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Le pôle des Non-alignés a répondu à l’invitation à la réunion convoquée le  23 janvier 2017 par le ministre de l’Intérieur et de la sécurité publique, en vue d’installer le comité de suivi que le président de la République avait décidé de  créer lors de l’audience accordée à la plateforme Mankoo wattu Senegaal le 1er décembre 2016.
Cette rencontre qui devait donner corps à une décision présidentielle a été vidée de sa substance par l’initiative du ministre en charge des élections de remettre en cause le consensus obtenu pour mener les concertations sur  le processus électoral.
Avec le lancement du dialogue national sur l’initiative du président de la République, les Sénégalais étaient fondés à croire que la tradition de recherche d’accords sur les règles et modalités d’organisation des élections, en cours au Sénégal depuis 1992, allait être préservée.
Il faut rappeler que la rencontre du 9 juin 2016 entre le ministre de l’Intérieur et de la sécurité publique et les représentants des partis politiques légalement constitués avait retenu la décision de mettre en place une commission ad hoc, composée comme de coutume de mandataires des différents partis politiques regroupés autour de trois pôles (Majorité, Opposition, Non-alignés) ainsi que des représentants des autres acteurs du processus électoral.
Pour le démarrage des concertations, comme indiqué plus haut, la tradition a donc été respectée et tous les partis politiques légalement constitués se sont conformés au schéma arrêté.
Pour l’histoire, il est utile de rappeler que :
En 2011, avec la mise en place du comité de veille, le consensus trouvé était de travailler avec 6 pôles, alors qu’en 2014, pour une question de rationalisation et d’efficacité, il a été retenu que tous les partis qui ne se retrouvaient ni dans la majorité ni dans l’opposition devaient constituer le pôle des Non-alignés. Ce consensus est à la base du regroupement des trois pôles des partis politiques indépendants, non alignés, non coalisés en un seul, portant désormais l’appellation de Pôle des Non-alignés lors d’une Assemblée générale le 9 janvier 2014.
Cette règle a été reconduite d’un commun accord le 9 juin 2016.
L’impossibilité de créer un nouveau pôle est à la base de l’invite faite aux deux groupes de partis qui avaient présenté des listes différentes, de les fusionner pour permettre l’installation de la commission de revue du Code électoral.
Dans ses conclusions, la commission technique de revue du Code électoral qui s’est réunie du 16 juin au 3 août 2017 a fait cette recommandation  que le Président à validée : «Créer une commission de suivi de la refonte partielle du fichier électoral, en associant les représentants des pôles des partis politiques légalement constitués.»
Au vu de ce qui précède, on comprend aisément la désapprobation qui a accueilli la décision unilatérale, inopportune et inélégante du ministre qui remet en cause fondamentalement la confiance attendue entre acteurs du processus électoral.
Il devient alors clair que le débat ne porte pas sur la notion de pôle indépendant ou de candidat indépendant, mais plutôt sur le respect d’un consensus obtenu depuis 2011.
La majorité a voulu jouer à la confusion en tentant de justifier la présence d’un quatrième pôle par l’introduction dans le Code électoral de la notion de candidat indépendant ; ce qui m’avait amené à préciser que l’indépendance en question concerne les personnes n’ayant jamais appartenu à un parti politique ou ayant cessé toute activité politique depuis au moins un an.
Les partis politiques dits indépendants appartiennent aux non-alignés depuis 2014.
La classe politique ne saurait accepter que le ministre de l’Intérieur ait la latitude de créer des pôles à sa guise, sans concertation ni consensus, dans le seul but de divertir ou de décrédibiliser le travail qui est en cours pour permettre au Sénégal d’aller à des élections libres, démocratiques, transparentes et apaisées.
En lui laissant la liberté de dérouler sa stratégie, on va vers un nombre de pôles avoisinant celui des partis, puisqu’il suffira simplement d’adresser une correspondance en se donnant un nom pour créer un nouveau pôle.
Cette politique de déconstruction des acquis n’honore pas notre pays.
C’est justement ce qui a poussé la majorité à déclarer que «le comité de suivi n’a aucun caractère obligatoire. C’est sur demande des parties prenantes au processus électoral que le ministre a accepté sa création».
Je voudrais à ce niveau demander ce qu’on fait alors de la décision du président de la République de créer ce comité, si on veut nous faire croire qu’il n’est pas obligatoire et découle de la bonne volonté du ministre.
Cette démarche n’est pas républicaine, car elle sous-entend que l’application de la décision du Président relève du bon vouloir d’un ministre de la République.
Il est regrettable qu’elle soit l’œuvre de la majorité, parce que défendre l’indéfendable ne devrait pas pousser à ces incohérences.
On n’a pas besoin d’aller plus loin, car il ne fait l’ombre d’aucun doute que le ministre a remis en cause des accords de façon inacceptable. Tous les acteurs du processus électoral doivent le lui dire pour que la sérénité revienne.
La politique du forcing, du fait accompli, du coup de pouce aux amis, n’est pas de nature à renforcer le leadership de notre pays en matière de démocratie.
C’est pourquoi le président de la République doit reprendre l’initiative pour pouvoir faire autant ou mieux que ses prédécesseurs.
N’est-ce pas lui qui disait à l’occasion de la cérémonie de lancement le 28 mai 2016 : «La réponse à mon appel qui témoigne de l’intérêt que nous portons à notre pays et de notre commune volonté d’assurer son ancrage irréversible dans la modernité démocratique. Le consensus est également une forme d’expression de la démocratie. A cet effet, je m’inscris dans la tradition de notre Peuple dont le génie a toujours permis de trouver les ressorts pour construire des convergences fortes autour de notre pacte social sur la base de la confiance mutuelle» ?
A n’en pas douter, la démarche du ministre de l’Intérieur est en porte-à-faux avec cette orientation.
Il faut travailler à ce que les résultats proclamés découlent d’une compétition dont les règles sont acceptées de tous.
Le pôle des Non-alignés s’est toujours investi pour des concertations qui mettent les intérêts du Sénégal au-dessus des préoccupations partisanes.
Il a toujours promu les vertus du dialogue et du respect des règles arrêtées d’un commun accord.
C’est pourquoi j’en appelle au président de la République et à tous les acteurs du processus électoral pour éviter à notre pays les dérives post-électorales porteuses d’instabilité dans une sous-région qui est déjà sous tension dans tous ses compartiments.
Dethié  FAYE
Président de la CDR/fonk sa kaddu
Plénipotentiaire du pôle des Non alignés

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