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L’opposition partage le même objectif : battre Macky Sall en 2019. Mais sur le combat pour la transparence des élections, elle est dispersée. Par conséquent, elle mettra difficilement la pression sur le pouvoir pour obtenir des concessions.

A quelques mois de la Présidentielle, pouvoir et opposition affûtent leurs armes. Le président de Benno bokk yaakaar multiplie les rencontres avec ses hommes, envoie des émissaires dans les différents départements pour recoller les morceaux cassés de son parti ou sa coalition. Parce que 2018, c’est la précampagne, et 2019 la campagne proprement dite. L’on peut dire que la majorité veut prendre une avance sur le terrain de la remobilisation. Alors que l’opposition est dispersée et en­gluée dans des querelles de préséance et de légitimité. Une même vision : «dégager» Macky Sall. Mais dans la division qui ne fait que l’affaiblir. Les leaders présidentiables ont boycotté les concertations politiques pour, disent-il, «éviter que ce qui s’est passé aux Législatives ne se répète plus». En clair, surveiller tout le processus électoral, de la distribution des cartes au vote. Seulement, les opposants de Macky Sall peinent à s’unir au moins autour de ce pour quoi ils ont refusé de prendre part au Cadre de concertation sur le processus électoral (Ccpe) dirigé par Saïdou Nourou Ba. Et là, il leur sera difficile d’être entendus par le pouvoir, donc de lui mettre la pression pour obtenir des concessions. Rien que sur la transparence des élections, il y a au moins 3 entités. Manko taxawu senegaal a décidé de ne pas participer au dialogue, mais depuis, elle n’est préoccupée que par un Plan B à Khalifa Sall en cas d’empêchement. Et pourtant, à la veille des Législatives, Mts avait mis en place un Front pour la régularité et la transparence des élections (Frte) à l’issue d’un séminaire au Cyber campus de Thiès. Le Pds et ses alliés aussi restent sur leur position, mais au moins ont lancé l’Initiative pour des élections démocratiques au Sénégal et envisagent une marche nationale le 9 février. Et l’on ne sait même pas d’ailleurs si les autres composantes de l’opposition vont participer à cette manifestation, la première du genre après les Législatives. «Cette initiative a pour objet de dénouer le conflit qui a résulté d’une série de coups de force électoraux. S’il arrivait un 3ème coup de force après le Référendum et les Légis­latives, ce serait trop lourd pour le pays. C’est une initiative démocratique, collective et positive. Nous avons des revendications qui, dans une République démocratique, ne devraient pas se poser», avaient expliqué Mamadou Diop Decroix et Cie. Il y a aussi Modou Diagne Fada, Abdoulaye Baldé, Aïssata Tall Sall et autres qui, dans un 3ème front, ont mis sur pied le Cadre de l’opposition pour la régularité, la clarté et la transparence des élections (Corecte) aux côtés des non-alignés et de l’autre opposition participant au dialogue politique.

Les exemples du Frte en 2000 et de Clarté dey leer en 2012
Dans tous les cas, toutes les alternances se sont faites autour d’une unité organique de l’opposition autour de «l’essentiel». En 2000, les différentes composantes avaient tu leurs querelles de leadership pour accorder leurs violons dans leur combat pour la transparence comme la refonte du fichier électoral ou du Code électoral. C’est ainsi que le Front pour la régularité et la transparence des élections (Frte) avait été créé et avait pu obtenir du régime de Diouf des concessions importantes. Le Rapport des missions d’observation des élections de 2000 soulignait que cette dynamique unitaire de l’opposition d’alors avait abouti à «vingt-trois modifications apportées par consensus au Code électoral, tant dans sa partie législative (loi organique n°2000-21 du 7 février 2000 et loi n°2000-22 du 7 février 2000) que réglementaire, (…) sur la base des propositions formulées par les différentes parties et répondant à un nombre significatif de préoccupations préalablement exprimées dans le mémorandum du Frte». Et en 2012, Benno siggil senegaal, version Assises nationales, avait pu à son tour mettre en place Clarté dey leer, une structure chargée de suivre le processus électoral pour des «élections libres et transparentes».
C’est cette unité dans le combat pour la transparence dans le processus électoral que l’opposition actuelle n’arrive pas à concrétiser. Et c’est cette absence de pression qui fait que le pôle de la majorité mène les débats autour des questions cruciales comme le parrainage des candidatures et la caution. Au rythme des désaccords profonds entre les participants au dialogue, tous ces points devraient revenir au président de la Répu­blique qui va arbitrer.

hamath@lequotidien.sn

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