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En ce mois de novembre, le Sénégal du cinéma pense à Samba Félix Ndiaye. Le père du documentaire sénégalais avait quitté cette terre un 6 novembre. Le 21 novembre dernier, amis, passionnés et professionnels s’étaient donné rendez-vous sur l’île de Ngor pour la dernière séance du cycle qui lui était consacré par le propriétaire de Keur Yadikoon pour suivre son film «Rwanda pour mémoire».

Les pieds bien posés sur le sable mouillé, un petit groupe de spectateurs occupe les quelques mètres de plage que l’océan n’a pas encore envahis. La lune qui est à son premier quartier se fait discrète. Seules les lumières des restaurants de la plage de Ngor se reflètent dans l’eau. Comme toujours depuis quelques années au Sénégal, quand arrive le mois de novembre, on rend hommage à Samba Félix Ndiaye, le maître du documentaire, disparu un 6 novembre 2009. Rwanda pour mémoire est un film réalisé quelques années après le génocide. Des intellectuels africains se déplacent à Kigali pour une résidence d’écriture. C’est l’occasion pour le cinéaste de poser son regard sur ce drame. Avec des écrivains comme Boubacar Boris Diop ou Véronique Tadjo, le Tchadien Koulsy Lamko, la parole des intellectuels cherche à décortiquer les mécanismes des évènements qui ont conduit à la mort d’un million de Tutsis et de Hutus modérés entre avril et juillet 1994. Entre deux vagues, les horreurs du génocide rwandais sont contées sur l’écran à travers le regard de ces grands intellectuels africains venus se racheter en quelque sorte de leur silence. Le cadre idyllique ne changera rien à l’effroi qui saisit les spectateurs en écoutant les horreurs de Murambi où entre 40 et 60 mille personnes ont été massacrées à l’arme lourde et à la hache. Seules 20 personnes en ont échappé.
Le génocide a été un long apprentissage, explique l’écrivain Boubacar Boris Diop dans le film. Des successions de massacres ont précédé le génocide, mais comme le souligne l’écrivain sénégalais, «le Rwanda n’intéressait personne» et le monde ne s’est pas senti concerné. Parmi les passionnés qui ont fait le déplacement, le journaliste et écrivain Pape Samba Kane. «On est très loin d’une telle réalité, mais ce qu’il faut retenir, c’est qu’il ne faut jamais rien minimiser qui prenne place dans l’ethnicisme ou quelque chose qui tienne au séparatisme. Parce que d’une petite étincelle peut partir quelque chose de très dramatique. C’est la religion, l’ethnie, les indexations par rapport à l’appartenance raciale. Il faut les éviter et faire attention», réagit M. Kane à la question de savoir si les dérives constatées çà et là au Sénégal ne sont pas porteuses de germes de violence.

Un héritage porté par de jeunes cinéastes
Samba Félix Ndiaye a transmis le virus du cinéma à de nombreux jeunes. «Je connaissais très bien le discours de Samba Félix Ndiaye sur le cinéma. Et tous ces jeunes qu’il a encadrés et que je découvre, ça ne me surprend pas. Il avait cette tension pédagogique vers les plus jeunes», témoigne l’ancien éditeur du journal Le Populaire. Le deuxième film de la soirée, Migrant migrer, le retour impossible, est d’ailleurs l’œuvre d’un de ses jeunes disciples Abdou Lahat Fall. A l’initiative de Alassane Samb Na, organisateur de ces rendez-vous cinématographiques sur la plage, beaucoup d’amis et anciens disciples de Samba Félix Ndiaye étaient présents sur les lieux ce samedi. L’homme qui est à l’initiative de ce cinéclub a fait ses premières armes auprès de Djibril Diop Mambety, un membre de sa famille. «On a commencé avec lui et on faisait le cinéma itinérant dans des quartiers comme Thiaroye, Colo­bane, Rufisque etc.» Après le décès de l’oncle, la Fondation Yadikoone pour l’enfance et la nature a pris le relais. Autour du lieu Keur Yadikoone, une dynamique s’est créée pour faire vivre la passion de l’oncle disparu aux îliens et aux visiteurs. «Cette année, ça fait onze ans que Samba Félix nous a quittés et on lui a consacré trois week-end.» Quelques-uns de ses films ont été projetés sur cette île de Ngor qui lui était si chère. Hormis quelques couacs techniques, la soirée a comme toujours drainé un public de connaisseurs et d’amateurs. Pour les prochaines séances, honneur sera fait à Djibril Diop Mambety, mais aussi à Ousmane William Mbaye et Wasis Diop. «On va passer le film sur Bouna Médoune Sèye le 27 décembre avec un Bouky teuf. Ce sera l’anniversaire de sa disparition», annonce Alassane Samb.

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