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Avant-hier jeudi, le Grand Théâtre a accueilli une forte communauté malienne qui est venue assister au premier concert du jeune artiste malien Sidiki Diabaté à cet endroit. Au Sénégal depuis quelques jours, le chanteur et fils de Toumani Diabaté a fait le plein et offert un spectacle bien apprécié du public sénégalais comme malien. La voix de la kora s’est donc illustrée en compagnie de celle d’Abiba, Wally Seck, Mbaye Dièye Faye et d’autres artistes sénégalais.

«Sidiki Diabaté sort, sort, sort», scandait le public du Grand théâtre, impatient de voir le chanteur malien. A minuit passé de 25 minutes, Sidiki Diabaté n’avait toujours pas pointé le bout du nez, les fans désespéraient de voir le jeune prodige de la kora sur scène. Encore quelques minutes d’attente, Sidiki Diabaté sortait comme par enchantement de l’un des coins de la salle. Il entonnait d’une voix résonnante sa chanson culte : «Joyeux anniversaire». L’hystérie se propageant dans la salle, les spectateurs laissaient leurs sièges vides pour tourner, se déhancher et chantonner… Le petit prince de la kora était bien là et avait réussi, en une fraction de seconde, à faire oublier son grand retard. Entraînant dans sa folie la salle entière, qui ne se lassait pas d’admirer le chanteur avec son grand basin blanc. «Ay waay maala beug Sidiki, boodoone politique yow laay wooteel» (Ndrl : je t’aime tellement Sidiki que si tu faisais de la politique, je voterais pour toi)», criait une jeune nymphe visiblement séduite par le fils de Toumani Diabaté ou par ses talents.
La Malienne Mariama Traorè avait ôté, elle, ses talons et s’apprêtait déjà à danser. Parmi ses fans, Sidiki Diabaté pouvait aussi compter cette Sénégalaise qui ne comprenait un traitre mot de ce qu’il disait, et qui pourtant répétait à tue-tête les paroles de ses chansons. Lorsqu’on lui demandait : «Peux-tu traduire ce qu’il a dit ?» «Non, je ne parle pas bambara, je suis sénégalaise», rétorquait-elle tout en continuant à danser.

Au creuset du moderne et du traditionnel
Lors de son spectacle, le chanteur malien a revisité avec son orchestre et les batteurs du «Sing-sing rythmes» son répertoire musical. La plupart de ses chansons, tirées  de son dernier album Diabaté ba music et bien d’autres qui l’ont propulsé au devant de la scène internationale ont bien fait danser son public, aussi bien malien, fortement représenté à cette soirée, que sénégalais. Alliant chansons modernes et traditionnelles, le jeune Sidiki convoyait son public d’une époque à une autre. Parfois c’était bien animé et les gens dansaient à fond. D’autres fois, c’était le silence total, côté public. L’on préférait regarder le petit génie manœuvrer sa kora, emportant le public dans ses airs et dans les profondeurs du Mali. Le «Djéli» maniait avec délicatesse sa kora qui, à présent, supplée sa voix. Dans cette fièvre de notes de kora, le public répondait par une floraison de billets de banque : Euros, Cfa ou Dollars, on ne faisait même plus le distinguo, tellement ceux-ci étaient nombreux. Sidiki Diabaté réussissait ainsi son pari en opérant une belle symbiose entre modernité et tradition. Cela se voyait même de par son accoutrement : mi-tradi, mi-moderne. Vêtu d’un grand boubou blanc doublé d’une demi-saison au-dessus, le jeune Sidiki avait en-dessous un jean déchiré et aux pieds des baskets. Sa chaîne pendant au cou lui donnait l’allure d’un rappeur américain. Toujours est-il que le jeune griot reste le petit prince de la kora. Comme il se plait à le rappeler lui-même : «Je suis issu d’une famille de griots, de père en fils depuis 72 générations».

Un grand orchestre pour voyager au cœur de l’Afrique
Pour assouvir les caprices de son public, Sidiki Diabaté, n’a pas lésiné sur les moyens. Ils étaient environ une vingtaine d’artistes et musiciens sur scène : répartis entre batteurs de Mbaye Dièye Faye, guitaristes, pianistes, bassistes, choristes, danseurs… Avec Sidiki Diabaté, ils ont fait voyager le public non seulement au cœur du Mali, mais aussi à travers toute l’Afrique. Du faroté ivoirien, en passant par Sa yata yeto du Guinéen Sékouba Fatako, l’ambiance était bien au rendez-vous. Le chanteur s’est dit fier de représenter toute les nationalités. «Je suis fier d’être Sénégalais, je suis fier d’être Ivoirien, je suis fier d’être Guinéen, je suis Africain», a-t-il résumé, accueillant Wally Seck sur scène.

Destin commun avec Wally Seck ?
L’autre moment fort de la soirée de Sidiki Diabaté au Grand théâtre reste sans doute l’entrée de Wally Seck sur scène. Reprenant son récent duo avec le koriste malien, «Alhamdou lillah», le fils de Thione Seck a rendu grâce à Dieu. Ce morceau, marquant, au-delà d’une amitié entre deux artistes, l’amitié entre deux Peuples, a aussi été l’occasion pour les artistes de s’adresser directement aux «jaloux». «On va les laisser parler», avait lancé en premier Wally Seck, et son «jeune frère» Sidiki lançait en retour : «Chacun a sa vie. Tu as ta vie, j’ai ma vie, pourquoi se mêler de la vie des autres ? On va dire aux jaloux de quitter…». Comme un refrain, la salle, suivait les deux jeunes artistes dans leurs délires.
Ces mots sonnaient comme une réponse que les deux artistes adressaient à leurs promoteurs respectifs. Sidiki Diabaté pour la plainte qu’il a reçue récemment, des suites d’un spectacle qu’il devait, dit-on, tenir le 17 décembre dernier à Montréal et qui, finalement, a avorté. Et Wally Seck qui, se rappelle-t-on, avait aussi reçu une plainte après son spectacle à Bercy. Destins communs ou chemins croisés ? Le spectacle a été, en tout cas, clos en beauté, avec comme dernier titre : «C’est bon». Sidiki repartait ainsi à bord de sa voiture blanche après avoir assuré environ deux heures de spectacle. Laissant un public conquis certes mais lassé d’une attente trop longue. «J’adore Sidiki, mais je suis un peu fatigué ; demain c’est l’école», «Il a mis le feu sur la scène, on a beaucoup aimé, mais l’attente était trop longue. L’organisation n’était pas au top, je suis fatiguée, je préfère rentrer», nous disent Adja Mbaye et Beverly qui se sont esquivées peu de minutes avant la fin du spectacle.
 aly@lequotidien.sn

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