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Le Collectif citoyen des usagers de l’autoroute à péage (Ccuap) avait écrit à la Banque mondiale et à diverses institutions pour obtenir des éclaircissements sur le contrat de concession de l’ouvrage géré par la société Eiffage. La réponse conjointe de Louise Cord et de la Sfi ne semble pas avoir emporté leur agrément. Mais les membres du collectif disent attendre des réponses de la part du siège de la Banque mondiale à Washington, dont ils pensent qu’elles seront déterminantes.

Le combat pour la transparence dans la concession de l’autoroute à péage ne connaît pas de répit, en dépit de l’actualité bien fournie. Y aurait-il dans le contrat de concession de l’autoroute à péage des clauses secrètes qui gêneraient sa publication ? L’Administration de l’Etat ainsi que le concessionnaire affirment tous les jours qu’il n’en est pas question, et estiment que ceux qui posent la question de cette manière ne chercheraient qu’à entretenir sciemment la confusion. De leur côté, les membres du Collectif citoyen des usagers de l’autoroute à péage, qui estiment que la société Eiffage a usé de manœuvres non transparentes pour obtenir la concession, estiment qu’une forte nébuleuse entoure ce dossier. Et forts de leur conviction, les différentes réponses reçues des autorités à ce jour ne sont pas parvenues à les ébranler. C’est le cas de la lettre qui leur a été envoyée le 15 juin dernier par les représentants au Sénégal du Groupe de la Banque mondiale.
Comportant les signatures de la directrice des Opérations de la Banque pour le Sénégal, le Cap-Vert, la Gambie, la Guinée Bissau et la Mauritanie, ainsi que celle du représentant du directeur régional Afrique sub Saharienne de la Société financière internationale (Sfi), la missive déclare notamment, «en ce qui concerne le projet d’autoroute à péage entre Dakar et Diamniadio, nous tenons à préciser que le Groupe de la Banque mondiale est intervenu à deux niveaux (i) un crédit de l’Agence internationale de développement d’un montant de 105 millions de dollars américains pour l’aménagement urbain et la compensation des personnes déplacées, et (ii) un financement de la Société financière internationale d’un montant de 24 millions d’euros pour le financement de l’autoroute».
Assurant prendre note des chiffres avancés par le Collectif, même si elle ne les endosse pas parce que ne sachant d’où ils proviennent, la note fait remarquer néanmoins que «le coût global d’un tel projet va bien au-delà de la seule infrastructure. Ainsi, une part substantielle du montant total de l’opération a servi au financement de mesures mises en place pour indemniser les trente mille personnes qui ont dû être déplacées et pour restructurer le tissu urbain adjacent à l’autoroute».
S’agissant de la question de la fixation des tarifs sur l’autoroute à péage, Mme Louise Cord et son collègue de la Sfi soulignent «qu’ils ont été déterminés dans le cadre de l’appel d’offres international concurrentiel organisé par l’Etat du Sénégal. En conformité avec les provisions du droit sénégalais, le contrat de concession est un document public qui avait fait l’objet d’une publication au Journal Officiel en septembre 2009».
Comme dit plus haut, cette lettre des représentants de la Banque n’a pas eu l’heur de satisfaire les représentants du Collectif. Celui avec lequel Le Quotidien a échangé a d’abord indiqué que cette lettre de la représentation sénégalaise était pour ces fonctionnaires internationaux une manière de «se défausser sur l’Etat» de toutes les responsabilités de l’institution dans ce dossier. Mais, a fait remarquer la même personne, «le siège de Washington, auquel nous avons écrit en même temps qu’à la représentation sénégalaise, nous a bien pris au sérieux. Ils nous ont fait savoir que notre plainte a été confiée au service de la Banque mondiale, chargée de traiter des questions de transparence et d’intégrité, qui est en train d’étudier s’il y a des risques de corruption dans ce dossier, et qu’ils nous répondront à l’issue de leur enquête».
De même, l’Ofnac que le Collectif avait également saisi en son temps leur aurait répondu qu’il avait ouvert une enquête sur la base de leurs dénonciations. Par conséquent, ils attendent avec sérénité.
Toutefois, M. Bachir Fofana, l’un des membres dudit Collectif, interpellé sur la publication du contrat de concession dans le JO, dira avec force : «Nous sommes allés jusqu’à vérifier à l’imprimerie nationale. Ce numéro du JO n’a jamais été publié. Les références existent, mais le journal lui-même n’a jamais connu de tirage et est donc introuvable.» Comment explique-t-il cela ? M. Fofana donne sa langue au chat, tout en faisant remarquer que même sur le site web, nulle trace du document en question n’a été notée.
Par ailleurs, Bachir Fofana s’est étonné du silence assourdissant qui entoure le parjure présidentiel concernant la réduction des tarifs du péage : «Macky Sall s’était engagé solennellement à faire en sorte qu’à la fin du mois de juin, les nouveau tarifs réduits du péage soient connus. La date est passée et rien n’est arrivé. Et on entend nulle part les gens s’en offusquer, ou ne serait-ce que relever la question. Et on a eu droit à une sortie de Abdoulaye Daouda Diallo, le ministre des Infrastructures, qui nous a promis des nouveaux tarifs pour bientôt, sans rien de plus.»
Il faut rappeler que ce Collectif, mis en place à la suite du décès par accident d’un artiste sur l’autoroute à péage, est né pour obtenir la réduction du tarif du péage qui, dans l’esprit de ces contestataires, serait «l’un des plus chers au monde», l’éclairage ainsi que la clôture de tout le tronçon du parcours. Sans le dire ouvertement, certains membres cachent difficilement leur intention de pousser l’Etat à revoir le contrat et, dans la foulée, changer de concessionnaire sous prétexte qu’Eiffage Sénégal, vue comme une entreprise française, bien qu’elle soit de droit sénégalais et remplie de personnel sénégalais, aurait obtenu ce contrat de manière non transparente.
mgueye@lequotidien.sn

1 COMMENTAIRE

  1. M. Fofana

    Vous méritez des féliciatations pour votre détermination. Hélas, l’affaire se passe entre deux parties. Une société bien déterminée à engranger des profits en réduisant au minimum ses coûts. Attitude, on ne peut plus business. Les morts, c’est du collétéral. L’autre partie, vous et le collectif, qui refusez d’aller au bout de votre logique. Vous faîtes souvent référence à l’Europe pour dire qu’Eiffage n’oserait pas y appliquer les pratiques qu’elle entretient au Sénégal. Voyez vous, en Europe ou au Canada, les usagers auraient boycotté l’autoroute. Point barre. Ça s’appelle du ‘Fayda’ et souvent c’est très efficace. Dans une récente émission, un des membres de votre collectif, M. Yérim Seck était interpellé par l’animatrice sur la question de savoir pourquoi lui, personnellement, ne boycottait l’autoroute. Sa réponse a été on ne peut plus sénégalaise: ‘pourquoi, je le ferais, pourquoi vous, vous ne le faîtes pas’ . Il faut arrêter de vouloir avoir le beurre et l’argent du beurre. L’avenir nous le dira mais vous êtes partis, selon toute vraisemblance, pour avoir une baisse insignifiante du tarif et aucun changement au niveau sécurité. Et ça, c’est dans le cas ou l’Etat ne vous ignore tout simplement pas…jusqu’au prochain accident. Hélas, la mémoire oublie. On peut vous arrêter pour tentative de manifester sur l’autoroute, mais personne ne peut vous emprisonner pour être resté chez vous dans le cadre d’un boycott ou d’avoir pris la N2. Voilà. Le reste n’est qu’illusions.

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