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Le commerce intra régional ne dépasse pas 12% dans la zone de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao). Les tracasseries sur les différents corridors routiers étant une des raisons pour lesquelles les échanges ne décollent pas. Particulièrement impliquées dans le commerce de produits agricoles, halieutiques et fruitiers, les femmes sont encore plus vulnérables à ces pratiques que les hommes, même si elles représentent 70% des acteurs qui exercent des activités commerciales locales ou transfrontalières dans la région ouest africaine. C’est la raison pour laquelle l’Association des femmes de l’Afrique de l’Ouest (Afao) a réalisé, dans le cadre de la mise en œuvre du Programme d’appui pour la libre circulation des produits agricoles en Afrique de l’Ouest (Profab), une étude sur les problèmes spécifiques que rencontrent les commerçantes dans la région de la Sénégambie.
Selon Mme Khady Fall Tall, présidente de l’Afao, «la spécificité de cette étude, c’est de consacrer ses efforts d’analyse aux problèmes que rencontrent les femmes dans l’exercice de leur commerce». Objets de contrôles tous azimuts, les femmes n’arrivent pas à faire de bénéfices avec les petites sommes qu’elles empruntent dans les institutions de microcrédit pour le commerce de produits agricoles, halieutiques ou de fruits, renseigne Mme Tall. «Ce sont ces produits qu’elles peuvent vendre et on est étonné de voir que ces produits, qui ne sont pas soumis à la douane, sont interceptés. Tu as 20 litres d’huile de palme, on t’enlève les 2 ou 3 litres. Cela grève le bénéfice qu’elles étaient en droit d’attendre», accuse la présidente de l’Afao. Les Etats de la Cedeao ont reconnu la libre circulation des biens et des personnes. Mais à l’épreuve de la réalité, la situation est encore plus problématique pour les femmes. «Quand on transporte un camion d’oranges de la Guinée, on est soumis aux mêmes contraintes que les hommes. Mais les femmes, compte tenu de leur faible niveau d’instruction, une personne de mauvaise foi peut abuser de leur situation de vulnérabilité et de désinformation pour demander un dédouanement alors qu’elle n’en a pas le droit».
Il faut dire que ces tracasseries prennent plusieurs formes et peuvent parfois aboutir au harcèlement sexuel, indique le secrétaire exécutif de l’Alliance borderless, M. Justin Bayili. Tout en insistant sur l’importance de se conformer aux normes, M. Bayili relève que des efforts sont faits sur l’ensemble des corridors de la sous-région afin de prévenir les prélèvements illicites. Il souligne l’existence d’un numéro vert et de la systématisation du port d’un identifiant par les agents de la police, de la douane ou de la gendarmerie prépositionnés sur les corridors.
Mais l’initiative prise par l’Afao va permettre de mieux comprendre le fonctionnement du commerce intra-régional tel que pratiqué par les femmes, mais surtout de proposer des pistes de solution. Selon M. Jean Antoine Diouf, directeur de l’Intégration au ministère de l’Intégration africaine et du Nepad, «l’étude va permettre d’identifier les obstacles et surtout d’y apporter des réponses en termes de renforcement de capacités et d’accès aux principaux marchés et aux financements». L’atelier qui réunit des femmes des trois pays que sont le Sénégal, la Gambie et la Guinée devrait permettre de réfléchir à des solutions pratiques à même d’aider les femmes à gagner en autonomie. «Il faut qu’on arrête les discours et qu’on aille vers des actions», a exhorté Mme Tall.
mamewoury@lequotidien.sn

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