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12 juillet 1917 était rappelé à Dieu Cheikhna Cheikh Saadbouh, à l’âge de 69 ans. Cela fait donc cent (100) ans aujourd’hui, 17 du mois de Chawal, que nous quittait «le bonheur de son père» Sahdou Abihi. Le parcours de cet homme d’exception, très précoce, a marqué l’histoire de la sous-région africaine dans sa dimension spirituelle, religieuse, politique et socioculturelle.
Au bilan de son action qui ne peut être que sommaire, son influence étant dans une dynamique continue, il conviendra de noter qu’il a participé grandement à l’expansion de l’islam, à la préservation de la paix et à l’éducation des masses. Très tôt, à l’âge de 16 ans, il a été envoyé par son illustre père Cheikhna Cheikh Mouhamed Fadel pour s’établir dans la zone du Trarza et la vallée du Fleuve Sénégal. C’est ainsi qu’il dut faire face à l’adversité des puissantes tribus autochtones et à l’opposition du colonisateur. Il revient dans l’histoire l’incident de Guet-Ndar avec le gouverneur du Sénégal : incident né du zikr à haute voix, l’une des innovations de la faddilya à la confrérie khadrya.
Son action pacifique et la grande estime que lui portaient les populations sénégalaises, parce que descendant du noble prophète Mouhamed (Psl), firent de lui un porte-étendard et un médiateur. C’est ainsi qu’il effectua les bons offices auprès du damel du Cayor, Lat Dior, en contradiction avec le colonisateur. De même, il entretenait des relations fraternelles, cordiales et fructueuses avec les guides religieux du pays dont, particulièrement, Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké et El Hadji Malick Sy.
Il profita de ses pérégrinations et de ce que le colonisateur garantissait la liberté de culte, à l’opposé des puissances tribales et des guerriers ceddos réfractaires à l’islamisation, pour étendre la religion dans les contrées les plus reculées de la Sénégambie. Il a formé beaucoup de Cheikhs et de dignitaires qui, à leur tour, ont effectué un travail considérable.
Son intelligence, sa grande compréhension des enjeux de l’heure et son érudition l’avaient poussé à adresser une lettre de haute facture – que l’histoire retiendra – à son grand frère, l’illustre Cheikh Malaïnine, qui avait engagé dans les frontières du Maroc et de l’Algérie la guerre sainte aux côtés de la dynastie alaouite. Sa fameuse maxime, argumentée de la doctrine islamique, de l’histoire et du réalisme de la géopolitique, est toujours d’actualité, cent (100) ans après. Il lui avait dit : «Qui prend les armes s’éloigne de la vertu.» Le temps lui a donc donné raison, car si le colonisateur a pu disposer, de gré ou de force, des diverses ressources de nos Etats, l’action de nos guides religieux a permis, avec intelligence, la conquête et le contrôle des cœurs.
C’est donc l’occasion de lui rendre un vibrant hommage ainsi qu’à ceux qui ont étendu le flambeau de la paix, de la justice et de la foi en combattant l’obscurantisme.
Sa production littéraire, juridique et gnostique continue à inspirer la oumah. Le fait le plus remarquable qui m’a frappé, c’est que malgré son statut de descendant du prophète Mou­hamed (Psl) et de pôle privilégié multidimensionnel, il disait dans ses khassaïdes que son plus grand bonheur aurait été de constituer le sable sur lequel notre vénéré prophète (Psl) marcha, signe de sa foi intense et de son humilité sans commune mesure. La contribution de cet homme de très grande valeur à l’histoire de la sous-région et ses nombreux écrits devraient donc être mieux connus. Il est véritablement une référence religieuse, un panafricaniste et un éducateur hors pair, car il avait, par sa pédagogie perspicace, la capacité de transformer en un temps record un profane en érudit incontestable.
Cheikh Sadibou DIOP Administrateur civil Dakar

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