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A Saraya, c’est le chaos. Après le meurtre de Yamadou Sagna lundi, les populations de Saraya ont exprimé leur courroux en incendiant la brigade de la gendarmerie et le poste de Douane. La tension est toujours palpable dans la zone.

douanesarayaL’indignation ne retombe pas à Bokhody, village situé dans le département de Saraya dans la commune de Khossanto où le jeune orpailleur Yamadou Sagna a été froidement abattu, lundi vers 14 heures par les douaniers de Saraya. La colère des populations s’est propagée dans la ville où le poste de douane et la brigade de gendarmerie ont été mis à feu. Elles sont massivement sorties hier pour exprimer leur courroux «face aux multiples exactions» qu’elles subissent de la part des Forces de sécurité et de défense et surtout contre les Gabelous, qui ont descendu sauvagement Yamadou Sagna. Bangali Danfakha, président de la jeunesse de Saraya, est noir de colère : «Nous en avons marre. On nous tue comme des animaux. Il faut que cela cesse.» Et la réaction est tout simplement à la hauteur de «l’indignation» dans cette zone où les orpailleurs et les forces de défense se regardent en chiens de faïence. «Nous sommes sortis pour marquer et montrer notre indignation face au comportement indigne des Forces de sécurité dans le département de Saraya. A cause d’eux, nous ne sommes plus en sécurité. On nous pille et on nous tue.» Dopé par ses camarades, il se lâche : «Il faut que les Forces de l’ordre apprennent à respecter les populations car nous ne sommes pas des animaux. Les populations sont fatiguées de subir la lâcheté des gendarmes et des douaniers. On ne se laissera plus faire. Qu’ils se le tiennent pour dit.» Le curseur de la colère ne se pose pas simplement sur la poitrine des jeunes. Sadio Danfakha, notable à Saraya et Conseiller économique, social et environnemental, est courroucé par le comportement des Forces de sécurité à Saraya. Il dit : «Cela n’est qu’une illustration de la situation d’injustice et d’oppression dans laquelle vivent les populations de Saraya. L’Etat doit s’autosaisir pour prendre en charge cette question et revoir le comportement des gendarmes et des douaniers. Ils en font trop.» Dans cette zone, les populations ont longtemps «repoussé» leur exaspération avant d’exploser après cette dernière bavure. «Les populations sont fatiguées et le meurtre de Bokhody a été la goutte d’eau qui a fait déverser le vase.» «On nous pille, on nous tue» Dans ces sites où brille l’or, les convoitises font monter les tensions. Le maire de Bembou, Mady Danfakha, ne met pas de gants pour tirer sur les Forces de sécurité : «Depuis quand un douanier tire sur les populations ? Il n’est pas question que la situation perdure avant que le pire ne se produise.» Ulcéré par cette situation, M. Danfakha avertit : «On ne veut plus de la gendarmerie au niveau des sites d’orpaillage. Avant l’arrivée des gendarmes, nous travaillions tranquillement dans les sites d’orpaillage. Mais, il a fallu que ces gens arrivent ici pour qu’il y ait des tensions.» Il est difficile de trouver des personnes mesurées après cette bavure. «Ce sont des fonctionnaires qui vivent sur le dos des pauvres populations. Même les petits gendarmes ou douaniers ont des voitures toutes neuves, des motos de luxe qu’ils ne peuvent pas se payer avec leur salaire.» Le pic de cette colère est la mise à feu des brigades de la douane et de la gendarmerie par des jeunes surexcités, qui ont organisé cette expédition punitive. La tension était palpable dans la ville de Saraya. Les gendarmes avaient du mal à contenir la foule de jeunes qui ont incendié ses locaux. Pour éviter le pire, la Senelec a coupé le courant. Armés de pierres, de bouteilles, de projectiles, ils ont tenu tête aux Forces de sécurité, qui ont tenté de sortir de cette étreinte grâce à des grenades lacrymogènes. Les gendarmes ont fait usage de leurs armes à feu en tirant des coups de sommation en l’air pour dissuader la foule. Les manifestants ont posé des parpaings sur les routes. Entretemps, ils ont pillé la brigade de la douane réduite en cendres. Les douaniers avaient déjà vidé les lieux pour se rendre à Kédougou dans la nuit du lundi au mardi d’après nos informations. Dans l’après-midi d’hier, un renfort d’éléments de Kédougou, armés jusqu’aux dents, ont rallié Saraya pour essayer de ramener le calme. Après cet instant de colère, le président de la jeunesse de Saraya, Bangali Danfakha, a du mal à disséquer le comportement du sous-préfet : «On a voulu rencontrer le préfet de Saraya hier soir (lundi). Il n’a pas voulu nous recevoir. Les jeunes voulaient discuter avec l’autorité pour l’informer de la situation et trouver une solution apaisée. Mais devant son refus, le saccage n’a pas pu être évité.» Le Quotidien a rencontré le sous-préfet, qui était occupé à gérer ces évènements funestes. Il dit : «Les jeunes ont voulu me rencontrer la nuit. Mais, je ne savais pas que les deux étaient liés. Je n’ai pas pu les recevoir.» msdiallo@lequotidien.sn