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Le ministre de la Santé et de l’action sociale a, dans le cadre de la gestion de la pandémie du coronavirus, promis de jouer la carte de la transparence. Mais, il a été noté depuis quelques jours un changement sur l’annonce des cas. Avant-hier par exemple, les informations sur les nouveaux cas ont été jugées très laconiques. Le service de communication n’a pas jugé nécessaire de donner de détails sur la provenance de ces cas «importés». Interrogé hier à la Rfm sur ce changement, le directeur de Cabinet du ministre de la Santé a fait savoir que c’est pour éviter la stigmatisation, notamment des «modou-modou».
Une explication qui ne semble pas convaincre le spécialiste en communication, Dr Mamadou Ndiaye. Interpellé sur le sujet, l’enseignant au Cesti reconnaît certes la place importante qu’occupent les émigrés dans ce pays mais, souligne-t-il, «en termes de déontologie, que le ministère taise une information de taille pour juste éviter la stigmatisation pose problème».
D’après M. Ndiaye, la base de la communication dans ce genre de situation, c’est la transparence. Pour lui, ceux qui écrivent les communiqués au niveau du ministère doivent se mettre à la place des journalistes et des citoyens, parce que la crise «augmente le besoin d’information». Poursuivant ses explications, l’enseignant-chercheur soutient que si on ne le fait pas, on laisse une porte ouverte aux interprétations et aux fake news.
Rappelant que le ministre de la Santé a annoncé des plaintes contre les diffuseurs de fausses informations dans le cadre de la gestion de cette crise, M. Ndiaye estime que s’il est confirmé que les 3 cas notés hier sont des «modou-modou», on est dans le cas d’une «désinformation» de la part des services du ministère de la Santé. Ce qui, selon lui, est «plus grave parce qu’on est en train d’omettre une partie de l’information». «On a 7 types de fake news, dans ce que le ministère a fait hier, on est dans le cas du 6 parce que le contenu de l’information est manipulé», a-t-il fait savoir. Précisant que la transparence «ce n’est pas tout dire, mais dire ce qui est utile». M. Ndiaye demande aux autorités sanitaires de renforcer la communication et faire plus d’effort. Autrement, prévient-t-il : «On ouvre la porte à toutes les interprétations possibles et les fake news qu’on veut combattre.»
Par ailleurs, Mamadou Ndiaye a salué les points de presse qui sont tenus par le ministère de la Santé depuis l’apparition du coronavirus au Sénégal. Toutefois, il soutient qu’il «faut varier les méthodes». L’ensei­gnant-chercheur recommande ainsi de revoir «de temps en temps les rendez-vous avec la presse».
Autre chose sur laquelle M. Ndiaye a tenu à attirer l’attention, c’est le point de presse qui est différent de la conférence de presse mais qui ne peut pas «empêcher les journalistes de poser deux à trois questions». Autrement, explique le spécialiste en communication : «On aurait pu ne pas les appeler et se limiter à envoyer des communiqués.»
Dr Ndiaye, qui appelle les autorités sanitaires à avoir une «vision globale» de la communication, plaide pour «un partenariat de confiance avec les journalistes». «S’il y a des doutes, la population ne va pas coopérer», a-t-il averti.
dkane@lequotidien.sn

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