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Sa voix grave et intrigante a résonné sur scène jeudi soir à Saint-Louis. Wasis Diop était très attendu. Le public stoïquement assis ou debout, selon les convenances, savoure le plaisir de cette belle rencontre musicale avec l’artiste qui vient de porter en terre son autre «grand frère» : Joe Ouakam. Ce compagnon de Djibril Diop Mambéty devenu l’ami intime de l’auteur du tube Ramatu. Tout Saint-Louis s’impatientait de partager ce moment de deuil avec lui. Puis, Wasis Diop, grand et majestueux sur scène, lève sa voix vers le fleuve et chante avec douceur et un calme paisible. La mort dans l’âme, il réussit tout de même à donner de la joie à ses fans qui ont fait le déplacement, malgré l’heure tardive de son concert (Ndlr, après minuit). Puis soudain, l’artiste entre deux mélodies, se lève, marche le long du podium, comme bouleversé par on ne sait quoi. Des va-et-vient qui rappellent bien ceux de Joe Ouakam sur la rue Jules Ferry.
Alors, comme pour inviter à la communion avec l’âme de son bien-aimé grand frère disparu, à quelques heures seulement de son concert, l’auteur de No sant, (sorti en 1995) et Toxu, (sorti en 1998) crie : «Alors, beaucoup d’amour pour Joe Ouakam.» Le public, qui sûrement attendait le moment où ce nom va sortir de sa bouche, applaudit à tout rompre. Saint-Louis jazz obtient son exceptionnel hommage à Joe Ouakam. L’instant fut court, mais magique. Puis, Wasis Diop, dans un émouvant témoignage, lance encore : «Pas de larmes, mais des sourires !» La messe est dite. Il reprend comme une litanie sa chansonnette agrémentée par le violon, l’accordéon et la guitare savamment maniés par son orchestre. La soirée s’enchaîne et Wasis, imperturbable, arrose encore et encore les férus du jazz de ses «rythmes sensuels, ses harmonies magnifiques et ses mélodies mystiques».
Finalement, en écoutant cet auteur de musique de film et en pénétrant profondément dans son univers, on se rend bien à l’évidence que ce qui fait l’harmonie entre lui et le défunt, c’est ce côté mystique, car en réalité, la musique de Wasis Diop est tout aussi mystique que l’art et la philosophie de Joe Ouakam. Il fait musicalement voyager dans plusieurs langues : wolof, français, anglais, espagnol… Et pour ce passage en off du Saint-Louis jazz, le très sage Wasis, grand artiste, grand homme au propre comme au figuré, a encore laissé des empreintes, proposant ses chansons comme un scénario de la vie, avec des mélodies joyeuses comme tristes. A chacun de prendre sa part et de faire son chemin !
arsene@lequotidien.sn

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