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L’article 19 du projet de décret de la Loi d’orientation  de l’Administration territoriale et de la Charte de déconcentration qui sera soumis au chef l’Etat précise les contours de la réforme : «Dans chaque région, département et arrondissement sont créés, en tant que de besoin, des services déconcentrés de l’Etat placés sous l’autorité et la direction des gouverneurs, préfets et sous-préfets. Les services déconcentrés de l’Etat constituent les services extérieurs à la tête desquels sont nommés des agents de l’Administration d’Etat soumis au pouvoir hiérarchique du préfet ou du sous-préfets.» Ce qui fait grincer les dents beaucoup de fonctionnaires qui verront leurs prérogatives fondre comme beurre au soleil. D’ailleurs, certaines sources bien informées affirment «que des directions nationales de service sont sur le pied de guerre parce qu’elles ne peuvent accepter que ces textes que la Dagat veut faire passer soient adoptés. Ce n’est pas normal. Les administrateurs veulent être des demi-dieux et s’octroyer tous les pouvoirs». Pourquoi le Sénégal en est arrivé à vouloir refondre les textes de l’Administration ? Un administrateur civil, membre du comité restreint d’élaboration de la loi sur l’Administration, confie : «Si nous voulons rendre perfectible la réforme, il nous faudrait avoir une Administration qui ne marche plus par la tête, mais par les pieds, en inversant les tendances lourdes et que la majorité des décisions soient prises au niveau territorial.» Il s’agit à travers cette loi d’inverser la tendance parce que «les 2/3 de l’effectif de l’Admi­nistration sénégalaise sont à Dakar, les 4/5 du budget de l’Etat sont gérés par les départements ministériels et les 4/5 des décisions intéressant la vie de nos compatriotes sont prises au niveau des ministères. Or, nous, nous pensons qu’on ne peut gouverner que de loin, mais on administre de près en étant au contact des réalités quotidiennes et des préoccupations des populations à la base. On ne peut pas prendre en charge convenablement les préoccupations des populations si on n’a pas les moyens, les pouvoirs, aucune marge de manœuvre et les ressources adéquates». Un membre de la commission de réflexion détaille : «Ce que nous voulons, c’est que la majorité des décisions soient prises au niveau du territoire, l’essentiel du budget de l’Etat soit géré dans les circonscriptions administratives par les autorités administratives et par les chefs des services déconcentrés pour mieux répondre aux aspirations des populations. Et que l’essentiel des ressources humaines de l’Etat et surtout des ressources humaines de qualité soient au niveau des circonscriptions administratives pour éviter ce qu’on disait il y a de cela quelques années en France entre Paris et le désert des provinces françaises. Rendez-vous compte que pour signer une carte d’identité, il faut que tous les dossiers soient rassemblés et amenés à Dakar, idem pour les permis alors que tout cela pouvait se faire dans les régions. C’est cela que la loi veut changer.» Il s’agit de dégraisser le mammouth pouvoir central pour rendre encore efficace l’action administrative, qu’on puisse déconcentrer l’ensemble de ces pouvoirs jusqu’à la cellule de base qu’est le village. D’ailleurs, en présentant la Charte de la déconcentration lors du Forum sur la Fonction publique, organisé au Centre international de conférences Abdou Diouf, le directeur général de l’Administration territoriale confiait : «Le projet de Charte de la déconcentration apparaît devant ces limites comme un instrument capable de contribuer à la création d’un service public de qualité au sein duquel l’Administration centrale serait réorganisée, l’Adminis­tration territoriale réarmée pour plus de cohérence et d’efficacité.» Wait and see !

badiallo@lequotidien.sn

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