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Le port du futur, censé désengorger le Pad et donner au Sénégal un gros avantage dans la desserte des villes du Mali, continue de prendre du retard malgré les injonctions du chef de l’Etat à son gouvernement. Au moment où les autorités sénégalaises rallongent les négociations avec Dp world, les ports de Lomé et de Tema se mettent à niveau pour leur arracher des parts du marché des marchandises maliennes.

Le mercredi 12 août dernier, le chef de l’Etat Macky Sall a demandé, selon les termes du communiqué du Conseil des ministres de ce jour-là, «au gouvernement de finaliser les négociations relatives à la réalisation du nouveau port en eaux profondes de Ndayane». Ce port qui, à l’époque où sa réalisation avait été négociée avec Dubaï port world (Dp world), qui venait de décrocher la concession du terminal à containers du Port autonome de Dakar (Pad), était surnommé «Port du futur», devait coûter l’équivalent de 25 milliards de francs Cfa, et voir le jour trois ans plus tard. A ce jour, le premier coup de pioche n’a pas encore été donné et les choses en sont encore au niveau des négociations.
Ces dernières en sont déjà à leur cinquième round, sans que les positions ne s’accordent, entre les parties sénégalaise et émiratie. On sait déjà que d’avenant à avenant, le montant initial de 25 milliards a été depuis longtemps dépassé, et que l’on parle maintenant d’un coût de 1 000 milliards de francs Cfa. Et l’on n’a pas encore fini de négocier… Il n’est pas vraiment besoin ici de chercher à comprendre pourquoi les choses traînent ainsi et qui est réellement responsable de cette situation. Les enjeux sont bien plus importants que cela. Surtout en ce moment où l’actualité dans la sous-région est captée par la situation au Mali. Or ce port a pour destination première de desservir le Mali dont il devrait être le premier et le plus important débouché maritime.
Le gouvernement du Sénégal n’a pas voulu suivre les dirigeants de Côte d’Ivoire et de Guinée dans leurs positions jusqu’au-boutistes contre le coup d’Etat au Mali, parce qu’il entend également préserver ses intérêts. En cas d’embargo total sur le Mali, le Sénégal souffrirait tout autant que les populations de ce pays frère, car une très grande partie des marchandises qui débarquent au Pad sont redirigées vers Bamako par le train, mais plus essentiellement par la route.
Dp world Sénégal, par exemple, gère 63% des marchandises destinées au Mali. Cela est très important, mais il faut savoir qu’au moment où cette compagnie obtenait la concession du terminal à containers, la part de marché de Dakar sur le Mali était de plus de 80%.
Si le Sénégal a vu sa part baisser, c’est justement parce que le pays ne parvient toujours pas à se mettre à niveau. Il y a deux ans, en prenant fonction à la tête du Pad, Boubacar Sadikh Bèye a fait une sortie pour plaider la réhabilitation et la mise en œuvre rapide du chemin de fer Dakar-Bamako qui devait justement, dans son entendement, venir en complément du port de Ndayane, pour desservir le Mali voisin, et surtout soulager fortement les routes sénégalaises, dont beaucoup supportent difficilement la charge des camions de marchandises maliens. Au cours de sa sortie face à des journalistes, M. Bèye prévoyait également que le chantier de Ndayane devait être terminé 3 ans après. Cet élan d’optimisme a eu du mal à se concrétiser sur le terrain.
Or au moment où on ergote à Dakar, les ports de Lomé au Togo, de Tema au Ghana, et même de San Pedro en Côte d’Ivoire se mettent à niveau pour prendre leur part du trafic destiné au Mali. Le port de Lomé, en particulier, a subi des aménagements pour accueillir des porte-containers de 16 mille Evp. Mais Ndayane est prévu pour accueillir des porte-containers beaucoup plus grands, jusqu’à 20 mille Evp, les plus gros du monde à l’heure actuelle. A une période où les pays ainsi que les armateurs cherchent à réduire au possible les charges liées au transport, en embarquant le plus de marchandises possibles, cette capacité serait un gros avantage… si elle était déjà mise en œuvre, ou même si on pouvait l’envisager pour une période donnée. Mais aujourd’hui, le port de Ndayane, malgré tout le bruit qui se fait autour, commence à ressembler à une Arlésienne. Ainsi d’ailleurs que le chemin de fer cher à M. Bèye. Et les navires destinés au Mali continueront, à ce rythme, de prendre de plus en plus la direction des ports concurrents de Dakar. Et à la fin, malgré ses jolis ports, c’est le Sénégal qui risquera d’être asphyxié.

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