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Tué le 2 octobre dernier, le journaliste Jamal Khashoggi est un boulet que l’Arabie Saoudite risque de traîner pour quelque temps. Surtout sur le plan diplomatique.

Un meurtre d’un journaliste, un tollé mondial, c’est tout un royaume qui vacille. Critique de Riyad, Jamal Khashoggi assassiné dans le consulat de l’Arabie Saoudite à Istanbul le 2 octobre dernier a provoqué une onde de choc mondiale. Sur le plan diplomatique, le royaume saoudien a perdu du terrain et particulièrement son prince héritier Moha­med Ben Salmane, accusé d’être le commanditaire du meurtre du correspondant du Washington Post, car après avoir nié catégoriquement que le journaliste fut tué dans leur ambassade, les autorités saoudiennes ont fini par faire leur mea culpa.
Allié historique de l’Arabie Saoudite, les Etats-Unis, à travers leur Président Donald Trump, exigent la lumière. La Chancelière allemande, Angela Merkel, suspend les ventes d’armes de l’Allemagne vers l’Arabie Saoudite. La France prononce une interdiction d’entrée sur son territoire à l’encontre des 18 ressortissants saoudiens soupçonnés d’avoir pris part à l’assassinat du journaliste dissident. De son côté, Donald Trump, au nom des intérêts économiques et stratégiques entre les deux pays, hésite. Mais en fin novembre, le Sénat américain, à l’unanimité, décide de sanctionner l’Arabie Saoudite en proposant de couper l’aide militaire américaine à l’Arabie dans la guerre au Yémen. Justement, l’affaire Khashoggi pourrait avoir des implications dans cette guerre entre le régime yéménite et les rebelles houthis qui contrôlent la capitale.
En portant un coup très dur à la crédibilité de l’Arabie Saoudite sur la scène internationale, l’affaire Khashoggi a percuté de plein fouet les ambitions diplomatiques du royaume et notamment son objectif principal, l’endiguement de l’influence iranienne au Moyen-Orient. A court terme, toute l’énergie de l’Arabie Saoudite va être investie dans la réparation des dégâts. Or­chestrée par Mohamed Ben Salmane, la guerre au Yémen s’enlise. Sa décision de prendre la tête d’un embargo contre le Qatar, qu’il accuse de promotion du terrorisme, a plongé le Golfe dans une crise diplomatique. De son côté, la Turquie qui a livré les détails de l’assassinat en a profité pour se repositionner dans le jeu diplomatique mondial après une image écornée par le coup d’Etat manqué du 15 juillet 2016.
Dans ces tensions diplomatiques entre l’Occident et l’Arabie Saoudite, l’Iran et la Russie sont en embuscade. Devant le triumvirat Arabie Saoudite-Israël-Etats Unis, Vladimir Poutine ne serait pas contre une alliance avec l’Arabie Saoudite, comme en témoigne sa chaleureuse poignée de main avec Mohamed Ben Salmane lors du dernier sommet du G20 le 30 novembre dernier en Argentine. Jamal Khashoggi est mort, mais les conséquences pour l’Arabie Saoudite sont loin d’être finies.
bgdiop@lequotidien.sn

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