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«Keneen» (l’autre), le premier long métrage du scénariste-réalisateur Cheikh Diallo, a fait l’objet ce jeudi d’un ciné-débat à la Fondation Konrad Adenauer. Celui-ci qui s’est déroulé en présence du réalisateur et de quelques acteurs, Fidelgine Kounkou (actrice principale : rôle de l’épouse), Mouhamed Fall (acteur principal : rôle du mari), Chalys Lèye (Inspecteur Diop), a été bien suivi par le public constitué, entre autres, d’étudiants et de réalisateurs qui ont plongé dans l’univers du «Farou rab» (esprit de nuit) et des «jinns»

Dans une chambre d’appartement, le corps d’une jeune femme jonchée sur le lit, l’arme du crime, un pistolet 7mm, est par terre. Meurtre ou suicide ? Ces deux thèses se bousculent dans la tête de l’Inspecteur Diop. Mais la présence d’un caméscope braqué sur le lit révèle le caractère mystérieux de cette mort. L’inspecteur Diop décide alors de visionner les images de la caméra, découvrant les confessions d’une jeune femme… L’histoire commence ainsi et dure en tout 76 minutes. Tournée entre les quartiers Ouakam, Zone A, les deux voix de Liberté 6, cette fiction explore le monde paranormal. «Keneen est un film d’enquête qui allie le paranormal au suspens, y mêlant un peu de drame. Il est question de l’existence des ‘’jinns’’ (démons) le tout enrobé dans un fond de polar et teinté d’horreur», explique d’emblée Cheikh Diallo.
Le film en réalité aborde un sujet d’actualité, traditionnel, culturel et pose la question du «farou rab» (amant incube). Ce dernier existe-t-il vraiment ? Comment voit-on ce phénomène ? Sur le plan traditionnel, son existence est-elle définie telle qu’on le conçoit aujourd’hui ? Une femme qui a un «farou rab» ne peut pas avoir de mari ou un homme qui a un «tioro rab» (amante incube) ne peut pas en avoir ou s’il en a une, aura-t-il forcément des problèmes dans son ménage ? Toutes ces questions se sont bousculées dans la tête du réalisateur pour fixer le champ narratif du film. Cheikh Diallo transpose les réalités africaines dans Keneen et tisse son histoire. Le récit de vie d’un couple qui vit les plus belles pages de son histoire d’amour. Marié et en lune de miel, ce couple file le parfait amour : «Je suis l’homme le plus heureux sur terre. Je suis la femme la plus comblée», les entend-on se dire dans une des séquences du film. Mais le jour où ils découvrent l’un et l’autre qu’il y a la présence d’un autre être, (Keneen la troisième personne), ce bonheur vire au drame.

Un tourbillon d’énigmes
Au fur et à mesure que l’auteur déroule comme sur un tapis le scénario de son film, une question taraude l’esprit. L’autre ? Qui est l’autre ? C’est ce qui, à son avis, rend «particulier» sa fiction. Un schéma narratif particulier, tissé sur 3 lignes directives, 3 narrations qui se complètent toutes et donnent, selon le réalisateur, plus de «tonus» au film. Le récit qui se fait sous forme d’enquête se passe dans une salle d’interrogatoire : le mari qui s’y trouve dit sa part de l’histoire et surtout l’amour qu’il destinait à sa femme. La femme, elle, se confesse devant un caméscope et conte sa folle histoire d’amour pour son mari et cet inspecteur qui découvre cette histoire à la fois belle, tortueuse et douloureuse.
Au terme de la projection, les questions fusent dans l’esprit du public qui s’interroge. «Je ne comprends pas pourquoi…» Le réalisateur, Cheikh Diallo, conscient du caractère énigmatique de son long métrage, confie qu’il n’a pas été facile d’écrire son scénario ni de le monter. C’est ce qui explique d’ailleurs le rythme lent du film. Le schéma assez fermé donne l’impression d’être dans un tourbillon, et le téléspectateur est baladé d’une image à une autre : «A un moment, il se croira au point d’arrivée alors qu’en réalité il est au point de départ, ou à l’inverse lorsqu’il sera effectivement vers la fin, il est ramené au point de départ.» Mais dans tout ce tourbillon de scènes et d’idées, il y a une seule vérité.

L’homme est de nature complexe
Keneen décrit l’être humain dans toute sa complexité : ce que l’homme peut faire, jusqu’où il est capable d’aller pour obtenir certaines choses. Au début, on montre les fantasmes d’une femme éprise de son mari, mais en réalité il est question d’un homme qui veut coûte que coûte grimper en haut de l’échelle sociale, être riche, quitte à nouer un pacte avec le diable et à sacrifier sa femme. Dans Keneen, le réalisateur invite à découvrir tout un univers, celui des «jinns» qui ne lui est pas tout à fait étranger. «Je suis de Tamba. Et là-bas, il y a un endroit où tous les matins les mamans doivent se rendre pour effectuer la danse du ‘’jinn’’, ‘’jinaado’’ (en bambara) pour faire des offrandes. Je suis né dans cet environnement de mysticisme», avoue-t-il, content que le public ait développé un intérêt pour son film. «C’était bien, on sentait que les gens étaient scotchés et ils ont posé des questions. C’est déjà un pari gagné» pour Cheikh Diallo.
aly@lequotidien.sn

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