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L’Etalon d’or du Yennenga Joël Karekezi compte porter à l’écran la vie du héros sénégalais du génocide rwandais. Le capitaine Mbaye Diagne qui a perdu la vie en sauvant des centaines de civils sera le principal personnage du prochain film du cinéaste rwandais qui entend honorer la bravoure du soldat sénégalais

Au plus fort du génocide rwandais, le capitaine Mbaye Diagne, se portant au secours de plusieurs centaines de civils, avait péri le 31 mai 1994. C’est la vie de ce héro que le cinéaste Joël Karekezi veut porter à l’écran. Le cinéaste rwandais qui a remporté l’Etalon d’or du Yennenga au dernier Festival panafricain du cinéma et de la télévision (Fespaco) a fait cette annonce ce samedi en marge d’un Master class qu’il a animé aux côtés de son producteur belge, Aurélien Bodinaux, à l’Institut des arts et cultures (Isac) du musée Théodore Monod. En effet, depuis quelques jours, grâce à une collaboration avec la Délégation générale Wallonie Bruxelles à Dakar, Joël Karekezi est en séjour au Sénégal pour la sortie dans les salles africaines de son film La miséricorde de la jungle. «C’est une histoire qui se passe au Rwanda, mais c’est l’histoire d’un Sénégalais qui a sauvé beaucoup de Rwandais. Il a perdu la sienne et c’est injuste», explique le jeune cinéaste. La vie de ce sénégalais plongé dans les horreurs du génocide et dont le comportement exemplaire lui a valu plusieurs distinctions posthumes est une leçon pour tout le continent, estime M. Karekezi. «Si tout le monde avait son esprit, l’Afrique serait meilleure», explique le réalisateur qui n’a pas souhaité beaucoup s’étendre sur la question. Mais le projet est déjà bien lancé et Joël Karekezi, qui en est à la phase d’écriture du scénario, espère avoir également le soutien du Sénégal à travers le Fonds de promotion de l’industrie cinématographique (Fopi­ca). «C’est un héros et je vais travailler dur pour honorer sa bravoure», souligne M. Kare­kezi.
Après avoir remporté la récompense suprême au Fes­paco, M. Karekezi s’est réjoui que son pays soit sur la voie de mettre en place un fonds d’aide au cinéma. «Le Rwandan film office va être mis en place bientôt avec un fonds qui va beaucoup investir dans la formation. Après l’Etalon, il y a beaucoup de portes qui s’ouvrent et je suis sûr qu’on aura des soutiens au Rwanda pour ce prochain film en matière de financement et de logistique, mais j’aimerais aussi collaborer avec le Sénégal», souligne-t-il.
Le capitaine Diagne, qui appartenait à la force onusienne en place au moment du génocide, avait perdu la vie après avoir été touché par un obus au retour d’une mission de patrouille. Il y a quelques jours, l’Armée sénégalaise l’avait honoré en lui donnant le nom du camp d’entraînement tactique de Thiès. Ailleurs dans le monde, il a déjà reçu plusieurs distinctions dont le Prix Umurinzi au Rwanda et la médaille du courage de l’Organisation des Nations unies porte son nom depuis 2014.

«La miséricorde de la jungle» dans les salles en Afrique
Projeté ce samedi pour la première fois au Sénégal, La miséricorde de la jungle sera également dans les salles Canal Olympia à partir de cette semaine. Selon Aurélien Bodinaux, le producteur, «le film est déjà sorti depuis ce vendredi dans plusieurs pays. Mais on va faire l’avant-première ce samedi et le film sera à Canal Olympia ce dimanche». Au total, le partenariat noué avec Canal+ permet de faire sortir le film dans 9 pays d’Afrique de l’Ouest dont la Côte d’ivoire et le Bénin. Aujourd’hui, des discussions sont en cours pour l’Ouganda et le Kenya ainsi que l’Afrique du Sud, informe M. Bodinaux. «Je découvre que c’est possible de sortir des films en salle en Afrique. Il y a 15 à 20 ans, quand je commençais, ce n’était pas possible. Les premiers films qui ont réussi cela, c’était des films comme celui de Joe Munga Viva Riva, le film de Alain Gomis Félicité, mais ils restent quand même une poignée de films.»
Devant une poignée d’élèves en cinéma venu de Rufisque, le réalisateur et son producteur ont évoqué les grandes lignes de leur aventure cinématographique. « La façon de raconter une histoire, de chercher son point de vue, c’est quelque chose qui nous est propre, qu’il faut chercher au fond de soi», a expliqué le réalisateur rwandais à ces jeunes qui aspirent à suivre ses traces.
mamewoury@lequotidien.sn

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