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Le ridicule ne tue pas, notamment chez certains «leaders» politiques qui n’ont d’égard que pour leurs intérêts crypto-personnels. Ils sont dans des jeux, logiques, calculs qui frisent la honte. Ces gens sont «dangereux» et «nuisibles» pour la société. Le set-setal, investissement humain en français, a toujours existé au Sénégal. Mais, ils n’ont guère accordé une grande importance ou intérêt à cet exercice citoyen. Puisqu’il s’agit justement de politiciens et non de politiques. Pour la plupart, ce sont des complexés qui n’ont aucune vision, ni représentativité encore moins légitimité. Pour taper dans l’œil du chef et malgré leur carence et incompétence, ils sont prêts à  s’allier au diable pour exister. Oui! Exister dis-je bien, et faire croire qu’il faut compter avec eux. Alors qu’ils ne peuvent rien apporter à un parti encore moins à leur terroir, pour ne pas dire communauté. Constat, depuis que le Président Macky Sall, par ailleurs patron de l’Alliance pour la République (Apr), a lancé la journée nationale du clean-up day, le 4 Janvier dernier, c’est devenu un phénomène de mode. Chaque soi-disant leader ou responsable politique dans sa zone, se précipite pour perpétuer le geste. Non pas parce qu’il y croit, mais parce qu’il ne veut pas être en marge de la mouvance  et éviter de s’attirer les foudres du grand patron.
Quelle honte ! Ils ne l’ont jamais fait et certains n’ont jamais répondu  favorablement à des sollicitations de jeunes ou femmes pour faire des journées de set-setal dans leur quartier. C’est aujourd’hui qu’ils viennent  nous pomper l’air. Et nous, on les suit aveuglément comme des moutons de Panurge. De nos jours que le chômage croit presque partout et frappe surtout et de plus en plus les jeunes ; mêmes diplômés. Près de la moitié de l’humanité vit au-dessous du seuil de pauvreté et n’a guère de perspectives d’en sortir. Les inégalités sont énormes et ne cessent de s’accélérer. Il ne faut donc pas se faire berner par ces gens qui n’ont pas de «vergogne» ni le sens du devoir civique et citoyen.
La propreté est un comportement, un savoir-être et un savoir-vivre, et non un phénomène de mode. Arrêtez ce cirque. Mettez-vous au travail. Au Rwanda, pays qui aurait sans doute inspiré le Sénégal, le jour d’Umuganda ou jour de nettoyage, qui se tient le dernier samedi de chaque mois, tous les Rwandais doivent se rendre disponibles pour des travaux communautaires. Pour mettre de l’ordre et bien organiser le travail, ceux qui refusent de s’y soumettre doivent se justifier au risque d’être condamnés à payer une amende. Des chefs de secteur contrôlent scrupuleusement la bonne marche des activités de nettoyage. D’ailleurs, il faut rappeler que depuis 2007, cela est en vigueur au pays de Kagamé qui n’a pas manqué de l’inscrire : «le jour du nettoyage» dans la Constitution de son pays pour renforcer les liens entre les communautés et reconstruire le Rwanda où les stigmates du génocide sont encore présents. En 2008, l’Estonien Rainer Nolvak a lancé le Clean-up day, une journée de mobilisation pour faire nettoyer son pays de fond en comble par 50 000 personnes soit 4% de la population. Au total, 10 000 tonnes de déchets sauvages et illégaux ont été récoltées. Cette même initiative a été répliquée dans plusieurs pays comme la France où Julien Gée pilote l’initiative à travers l’organisation non gouvernemental «let’s do it» en établissant une cartographie des décharges illégales et invitant les volontaires à proximité à les nettoyer. Tous ces exemples pour ainsi dire que la question de l’assainissement et de l’amélioration de notre cadre de vie est une question si sérieuse qu’on ne peut se permettre de faire du cirque avec ou d’en user pour amuser la galerie ni même attirer les attentions du grand chef. Dans ces exemples cités, cette question n’a pas été prise à la légère. Elle a été et/ou est en train d’être adressée de la meilleure des manières avec toute la rigueur qui sied et loin du bruit, du tintamarre et des projecteurs. C’est devenu une habitude. Ce n’est pas le cas chez-nous. Depuis un certain temps, cela ressemble plus à du folklore. A Kédougou par exemple, depuis que le chef de l’Etat a donné le ton, des leaders politiques en perte de vitesse se précipitent pour s’exécuter. Pourquoi avoir attendu le Président pour agir dans une région où tout est urgence, sans que personne ne s’en préoccupe ? Aucun de ces derniers ne se lève pour porter à l’opinion les maux de la région. Pourtant, il y a bien une association locale «Alerte environnement» dirigée par Oudy Diallo, qui peine à mener des actions d’envergure faute de moyens et d’assistance. Et ce, malgré ses multiples initiatives en la matière et pour la préservation de l’environnement. Région minière du Sénégal par excellence, Kédougou est en passe de devenir une poudrière au regard de la criminalité qui y prend des proportions inquiétantes. La délinquance juvénile se développe. Les inégalités sociales et la pauvreté croissante des populations inquiètent. certains politiciens ou «leaders politiques «devraient se regarder dans une glace pour faire une introspection au moment de s’armer de pelle ou de se revêtir d’un blouson pour faire un semblant de clean-up day dans une région où il n’y a presque pas de poubelles, où les sachets plastiques jonchent les rues, les taudis d’ordures à l’odeur nauséabonde cohabitent au quotidien avec les populations, etc. Au sommet, c’est le silence total. C’est comme si la région n’a pas de représentant dans l’attelage gouvernemental.
Soit ils sont muets ou sont dépassés par les tâches qui leur sont confiées. C’est à la fois décevant et déplorable. Dans un contexte où, comme disait Jacques Atalli dans son ouvrage «Devenir soi», que les «Etats assurent de moins en moins la sécurité de leurs citoyens et sont de moins en moins capables de rendre les services qu’on attend d’eux», il serait souhaitable de cultiver «la joie de gouverner soi-même sans rien attendre des gouvernements» comme l’indique le fondateur du mouvement des zèbres, l’écrivain Alexandre Jardin. Je suis persuadé que ce n’est pas par des moulins pour quémander des voix ou tromper l’intelligence des populations, en octroyant des soutiens ou des dons, que la région va se développer, mais plutôt par un changement de paradigme, l’éveil de la conscience collective sur les enjeux de l’heure, la responsabilité de chacun à jouer sa partition avec des leaders décomplexés, conscients, audacieux et inspirés, pour porter les espérances de toute une population. Vous devez d’abord être le changement que vous souhaitez chez les autres.

Moussa Seydou DIALLO
Originaire de Kédougou
ms_diallo@outlook.com

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