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Le philosophe et critique d’art, Babacar Mbaye Diop, a animé hier à la Galerie nationale d’art une conférence sur la place de l’art africain contemporain dans le marché international. Pour lui, il n’existe pas de marché d’art en Afrique. Et pour mieux se positionner sur le marché international, il demande aux artistes de s’adapter.

Existe-t-il réellement un marché d’art sur le continent africain ? Pour Dr Babacar Mbaye Diop, il est clair que non. «Il est prématuré de parler de marché de l’art contemporain africain à l’intérieur du continent africain, je dis bien à l’intérieur du continent.» L’Afrique n’a pas encore «réuni toutes les conditions» pour aspirer à un marché réel de l’art. «Il faut d’abord un régime juridique, des tendances, de l’expertise de ses acteurs, la valorisation des œuvres d’art» explique-t-il. Autrement dit, ces œuvres d’art doivent être le fruit du travail d’un artiste, elles doivent être signées par leur auteur, être découvertes par un commissaire ou un collectionneur connu sur le marché. Elles doivent surtout être originales, c’est-à-dire le moins reproductibles possible, certifiées et authentiques. Le marché de l’art requiert ainsi des acteurs, c’est-à-dire des collectionneurs (qui achètent), des galeristes (qui vendent) et des occasions pour vendre, comme des foires, biennales, salons d’art, maisons de vente… bref une kyrielle d’exigences auxquelles les marchés africains ne répondent pas encore.
Si ces marchés existent vraiment en Afrique, M. Diop les qualifie de «timides», comparés à ceux internationaux où l’art africain se vend de plus en plus. «Le marché de l’art africain existe bel et bien à l’extérieur du continent. Nos artistes sont pratiquement sur toutes les plateformes de l’art, dans les galeries du monde entier. Et depuis 2010, beaucoup de maisons organisent des ventes aux enchères pour l’art africain contemporain», précise-t-il encore. L’art africain s’est donc exporté sur les marchés internationaux pour être mieux vendu. Mais au sein de ces marchés internationaux figurent d’importants clivages que le philosophe de l’art a relevés dans son exposé hier à la Galerie nationale.

Classement des artistes peintres sénégalais sur le marché de l’art
Dans le rapport du marchand d’art Jean Philippe Aka de 2014 sur le marché de l’art africain contemporain, le classement des 100 artistes africains les plus cotés place les pays anglophones dans le «top ten». Le seul artiste francophone, Chéri Samba, qui figurait dans ce lot, était classé 10e. Sur les 100 noms, M. Diop note une nette domination de l’Afrique du Sud (40%) et du Nigeria (12%). Il conclut à ce propos qu’il y a plus d’artistes anglophones que francophones sur le marché international de l’art africain et que les artistes anglophones bougent beaucoup plus et s’imprègnent bien mieux de ce qui se fait comme art dans le monde. «Ils savent ce qui marche, ce qui se vend dans le marché de l’art et s’y adaptent, contrairement à nos artistes francophones qui sont encore restés dans le local.» Dans ce classement de Jean Philippe Aka de 2014, Babacar Mbaye Diop déplore par ailleurs la modicité du nombre et le rang qu’occupent les artistes sénégalais.
«Dans un pays francophone comme le Sénégal, un pays pourtant très connu dans le milieu de l’art contemporain, seuls 3 artistes figurent dans ce rapport : Ousmane Sow (36e) Soly Cissé (51e) et Seyni Camara (77e).» Pour remédier à ce classement, le conférencier invite les artistes sénégalais et au-delà francophones à voyager et à échanger avec les autres du monde entier. «Il y a un problème. Si nos artistes veulent vendre à l’étranger, s’ils veulent être dans les galeries du monde, les maisons de vente, il faut qu’ils sachent ce qui se vend à l’international, qu’ils s’adaptent. Il ne faut pas qu’ils restent dans le local, il faut qu’ils s’ouvrent à l’international, à Londres, New York, Dubaï, Hong Kong, les villes les plus importantes dans le marché de l’art africain contemporain», dit-il, tout en préconisant à ces artistes de ne pas tomber dans le piège d’une création africaine, entièrement tournée vers l’international.

aly@lequotidien.sn

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