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Il y a de cela quelques semaines, un contact sur LinkedIn, qui travaille dans une importante banque de la place, avait posté une offre de 35 stages. Quatre jours plus tard, elle écrivit une nouvelle publication, qui symbolise la difficulté du marché de l’emploi au Sénégal. Je reprends cette publication : «Et oui, quand plus de 35 postes sont à pourvoir, cela a de quoi susciter l’intérêt du plus grand nombre. Objectif de toucher le plus grand nombre réalisé sans nul doute car, en effet, plus de 5500 candidats ont postulé en seulement 5 jours.»
Les principaux problèmes du Sénégal découlent de la difficulté à trouver du travail ou entreprendre. Elle engendre les autres fléaux dont se plaignent les Sénégalais : l’insécurité, l’émigration clandestine, la promiscuité, le mariage tardif.
Je vois tous les jours une horde de jeunes dans les rues, qui se couchent et se lèvent tard. Ils n’ont aucune activité, excepté boire du thé. Il est facile de leur dire : créez votre propre emploi, entreprenez, quand ils ont déposé leurs cv dans une centaine d’entreprises ou qu’ils n’ont pas les capitaux pour en créer une. Quand 5500 jeunes postulent à une offre de 35 stages, le problème n’est pas un manque de motivation mais plutôt une difficulté à s’insérer dans le milieu professionnel.
Cette difficulté à s’insérer dans le milieu professionnel relève d’un problème qui devrait être réglé en amont. Les universités et écoles professionnelles forment en général les mêmes profils : des gestionnaires et des littéraires, qui aspirent à travailler dans un bureau climatisé. La solution serait de former des profils plus techniques et scientifiques. J’ai remarqué que mes amis ayant suivi des études en informatique trouvent plus facilement un travail. L’idée serait d’orienter plus d’étudiants dans ces filières scientifiques et techniques, qui sont perçues à tort comme difficiles et moins prestigieuses.
En procédant ainsi, le Sénégal diminuera son taux de chômage parce que les emplois non pourvus dans ces filières trouveront les ressources humaines nécessaires. Il y a beaucoup d’écoles de formation dans les filières de gestion pour peu d’emplois disponibles. Une entreprise qui aurait posté une offre de 35 stages dans des filières techniques ou scientifiques ne recevrait pas 5500 demandes.
Je ne suis pas en train de dire que les études dans les filières commerciales et littéraires sont inutiles. J’aime lire les romans classiques et autres livres de gestion. Cependant, si plus de 80% des étudiants choisissent ces filières, la majorité à coup sûr se retrouvera au chômage.
Une autre solution pour diminuer le taux de chômage est d’accompagner les entrepreneurs. Des secteurs négligés ou perçus comme peu prestigieux obtiennent un retour sur investissement plus élevé. L’argent placé dans un compte d’épargne bancaire a un rendement maximal de 4%. Ce même argent investi dans l’élevage procurera un retour sur investissement d’au moins 50%. Les emplois dans les banques, les sociétés commerciales ont une forte aura dans l’inconscient des Sénégalais. Cependant, les investissements dans les secteurs agricoles et pastoraux ont un plus fort retour sur investissement.
Accompagner les jeunes Sénégalais à entreprendre dans ces filières leur permettra de prendre en charge leur vie et devenir autonomes. L’Etat doit penser à une fiscalité innovante qui permettra d’imposer ces gains et ainsi, accroître ses ressources. Un cercle vertueux : plus de personnes actives, moins de chômage, plus de ressources pour l’Etat.
Socialement, cela engendrera des bénéfices pour la société sénégalaise. L’oisiveté entraîne d’autres fléaux comme l’insécurité. Une population qui travaille, qui entreprend est une population qui ne pense pas à agresser, qui ne s’adonne pas à la violence. L’Etat gagnerait, pour son intérêt à long terme, à agir pour que les jeunes sénégalais puissent devenir autonomes. A terme, le budget du ministère de l’Intérieur pourra être réduit, et les ressources économisées réinjectées dans les autres secteurs de l’économie publique, tels la recherche et le développement où le Sénégal est à la traîne.
Dans son livre Mes étoiles noires, Lilian Thuram consacre un chapitre à l’astrophysicien, Modibo Diarra. Celui-ci expliquait que la pauvreté contribue à détruire des potentiels utiles à une société. Des jeunes avec un fort potentiel ne peuvent la développer par manque de moyens. Imaginons leur contribution à la société si leurs talents étaient utilisés. Le futur Einstein ou Cheikh Anta Diop figure parmi eux. Mais ce potentiel n’est pas réveillé par manque de moyens. Le rôle de l’Etat est de donner une chance à ces jeunes, les accompagner, leur donner l’occasion d’utiliser leurs talents, de s’épanouir. Les aider à entreprendre, les accompagner dans leurs études, leur expliquer que la réussite ne passe pas forcément par les filières commerciales, les filières techniques et scientifiques ne sont pas si difficiles qu’ils l’imaginent et qu’ils peuvent permettre une insertion professionnelle plus facile et rapide.
C’est ainsi que cette horde de jeunes oisifs pourra participer à la construction du pays. Ils ne sont pas oisifs par paresse mais par désespoir. Donnez-leur la chance, ils la saisiront. L’Etat a intérêt à procéder ainsi : plus de personnes actives signifient davantage de contribuables et plus de ressources fiscales. A terme, cette baisse du taux de chômage engendrera une diminution de la criminalité : qui pense à agresser ou voler s’il a un emploi à temps plein ou entreprend. Pour finir, les ressources consacrées à la sécurité n’auront plus leur raison d’être et pourront être investies dans des domaines à plus forte valeur ajoutée pour le Sénégal : la recherche et développement, l’éducation. Avec tous ces avantages, le Sénégal a intérêt à accompagner les jeunes entrepreneurs et à encourager les études dans les filières techniques et scientifiques afin de pourvoir les emplois dans ces domaines.

Moussa SYLLA – moussasylla@live.fr

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