PARTAGER

L’ambiance de campagne sera explosive. Mankoo taxawu senegaal (Mts) et Benno bokk yaakaar (Bby) partent à armes égales, du moins dans leur composition, les partis et leurs leaders pour la plupart rompus à la tâche politique. Un test majeur d’une stratégie pour imposer une cohabitation incertaine à Macky Sall.

Ce sont les deux coalitions qui se disputeront les 165 sièges de la prochaine Légis­lature. C’est aussi la guerre du nombre de partis, coalitions ou sous coalitions. L’on a collé à la majorité le qualificatif de «coalition des coalitions» et c’était cela sa force et sa puissance qui lui ont permis de rafler les collectivités locales en 2014- même si elle a perdu dans bien de grandes villes comme Dakar, Ziguinchor, Thiès ou encore Bambey- mais aussi de faire triompher le «oui» au référendum. C’est le schéma qui se dessinait aussi avant la surprise Mts. Mais il faudra redistribuer les enjeux avec une liste unique inédite de l’opposition qui pourrait faire mal. Même s’il est vrai que c’est moins la quantité des alliés que leur qualité qui compte. En 2012, Benno siggil senegaal, version Assises nationales, regroupait des dizaines de partis et mouvements. Là où Macky2012 était un magma d’une quarantaine d’alliés, pas forcément épais. Face à Fal2012 du Président sortant qui était plus un conglomérat de petits partis, tous tirés par un parti au pouvoir. C’est en cela qu’on ne peut négliger l’image de l’union sacrée pour le sacre. Et attention aux frustrés et recalés des investitures de Bby qui pourraient se réfugier aux côtés de Mts ou opérer des votes-sanctions. Et de l’autre côté aussi, Macky Sall guette sans doute quelques grincements de dents. Sans compter que la parité noie certaines ambitions exprimées par les hommes qui, pour la plupart, sont au-devant de la scène. Elle se posera aussi à Bby.

Khalifa Sall, le «produit» à vendre
Il faut dire que le nom Manko taxawu senegaal a été le fruit de longues et âpres discussions entre ceux qu’on peut qualifier d’«opposants traditionnels» et les nouveaux. C’est donc Manko wattu senegaal en diminutif, lancée au lendemain du référendum par le Pds, Rewmi, Aj/Pads, le Grand parti, etc. qui est collé à Taxawu senegaal, qui était déjà sur toutes les lèvres depuis les Locales, un prolongement de Taxawu Dakar qui avait porté Khalifa Sall. La combinaison des deux est sans doute un objet de marketing politique. Il s’agit, en effet, de «vendre» l’image du maire de Dakar en prison, mais surtout maître de la capitale, comme le reconnaissent d’ailleurs ses nouveaux alliés depuis son arrestation. Bref, c’est une conquête de l’opinion qui pourrait passer, au moins pour le département de Dakar. Et au fond, l’essentiel pour Mts, c’est moins cette cohabitation peu évidente qu’une forte présence à l’Hémicycle à même de ne pas laisser Bby dérouler son «rouleau compresseur». Si on ne peut jurer de rien, on peut tout de même, sur la base des forces en présence, noter que les départements à la portée de l’opposition ne suffisent pas pour espérer une majorité. Thiès, Dakar, Ziguinchor, Bambey, Dagana ont un total de 15 sièges, soit l’équivalent d’un seul groupe parlementaire. Le «raw gaddu» est passé par-là. Aujourd’hui, Mts l’a compris et veut mettre fin à ce mode de scrutin qui, en réalité, est plutôt favorable à un parti ou une coalition au pouvoir. Et c’est en connaissance de cause que Wade et son régime qui en ont profité à souhait veulent aujourd’hui, en cas de victoire de Manko taxawu senegaal, supprimer ce scrutin majoritaire à un tour. Tout se jouera plus sur la liste nationale qui, elle aussi, n’a que 60 députés.

Qui pour le perchoir ?
Il faut dire que Manko taxawu senegaal n’a pas encore réglé des préalables et risque dans l’éventualité d’un contrôle de l’Assemblée d’être confrontée à une question : qui prendra le perchoir ? Se posera donc le critère de la représentativité. Et dans une coalition comme celle-ci, il n’est point évident de mesurer le poids de chaque parti. Qui pourrait dire que c’est le Pds ? Le 30 juillet, on remet tous les compteurs à zéro et il cessera d’être le «principal parti de l’opposition» que lui conféraient son groupe parlementaire et ses résultats à la Présidentielle de 2012. Khalifa Sall aussi n’aura été maître de Dakar que pour les Locales. Une victoire de Mts dans la capitale ne serait point strictement lue comme la sienne. C’est encore valable pour Idrissa Seck ou Gakou. C’est la faiblesse des alliances. Abdoul Mbaye et Ousmane Sonko ont choisi de se jauger à leurs risques et périls. Mais dans cette course et en marge de deux grandes coalitions, les échappées solitaires auront peu de chance et encourent la «peine» du plus fort reste.

Revanches plurielles
Dans cette coalition Manko taxawu senegaal, il y a aussi un air de revanche pour les uns et les autres. Abdoulaye Wade, qui a décidé de s’impliquer dans cette campagne, joue aussi pour la survie d’un Pds presqu’en lambeaux, parce que déchiré par Macky Sall. Mais il y a aussi l’autre, Karim, qui n’est pas pour le moment dans le jeu. Sa condamnation et le risque qu’il encourt de voir sa candidature à la Présidentielle invalidée ont de quoi faire bouger le père. Probable tête de liste de l’opposition, Wade espèrerait dans l’hypothèse d’une cohabitation faire amnistier son fils. Et Idrissa Seck ? Lui ne pouvait risquer d’aller aux Législatives en solo. A moins de compter sur les deux sièges de Thiès. Il faut rappeler d’ailleurs qu’il a eu sa dizaine de députés du fait du quota de Bby dont il était membre. Avec Mts, le leader de Rewmi veut bien prendre sa revanche sur Macky Sall qui l’a empêché à deux reprises d’avoir un groupe parlementaire. Gakou n’aura pas l’occasion de se mesurer et de convaincre qu’il a l’étoffe d’espérer être le «président de la banlieue». Mais aussi de montrer à son adversaire, Aliou Sall, à Guédiawaye que c’est son absence aux Locales qui l’a élu. Modou Diagne Fada était pourtant parti pour confirmer que les élus locaux qui avaient choisi Ldr/Yeesal à l’élection des hauts conseillers ont tourné le dos au Pds et à Wade comme lui et les autres réformateurs.
hamath@lequotidien.sn

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here