PARTAGER

L’appel de la ministre du Commerce et des Pme demandant aux Sénégalais de ne pas paniquer devant cette pandémie, qui gagne de jour en jour du terrain au Sénégal, n’a pas trouvé écho favorable à Thiès. Pour preuve, les populations de la Cité du Rail ont inondé hier, les marchés et autres grandes surfaces pour se ravitailler en denrées alimentaires au moment où le pays enregistre son 36e cas de Covid-19 dont deux guéris. «La panique s’est déjà installée. Et comme nous sommes pris au dépourvu, on essaye d’anticiper», explique Mme Sall Anta Ndiaye, trouvée au marché central. A la question de savoir ce qu’elle pense de l’invite de la ministre d’éviter certains comportements qui pourraient conduire à des situations de spéculation, Me Sall assène : «Dites à la ministre qu’il vaut mieux prévenir que guérir.» «La couverture du marché, selon l’autorité, c’est juste deux à trois mois. Elle et les autres ministres du pays sont couverts, pas comme nous les badolas. Les autorités ne savent ce que le Sénégalais lambda est en train de vivre. Est-ce qu’elles se soucient de ceux-là qui en temps normal n’ont rien à manger ?», s’interroge-t-elle. Avant de poursuivre pour marteler : «Si on les écoute on va regretter de n’avoir pas pris à temps nos dispositions. Moi je les ai prises et je demande à tous les Sénégalais d’en faire autant.»
A Thiès, les populations disent avoir «peur» car, selon elles, «le pays semble ne pas disposer d’un système de santé performant aussi bien au niveau hospitalier que dans les districts et postes de santé pour prendre en charge la maladie». Pour preuve, c’est comme des petits pains que les produits antiseptiques ont été écoulés. Des produits devenus introuvables au niveau des rayons des grandes surfaces et des pharmacies.
Quid des pâtes alimentaires ? Adama Ndiaye, rencontrée au marché central qui reste le point de mire d’un nombre impressionnant de responsables de famille qui ne ferment plus l’œil, n’en croit pas ses yeux. «Je n’arrive pas à trouver de pâtes alimentaires.» Anxieuse, angoissée, elle dit «ne pas disposer malheureusement d’argent pour se procurer de produits alimentaires à garder», confie-t-elle avant de s’éloigner à la recherche, presque incertaine, du nécessaire qu’il faut à la progéniture pour le repas de midi et celui du soir. Face à des vendeurs qui semblent avoir une pierre à la place du cœur, Ndèye Khady Dioum, en compagnie de sa fille Soda Diop, reste sidérée par la cherté des prix proposés sur le marché thiessois. Comme elles, nombre d’acheteurs, complètement dans l’affolement dû à la psychose née de l’apparition du Covid-19 au Sénégal, ne tiennent plus sur les pieds, tournant en rond toute la journée durant, à travers les rues, au niveau des marchés, et n’arrêtent pas de fulminer. Trouvé dans le grand magasin d’Auchan à Thiès, Ousseynou Sène râle au rayon où sont exposés les sacs de riz. «C’est vide», gémit son épouse, Aminata Sylla, «Décidément la panique secoue terriblement l’opinion», lâche-t-elle. Au niveau des marchés Moussanté, Grand-Thiès, Sam, le constat reste unanime : «Les Thiessois, plus ou moins nantis, sont en train de s’approvisionner en vivres, notamment en mil, riz, sucre, miel, arachides moulues, légumes en confiture, poissons fumés, etc. parce qu’ils pensent que le Sénégal va vers le confinement comme dans les autres pays européens où la maladie déborde.» Et c’est ici, l’occasion, pour cette mère de famille au quartier Hersent d’interpeller «les pouvoirs publics sur la maîtrise nécessaire du marché sénégalais». Ce d’autant que «le contexte actuel s’avère difficile pour l’écrasante majorité des chefs de famille dans la ville de Thiès». Aussi et de constater «que dans la ville de Thiès, avec la crise, même si ce n’est pas le Covid-19, beaucoup de familles ne mangent pas à leur faim». Pour dire que bon nombre de familles pourront «souffrir pendant cette période». Conviction que partage d’ailleurs Oustaz Lamine Sow, un maître d’école coranique au quartier Diamaguène pour qui, «la situation est d’autant plus affligeante qu’en réalité on peut constater que dans les quartiers populaires en particulier, le Thiessois vit la misère au quotidien». Déso­rientés, les pères de famille, croisés devant la mairie de la ville de Thiès, se trouvent, eux, complètement «au bord du gouffre», ne sachant plus où donner de la tête pour profiter du marché avant leur fermeture pour endiguer la propagation de la pandémie.
nfniang@lequotidien.sn

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here