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Cinq ans de travaux forcés. C’est la sentence prononcée par la Chambre criminelle du Tribunal de Grande Instance de Thiès, contre la ménagère F. S., domiciliée à Thiénaba, poursuivie pour avoir, le 14 juillet 2015, volontairement commis un homicide sur son nouveau-né.

Le 15 juillet 2015, après avoir été avisés de la découverte du corps sans vie d’un nouveau-né dans la fosse septique d’une maison à Thiénaba, les éléments de la brigade de gendarmerie de Khombole ont effectué une descente sur lesdits lieux. Sur place, ils constatèrent que ledit corps a déjà été repêché par un certain Amadou Dia, qui n’hésita point à désigner sa belle-sœur, F. S., comme étant l’auteur. En effet, il explique «avoir constaté, un moment, une mutation physionomique chez sa belle-sœur, F. S., laquelle, en dépit des multiples interpellations des membres de sa belle-famille, contestait être enceinte, ce en raison simplement de l’absence de son mari en voyage depuis 2012». Mais, «non convaincu par les arguments qu’elle avançait, j’avais décidé de refaire la dalle d’ouverture de la fosse parce que j’avais soupçonné que c’était le seul endroit dans la maison, où le corps d’un nouveau-né pouvait être jeté, en toute discrétion». Seulement, dans la journée du 15 juillet 2015, revenant d’une visite quelque part dans le village, Amadou Dia eut la surprise de constater que l’ouverture de la fosse, qu’il avait pourtant hermétiquement bouchée, était mal ajustée. C’est ainsi qu’il l’entrouvre pour «découvrir, avec stupéfaction, le corps d’un nouveau-né de sexe masculin à l’intérieur». Une version des faits qui sera confirmée par la belle-mère de l’accusée, Khady Fall, qui dit avoir pourtant interpellé sa belle-fille, lorsqu’elle a soupçonné une grossesse chez elle, mais cette dernière lui avait simplement fait savoir qu’elle souffrait d’un kyste. Et malgré l’écographie et la visite gynécologique que sa belle-mère lui avait fait faire, F. S. persistait dans sa position pour convaincre de la réalité de sa maladie. La dame Khady Fall ne comprendra finalement que le jour où son fils cadet, Amadou Dia, est venu lui annoncer sa découverte.
L’accusée a reconnu avoir jeté son nouveau-né dans la fosse septique du domicile conjugale. Mais elle fait remarquer que «l’enfant était mort-né, pour n’avoir pas pleuré à sa naissance». Aussi, après avoir refusé dans un premier temps de révéler le nom de l’auteur de sa grossesse, elle finira par designer le nommé Adama Sarr, lequel, dit-elle, «avait profité d’un moment de faiblesse de ma part pour me faire des avances, auxquelles je n’avais pas pu résister». Des allégations que «l’auteur de la grossesse» réfutera vigoureusement. F. S. explique qu’après avoir constaté sa grossesse, tout niant son état devant les sommations de sa belle-famille, elle ne pouvait finalement ne pas se résoudre à s’emmurer dans son secret, au point même de s’abstenir de passer des visites prénatales, ce, rien que pour éviter d’être la risée du village. C’est ainsi qu’un après-midi, explique-t-elle, alors qu’elle venait de finir de préparer le repas du soir, elle commença à se tordre de douleurs aiguës au niveau du ventre. Tranquillement, l’accusée ira se retrancher dans sa chambre où, quelques minutes plus tard, elle donnait naissance à un «mort-né» de sexe masculin, qu’elle gardera jusqu’au petit matin pour aller le jeter dans la fosse septique.
Les circonstances de l’accouchement peuvent-elles convaincre de la volonté de F. S. de mettre un terme à la vie de l’enfant qu’elle portait dans le ventre ? L’accusée, après avoir accouché en début de soirée, aurait préféré garder le silence, cachant l’enfant dans sa chambre, en continuant de vaquer tranquillement à ses occupations, pour certainement ne pas attirer l’attention de ses voisins. Attendait-elle le petit matin, voire tard dans la soirée pour se débarrasser du corps de l’enfant ? A défaut d’un examen gynécologique pour confirmer la grossesse et l’accouchement de F. S., les déclarations de cette dernière, conjuguées à celles des témoins, notamment de sa belle-mère, Khady Fall, sont-elles suffisantes pour établir la culpabilité de l’accusée ? En tout état de cause, selon les conclusions du médecin légiste, l’autopsie du corps de l’enfant ne laisse aucun doute sur le caractère homicide. Une «intention homicide» qui semble découler des déclarations de l’inculpée qui, du fait d’une longue absence de son époux du village, cherchait à tout prix à ne pas se ridiculiser aux yeux des autres. Ce jusqu’à s’abstenir de faire des visites prénatales et de se faire assister au moment de son accouchement, jusqu’à même inventer une maladie imaginaire.
L’Avocat général a requis la peine de 10 ans travaux forcés. La Chambre criminelle du Tribunal de Grande Instance de Thiès, après délibération, a déclaré F. S. coupable des faits qui lui sont reprochés et l’a condamnée à une peine de cinq ans de travaux forcés.
nfniang@lequotidien.sn 

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