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Certaines familles sont au Sénégal depuis un siècle environ, mais peu de membres de la communauté libano-syrienne se sentent des Sénégalais à part entière. Le président de la République les a reçus pour les assurer de son soutien. Ce fut aussi l’occasion pour les nombreux chefs d’entreprises de cette communauté, d’étaler les blocages qui gênent leur contribution au Plan Sénégal émergent.

Un pays comme le Sénégal, dont le sel est quasiment l’une des plus fortes productions,  se met en situation d’importer du sel jusqu’en Argentine, sous le prétexte que ses industriels ne peuvent en trouver suffisamment sur place ! Chercher l’erreur. Au moment où les pouvoirs publics cherchent le moyen d’inciter le secteur privé national à prendre sa part de la croissance en hausse, le Président Macky Sall a eu l’idée d’inviter à échanger au cours d’un dîner, une part représentative de la communauté sénégalaise d’origine libano-syrienne.
La salle des fêtes du palais de la République a pu à peine contenir tout ce beau monde, tellement presque tous les invités ont répondu à l’appel. Et cela a été l’occasion de se rendre compte que, malgré les a priori de certains, les «Naar sénégalais», comme ils se définissent eux-mêmes, ne sont pas confinés que dans le monde des affaires. Autour du Président Macky Sall, il y avait des autorités religieuses de toutes obédiences (sunnites, shiites et chrétiens maronites), ainsi que des représentants des secteurs libéraux, avocats, experts-comptables, artistes, comme des hommes politiques à l’image de l’ancien ministre Haïdar El Aly, des commerçants et des businessmen.
Par son invitation, Macky Sall a voulu montrer à ces membres de la communauté nationale qu’ils sont partie intégrante du pays, et que son devoir de chef de l’Etat est d’écouter leurs préoccupations, et de les faire se sentir totalement intégrés. Ce message a été bien entendu et particulièrement bien apprécié. Certains invités ont tenu à rappeler qu’ils ne se sentaient pas comme des Libanais au Sénégal, mais étaient des «Sénégalais d’éthnie naar». Et que depuis que le Sénégal est indépendant, c’était la première fois qu’un président de la République décidait de réunir au palais de la République, tout un lot représentatif de cette frange de la communauté nationale, et cela les rendait fiers et les touchait particulièrement. Pour une fois, ils sentaient qu’on les associait un peu à la marche du pays. Cet acte de Macky Sall était d’autant plus touchant qu’il a été le premier dirigeant à nommer ministre, un membre issu de cette communauté. Beaucoup de Libano-Sénégalais ont souhaité que l’expérience ne s’arrêtât pas qu’à cette première.
Beaucoup de membres de cette communauté étant des grands investisseurs, Macky Sall se faisait un devoir, au cours de cette rencontre, de prendre leur avis, notamment en ce qui concerne le Plan Sénégal émergent. Cela lui a donné l’occasion d’écouter un bon chapelet de doléances. L’environnement des affaires a été fustigé, surtout en ce que certaines dispositions du Code des investissements donnaient le sentiment que les investisseurs nationaux étaient désavantagés par rapport à des concurrents extérieurs. Beaucoup de points ont été cités pour illustrer certaines aberrations. L’un des cas le plus emblématiques est celui cité à l’entame de ce papier. Une entreprise comme Patisen déclare devoir importer 60 mille tonnes de sel par an. Cela, alors que le Sénégal est l’un des plus grands producteurs de sel au monde, et que la qualité de son sel est reconnu de tous. Malheureusement, la société susceptible de fournir cette quantité de sel à la société alimentaire, est située dans la Zone franche industrielle. «Et le Code des investissements l’oblige à importer 80% de sa production», soulignera le patron de Patisen. D’où la situation kafkaïenne du pays en la matière.
D’autres points ont été également relevés, et Macky Sall a senti le besoin de maintenir un lien encore plus fort avec plusieurs membres de cette communauté, aussi bien les chefs d’entreprises que les dignitaires de tous ordres. Cela, afin de pouvoir remettre le plus rapidement de l’ordre là où les choses nécessiteraient une intervention au plus haut niveau.
mgueye@lequotidien.sn 

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