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A moins d’une semaine de l’Aïd el Kabîr, communément appelée Tabaski, le marché central de Thiès reste le point de mire d’un nombre impressionnant de responsables de famille qui ne ferment plus l’œil. Là, l’acheteur moyen n’en croit pas ses yeux. Les prix ont flambé. Un état de fait qui préoccupe les Thiessois.

A quelques jours de l’Aïd el Kabîr, la Cité du Rail, comme à la veille de toute fête traditionnelle ou religieuse, bouillonne dans l’effervescence. Et ils sont encore là, très nombreux, les pères et mères de famille, anxieux, angoissés, dans un tohu-bohu indescriptible, à la recherche, presque incertaine, du nécessaire qu’il faut à la progéniture pour les besoins de cette Tabaski 2018. Face à des vendeurs qui semblent avoir une pierre à la place du cœur, Astou Diamanka, en compagnie de sa fille Ndèye Marie, reste sidérée par la cherté des prix sur le marché thiessois. Comme elles, nombre d’acheteurs, complètement dans l’affolement des veilles de fête, ne tiennent plus sur pied, tournant en rond toute la journée, à travers les rues, au niveau des marchés, et n’arrêtent pas de fulminer.
Trouvé dans un magasin d’effets vestimentaires, Pathé Mbaye râle dès qu’on avance un chiffre. «On assiste à une véritable inflation des prix», dit son épouse, Fatima Ndiaye. Au niveau des marchés centraux, Moussanté, Grand-Thiès, Sam, etc., le constat est le même : «Les prix sont généralement très élevés par rapport au pouvoir d’achat des clients.» Ndèye Amy Dioum, accompagnée de sa sœur, estime que «les effets vestimentaires et autres accoutrements ne sont pas du tout à la portée du citoyen lambda. On assiste à une montée en flèche des coûts». Et c’est ici l’occasion pour cette mère de famille d’interpeller «les pouvoirs publics sur la maîtrise nécessaire du coût de la vie. Pourquoi ne pas fixer des prix plafonds pour des fêtes comme la Tabaski ? Pourquoi, par exemple, ne pas imposer la vente sur pied des moutons» ? Autant de questions que se posent les consommateurs qui n’ont besoin que d’une chose : «Souffler». Une sollicitation d’autant plus pressante qu’à Thiès toutes les couches de la population se plaignent de la cherté des prix. Avec en plus, dit Awa Diaw des Parcelles Assainies, «ces produits contrefaits écoulés sur le marché avec les mêmes prix homologués».
Aux yeux de ce boutiquier, Moussa Dieng, père de famille demeurant à Diakhao, «c’est une ambiance de veille de fête morose. Ce n’est pas du tout gai». Devant les banques, les responsables de famille font le pied de grue presque 24h/24, espérant des revenus de plus en plus douteux à quelques heures de la fête. Quand même, ils espèrent passer une bonne Tabaski. Saliou Fall fait remarquer «le contexte actuel qui s’avère difficile pour l’écrasante majorité des chefs de famille». Il se désole de constater que dans la ville de Thiès, avec la crise, même si ce n’est pas la Tabaski, «beaucoup de familles ne mangent pas à leur faim». Pour dire que bon nombre d’elles pourront ne pas convenablement célébrer la fête. Conviction que partage d’ailleurs oustaz Ousmane Fall, un maître d’école coranique au quartier Cité Lamy, pour qui «la situation est d’autant plus affligeante qu’en réalité on peut cons­tater que dans les quartiers populaires, le Thiessois vit la misère au quotidien, mais il y a des moments où l’on veut, ne serait-ce qu’une petite journée, oublier qu’on vit la misère. Surtout dans les moments de fêtes comme la Tabaski et la Korité. Vivre les difficultés au quotidien et de façon dramatique le jour de la Tabaski, c’est cela que le régime a contribué à faire pour la plupart des Sénégalais et c’est triste pour ce pays».
Pour Birahim Ndiaye, marié à trois femmes, «au moment où les Thiessois pensent fêter la Tabaski dans la misère collective, les hommes du régime, eux, ne se soucient guère de la situation des Sénégalais, mais pensent plutôt à leur prestige et celui de leurs subordonnés. Il n’y a qu’eux, leur famille et ceux qui gravitent autour de leur personne qui peuvent aujourd’hui jouir d’une belle fête de Tabaski, mais pas le Sénégalais lambda». Désorientés, Oumar Diop, Mbagnick Ndiaye, Gora Bèye, entres autres pères de famille croisés devant la mairie de la ville se trouvent complètement «au bord du gouffre», ne sachant plus où donner de la tête. «Où est l’argent ?», se demandent-ils. Ibra Mbengue, lui, ne cherche même pas à se faire une idée sur les prix des articles. Il dit être «à plat».
nfniang@lequotidien.sn

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