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Pour terminer en beauté, les initiateurs de la 16e édition du festival Africa Fête, ont animé hier une conférence pour le respect des droits des femmes dans l’industrie culturelle. Cela, parce que dans ce milieu, les femmes sont victimes de stéréotypes qui les empêchent de se hisser au même niveau que les hommes. Pour vaincre ce mal, Rakhaya Daba Sarr et ses camarades misent sur la confiance en soi, la formation et la sensibilisation. Ceci espèrent-ils, permettra aux femmes d’oser se frayer un chemin dans les arts de la scène.

Les rideaux sont tombés hier sur la 16e édition du festival Africa Fête avec une note sur la parité. Les organisateurs ont animé une conférence  autour du thème : «la place de la femme dans le secteur musical». C’était à la Maison de la culture Douta Seck. A cette occasion, des professionnels de la musique et des artistes en tout genre, ont échangé sur le droit, le rôle et l’implication des femmes dans les industries musicales. Parce que, justifient-ils, la femme est victime de stéréotypes de la part de la société, lorsqu’elle décide de se hisser au sommet de la scène, aux côtés des hommes. Pourquoi l’accès des femmes à l’industrie musicale est-il difficile ? Pourquoi dès que chanter devient productif pour les femmes, elles disparaissent de la scène ? Comment elles doivent se créer une légitimité ? Ce sont autant de questions qu’ont soulevé les conférencières pour apporter leur contribution à la réflexion dans une dynamique de faire évoluer les choses.

Les stéréotypes
Dans un premier temps, un état des lieux sur la situation des femmes dans l’industrie musicale et leur accès à la formation était nécessaire pour cerner le problème. Prenant la parole pour cet exercice, la directrice de WakhArt Music et blogueuse culturelle en même temps, a estimé d’abord qu’au Sénégal, l’industrie de la musique est encore en construction. Pour elle, la situation des droits des femmes dans le secteur des arts de la scène est alarmante du fait que les femmes sont absentes dans la gestion des artistes (directrices de label, productrices, managers d’artistes…). Parti de son exemple, elle remarque malheureusement que le paysage musical est masculin. Malgré cela, elle dit ne jamais souffrir de cette inégalité, parce qu’elle croit fermement en sa capacité de percer auprès des hommes. Tout ce qu’elle regrette, dira-t-elle, c’est le fait qu’il n’y a ait pas plus de femmes qui sont meilleures dans le management. Abondant dans le même sens, Ina Thiam, photographe de l’association Afri­cul­turban, souligne que «pour les femmes, c’est déjà un combat de choisir le métier de musicienne mais aussi, c’est une perpétuelle quête du qui suis-je ? Qui est ma référence ?  Pour après continuer ce métier et pouvoir prouver aux autres que ce n’est pas un passe-temps mais un métier dans lequel on a des possibilités de réussir».
«Quand on est femme, il faut d’abord prouver à la société qu’on est capable de réussir au même titre que les hommes dans la musique», note-t-elle avant de partager son vécu : «Moi je suis à Africulturban depuis 2010 et j’étais la seule femme qui faisait de la production musicale, le beatmaking. Et tout le temps, j’avais des problèmes avec les artistes qui ne voulaient pas que j’enregistre leur son parce que je suis une femme». Ainsi, Ina Thiam s’est dit qu’il fallait leur prouver que «la production musicale ce n’est pas la force, mais c’est dans la tête». Elle ajoute que «tout le temps on est confronté à ces genres de stéréotypes  jusque dans nos familles où l’on peine à faire respecter nos choix». L’artiste et reggaeman Iba Gaye Massar, est conscient du problème. Pour lui, la société sénégalaise veut que la femme ne travaille pas la nuit. Une vision qui se répercute dans l’industrie musicale parce qu’il y a un déficit de lead vocal féminine, de femme bassiste, koriste, joueuse de balafon… «C’est ce qui empêche la création d’orchestre de femmes», analyse Iba Gaye Massar.

La sensibilisation et la formation requises
«Il y a énormément de problèmes qui bloquent le respect des droits des femmes dans le milieu musical. Tout cela nécessite des solutions à long terme avec l’appui de l’Etat», a indiqué Ro­kha­ya Daba Sarr, présidente du festival Africa fête. Elle dit miser sur la formation qui est importante pour changer la donne, car «l’industrie musicale n’est pas humanitaire». L’autre recommandation qu’elle formule, c’est la sensibilisation auprès des femmes à intégrer l’éducation musicale au sein des familles et des écoles. Mais avant cela, Ina Thiam est d’avis qu’avant de revendiquer un droit «il faut que les gens comprennent que le Hip Hop par exemple n’est pas un métier d’homme, tout le monde peut faire cela». «Il faut se donner à fond, faire ses preuves et réclamer ensuite ses droits», a-t-elle insisté. Pour Daba Sarr, les femmes doivent d’abord être à l’aise dans leur travail même si elles ne sont entourées que d’hom­mes, car la musique ap­porte plus d’argent qu’on ne le pense.
En somme, les panélistes sont convaincus qu’avec des réfor­mes, les femmes seront motivées et essayeront de se frayer un chemin dans les industries musicales. Pour elles toutes, l’Etat doit beaucoup encourager les artistes avec le statut de l’artiste et la licence de l’entrepreneuriat pour les femmes.
msfaye@lequotidien.sn

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