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Pour le Club des investisseurs sénégalais, l’Etat, en confiant certains projets à des entreprises étrangères mais de droit sénégalais, est en train d’aider des «étrangers plus ou moins encagoulés». Abdourahmane Diouf et Cie appellent à la levée des conditionnalités qui empêchent le secteur privé national d’accéder aux marchés publics.

Le cri du cœur date de Mathusalem : le secteur privé sénégalais veut sa part des projets de l’Etat. Selon le Club des investisseurs sénégalais (Cis), le secteur privé national ne détient que 33% des marchés publics. A Diamniadio hier, le ministère des Infrastructures, des trans­ports terrestres et du désenclavement a convié le Cis pour davantage impliquer les entreprises du privé national. Directeur exécutif du Cis, Abdourahmane Diouf a d’emblée rappelé la nécessité de réformer le Code des marchés. «C’est l’Etat qui a la capacité de changer le Code des marchés pour pouvoir attribuer à ses champions nationaux une part importante. Nous trouvons que le secteur privé national doit être majoritaire dans l’octroi des marchés au Sénégal. S’il y a des conditionnalités qui nous empêchent d’accéder aux marchés, c’est à l’Etat de nous aider du point de vue financier, du point de vue de la loi pour y arriver», a souligné Abdou­rahmane Diouf assurant que le Cis va intervenir dans les domaines des transports terrestres, ferroviaires.
En juillet dernier, lors des concertations relatives à la Loi sur le contenu local, Baidy Agne, président du Conseil national du patronat, avait interpellé le Président Macky Sall sur la définition d’une entreprise nationale. «Si l’Etat veut créer des infrastructures et fait des appels d’offres à propos desquels ceux qui viennent répondre sont une entreprise de droit sénégalais mais avec des capitaux et une direction étrangers, vous n’êtes pas en train d’aider les Sénégalais mais des sociétés de droit à travers des étrangers plus ou moins encagoulés», a exposé M. Diouf, en soulignant que la Loi sur le contenu local «n’aura pas d’impact positif si on ne règle pas cette problématique». En revanche, Oumar Youm ne voit pas un tableau si sombre pour le secteur privé. Le ministre assure que le secteur privé sénégalais est «bien impliqué dans les travaux d’infrastructures».

«Nous ne devons pas être des sous-traitants dans notre
propre pays»
Cependant reconnait le ministre, l’Etat «peut améliorer leur implication pour rendre notre croissance plus forte, plus dynamique, plus inclusive». Il dit : «Nous y travaillons et ça, c’est un premier jalon qui est posé pour permettre de réfléchir afin de les impliquer davantage, leur donner plus de place dans cette trajectoire de croissance et dans cet élan de construction de notre pays.» En attendant, le Cis indique au gouvernement la voie à suivre : «Même si nous n’avons les moyens financiers, l’Etat doit choisir les entreprises sénégalaises à travers l’offre spontanée, et à charge à celles-ci d’aller chercher le partenaire étranger technique ou financier qui va les compléter. L’Etat doit éviter la démarche inverse en allant chercher des partenaires étrangers qui viennent pour faire de nous des sous-traitants. Nous ne devons pas être des sous-traitants dans notre propre pays», conclut Abdourahmane Diouf.

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