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Les séries théâtrales télévisées deviennent de plus en plus nombreuses au Sénégal. Certains déplorent cette situation parce qu’«elles ne reflètent pas nos réalités». Cheikh Seck, artiste comédien et enseignant, pense le contraire. Pour lui, elles sont là au grand bonheur des Sénégalais, car elles retracent notre quotidien. Tout en souhaitant que cela se démultiplie, il invite tout de même les artistes comédiens sénégalais à utiliser la langue de Molière dans leurs productions pour se donner plus de visibilité.

Si beaucoup de Sénégalais critiquent les séries télévisées qui de nos jours ont tendance à remplacer les pièces de théâtre, disant qu’elles sont nombreuses ou que ce qu’on montre à travers ces séries ne révèle pas nos réalités avec le décor et les endroits de luxe, Cheikh Seck, lui, n’est pas de cet avis. A l’en croire, «il n’y a pas assez de séries». Il souhaite même que celles-ci remplacent les feuilletons venus d’ailleurs, au grand bonheur des Sénégalais, car ces ténovelas, dit-il, «ne reflètent pas nos cultures, ni nos réalités». Raison pour laquelle «on ne peut qu’applaudir et demander à ce que les producteurs aient plus de moyens pour pouvoir faire des séries qui collent à nos valeurs, à nos réalités», mentionne ce comédien. Il s’explique encore : «Pendant des années, on nous a toujours montré des produits qui viennent de l’extérieur et qui ont tendance à bafouer nos valeurs, qui ne reflètent pas les réalités que nous vivons. Aujourd’hui, il est temps de changer la donne.»
Cheikh Seck souhaite par la même occasion l’augmentation des séries sénégalaises. «Ces séries, c’est comme une goutte dans la mer. Notre souhait c’est qu’au moins tous les 6 mois qu’on présente une nouvelle série aux Sénégalais. Il faut dire la vérité : la barre a été levée un peu très haut. La différence c’est la technique employée pour pouvoir par exemple produire les téléfilms et il y a aussi la valeur des comédiens. De quel genre de comédiens les Séné­galais ont-ils besoin ?», dit-il, mentionnant qu’actuellement les Sénégalais sont aguerris et donc prêts à faire du tri. «Ils ne regardent plus n’importe quoi.» Le directeur général de Janxeen média pro trouve d’ailleurs «malheureux» qu’«on ne fait pas de production théâtrale proprement dite ni à Sorano ni au Grand Théâtre». Il reconnaît tout de même que c’est une question de moyens, car cela «coûte très cher».

L’importance du théâtre sur scène
L’autre bataille qui mérite d’être menée, selon Cheikh Seck, consiste à faire aimer le théâtre sur scène. «Nous n’avons jamais abandonné les pièces de théâtre qui se jouent devant un public. Le théâtre traditionnel sur scène, c’est une bataille qu’il faut mener pour pouvoir le faire revivre», affirme-t-il. «Ce théâtre s’est adapté à des œuvres d’écrivains. On invite les gens très rarement pour les théâtres sur scène. Moi par exemple, je me bats pour ça. C’est pourquoi je viens de terminer la réécriture d’une pièce qui se nomme Boulko lale, boulko diégué et qui retrace le quotidien des Séné­galais», dit-il. Outre ce projet, il informe qu’il est en train de travailler sur une série baptisée Trop c’est trop. Une pièce qu’il a écrite. Il s’agit en réalité d’une série qui aborde la thématique du remariage dans la société sénégalaise, les problèmes de divorce etc. «Voilà une série que les gens verront bientôt, parce que le tournage a été bouclé. On est en négociations très avancées avec la 2Stv. Actuellement, on a mis un minimum de 24 épisodes de 26 minutes. Je prévois 4 saisons en attendant», annonce-t-il.
Cheikh Seck dit être également en train de travailler sur un «one man show», parce que «je vois que Jamel Debbouze a réussi cela ici. Et pourquoi pas nous ? On ne peut pas encore le réussir en France. Il faut encore travailler avec la langue, car avec toutes ces séries-là que nous voyons ici, il faut avoir le courage de le dire, ce ne sont que des produits locaux. Pour que ça se vende, il faut par exemple que la traduction soit faite». Très en verve, il dit être préoccupé par le sort des produits du 4e art que l’on met sur le marché. «Je me demande aujourd’hui s’il n’est pas mieux d’employer directement la langue française pour réaliser nos œuvres. C’est pourquoi j’ai écrit un ‘’one man show’’ dénommé A3B, où j’incarne le personnage de Ali, Beneti, Ben, Benir. Ce sera fait en français», avoue-t-il. Cheikh Seck prévoit également de faire une tournée européenne avec ce spectacle-là ; histoire de «vendre le Sénégal, montrer que les comédiens sénégalais ont la possibilité d’utiliser la langue de Molière pour pouvoir parler à d’autres gens, en vue d’explorer d’autres horizons».

Parcours
D’apparence comique, teint noir, taille moyenne, l’artiste comédien Cheikh Seck n’est plus à présenter aux Sénégalais. Il est un habitué du petit écran où il apparaît bien souvent dans des pièces de théâtre, des sketchs, séries ou publicités. Natif de Thiès et directeur général de Janxeen média pro (Jmp), il s’est très tôt engagé dans le théâtre. En effet, c’est à travers la troupe Janxeen de la Capitale du Rail, composée de Serigne Ngagne, Bella, Omar Seck, le défunt Kader, entre autres stars du théâtre sénégalais, que Cheikh Seck a été découvert par le grand public. Il a été piqué très jeune par le virus des planches. «Même étant élève à l’école primaire, je faisais du théâtre. C’est inné, c’est dans le sang. Quand je faisais ma formation d’instituteur en média, j’ai créé une troupe théâtrale avant ma sortie. Donc, j’ai passé toute ma vie à faire du théâtre», déclare-t-il.
Enseignant de profession, on se demande comment fait-il pour être sérieux devant ses élèves ou ses collègues qui ont l’habitude de le voir à la télé dans une casquette de comédien ? A ce propos, il a fait savoir qu’il enseigne à partir du théâtre. Tous les cours qu’il dispense dans sa classe, il passe par le théâtre pour les donner. «C’est le canal le plus facile pour faire comprendre une leçon. Je me suis engagé dans le théâtre. J’ai accepté d’enseigner parce que pour moi, quand je suis dans la classe, les élèves sont des spectateurs. Et en faisant mes leçons, je les considère comme tel. En classe, je me sens presque dans une pièce de théâtre», explique-t-il. «Tout dépend de la personnalité de l’individu», ajoute-t-il évidemment. Toutefois, Cheikh Seck reconnaît que c’était un peu difficile au début. «Je suis entré dans l’enseignement dans les années 80. En ce moment-là, il n’y avait pas beaucoup de télévisions. Il n’y avait que la Rts avec ses mardis soirs. Quand je sortais le mardi pour venir à l’école le mercredi, c’était très difficile. Mais une fois à l’école, je ne porte plus le manteau du comédien. Je porte celui d’instituteur et je ferme toutes les portes», se souvient-il, précisant qu’«il arrive que les élèves me regardent d’une manière bizarre… Je prends alors 15 minutes avant la descente et ils se lâchent. On parle de théâtre, de la scène d’hier etc.».
mfkebe@lequotidien.sn

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