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« Le livre, la jeunesse, l’économie : défis du développement. » Ce thème a fait hier l’objet d’une discussion entre différents acteurs, venus de différents horizons. Ce, lors du colloque organisé à l’occasion de la 16e Fildak. Ils ont évoqué le faible taux de lecteurs, le désamour du livre, la question de l’accessibilité aux livres …

Le colloque initié à l’occasion de la Foire internationale du livre et du matériel didactique (Fildak) a démarré hier. Un moment privilégié, pour des experts venus du Cameroun, du Maroc, de l’Algérie, et du Nigeria qui ont abordé le thème général : livre, jeunesse, économie : défis du développement. Le directeur du livre et de la lecture, Ibrahima Lo, premier intervenant de la journée a planché autour d’une problématique intéressante : Le désamour vis-à-vis du livre, une aubaine pour le Sénégal ? Et pour répondre à cette préoccupation, il affirme qu’ «il y a un certain changement que nous sommes en train de vivre. Et dans le secteur qui nous concerne ce changement est très profond. » Le directeur du livre et de la lecture explique à ce propos « la relation difficile entre le livre que nous utilisons au quotidien et le numérique», pour se demander finalement s’il s’agit d’une crise de la lecture ? « Je ne peux pas répondre de façon péremptoire. Mais, je peux tout de même dire à partir d’un sondage de l’analyse des comportements de lecture sur une tranche d’usagers entre 2011 et 2014 qui concernent la France, qu’il ressort un recul de 5points, sur une tranchée de 100usagers. Donc 5 usagers du livre traditionnel ont arrêté de l’utiliser. » Pour Ibrahima Lô, ce qui est intéressant dans ce sondage c’est que ces lecteurs du livre traditionnel n’ont pas été récupérés par le numérique.
Qu’en est-il donc pour notre pays ? « Je n’ai pas de statistique, on déclare de façon péremptoire que personne ne lit, je dis oui, faisons comme si personne ne lit », réagit il, s’interrogeant sur ce qui pousse à dire que personne ne lit ? Selon M. Lo, probablement le même phénomène qu’en France est en train de se reproduire au Sénégal. « Par exemple moi, mon smartphone fait que je n’achète plus beaucoup de journaux. Il me suffit seulement d’aller sur un site et j’ai les informations », dira-t-il. Et donc pour l’enseignant chercheur, « si on prend cette mesure comme étant un indicateur, entre le livre et son usager, je pense qu’on peut bien dire qu’il y a une distanciation qui s’est créée. Du fait de l’usage que nous avons de ces nouvelles technologies. » Pourtant, ajoute-t-il «la lecture est là. Nous, l’utilisons malgré tout ». Il est clair pour Ibrahima Lô que l’environnement dans lequel nous lisons a changé. Ceci lui fait d’ailleurs dire qu’« il y a une crise quelque part ». « Que l’on soit conscient ou pas, il y a, des choses nouvelles qui sont là avec lesquelles il faut essayer de vivre» renchérit-il, faisant allusion à l’internet.

La force d’Internet
« Nous ne lisons plus suffisamment les livres en papier, mais nous passons beaucoup de temps sur internet. Et sur internet vous lisez et vous écrivez », argue-t-il. « On peut discuter de la valeur de ce qu’on lit, ou de la qualité de ce qu’on écrit, mais toujours est-il que ces pratiques sont là. Il y a de la lecture, il y a de l’écriture. Cela nous induit à nuancer un peu cette déclaration péremptoire qui conduit à dire que les enfants ne lisent plus», insiste encore M. Lo. Pour lui, « ce n’est pas vrai, ou il faut le démontrer ». « Les messages, les tweets, tout cela nous permet de dire qu’il faut admettre une vérité simple, on continue à lire, mais on lit d’une autre façon. On ne lit plus de la même manière. On lit, mais on passe beaucoup de temps aussi à s’amuser» analyse-t-il. De son propos, on retient en résumé qu’il y a une difficulté qui est là, c’est, « cette distance entre le livre et son usager, qui est une réalité ». Et, « Il faut la regarder, l’affronter et l’accompagner pour ne pas la subir» prévient-il.
«Si par extraordinaire plus personne ne s’intéressait au livre au Sénégal, cela veut dire que ceux qui font le livre ne font pas du bon travail. Cela veut dire qu’il faut casser toutes les maisons d’édition, cela veut dire aussi qu’il faut bruler les écrivains» relève le directeur du livre et de la lecture. Il poursuit son analyse de la situation signalant que si cela arrive, « En ce moment il ne faut pas oublier que nous, également devons passer à la trame. Parce que nous n’avons pas eu de responsabilité. Quand un ouvrage n’est pas bon, il faut que la critique permette de dire que ce n’est pas bon ». Finalement conclut-il, « si rien ne marche autour du livre et de la lecture, c’est une chance, à condition qu’on accepte de s’arrêter. »
mfkebe@lequotidien.sn

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