La décision sera rendue le 21 mars prochain.
justin@lequotidien.sn

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