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Mansour Faye, ministre de l’Hydraulique et de l’assainissement.

Dans les régions de Diourbel et Louga, l’eau potable est une denrée rare. Ici, on essaie de creuser le bon filon pour avoir un liquide précieux et propre à la consommation. Par exemple, le Code de l’eau doit être revu et corrigé pour qu’il soit en conformité avec ce qui se passe actuellement au Sénégal en matière de développement durable. Au Baol et au Ndiambour, l’Etude d’élaboration des plans de gestion des sous-unités de gestion et de planification de la Somone et du Car-Car a permis de revisiter de fond en comble le secteur de l’eau et l’importance des plans de gestion et de planification de la Vallée du Car-Car. C’est un début de solutions pour reverdir ces zones asséchées par des décennies de sécheresse.

forage
«Le Code de l’eau date de 1981. Les textes qui l’accompagnent ont été pris en 1998. De 1981 à nos jours, il y a eu beaucoup de changements. Il faut une mise à jour du code et sa vulgarisation parce que les populations, pour une autorisation de construire un forage ou un puits, ne savent pas à qui s’adresser. Diourbel dispose de beaucoup d’eau, mais elle est saumâtre. Est-ce qu’elle peut espérer avoir de l’eau douce de qualité par un transfert avec cette vallée ?» Ces propos de Mamadou Ciss, chef de la Subdivision régionale de l’hydraulique de Diourbel, tenus lors de l’atelier de lancement du Plan de gestion de la sous-unité de gestion et de planification de la vallée du Car-Car, montrent l’urgence de retoucher le Code de l’eau, vieux de 36 ans, pour l’arrimer aux nouveaux standards. Ce sous-secteur de l’hydraulique constitue un élément stratégique du développement économique et social du Sénégal. Il assure d’une part une base productive au secteur primaire, et d’autre part influe sur la situation sanitaire des populations à travers leur alimentation en eau potable. La région de Diourbel appartient au bassin sédimentaire du secondaire et du tertiaire. Elle ne dispose pas de cours d’eau pérennes, mais possède néanmoins des vallées mortes (Vallées du Sine et du Car-Car). Son potentiel hydraulique est constitué uniquement des eaux souterraines qui demeurent la seule source d’approvisionnement en eau des populations et du cheptel. La qualité de son eau va du médiocre au mauvais avec une teneur en sel dépassant 1,5g/l (norme Oms) et plus de 1mg/l pour le fluor. La région dispose de vallées (Sine et Car-Car), mais également des eaux de surface qui sont constituées de mares temporaires alimentées par les eaux de pluies.
Le déficit pluviométrique et la sécheresse ont fini de les assécher. Les ressources en eau exploitées à Diourbel sont très minéralisées et renferment du fluor à des taux dépassant les normes de l’Organisation mondiale de la santé (Oms). Cette vallée du Car-Car disposera de son Plan de gestion des ressources en eau. C’est ce qui ressort de l’atelier d’information et de sensibilisation des acteurs sur le processus d’élaboration des Plans de gestion des ressources en eau (Pgre) du Car-Car et de Somone. Ce plan va intégrer le Pagire (Plan d’action et de gestion intégrée des ressources en eau qui a été validé en 2007 et est en cours de mise en œuvre).

Vallée du Car-Car : Une vallée méconnue
fleuve-6050721-9027128La Vallée morte du Car-Car englobe les régions de Diourbel, Louga et Thiès. Ces régions appartiennent à l’unité de gestion et de planification n°2. Elle traverse 30 communes dans la région de Diourbel et 22 dans celle de Louga et Thiès. Elle est méconnue par beaucoup de Sénégalais. Amadou Coly Ndiaye, géographe-environnementaliste, explique : «Je ne savais pas que la vallée du Car-Car faisait partie de Louga. Voir avec le Lac de Guiers comment revitaliser le Car-Car. Ce serait bon à partir du Lac de Guiers, voir comment réapprovisionner la vallée du Car-Car. Un juriste pourrait voir ce qui est positif et ce qu’il faut améliorer dans les documents.» Le chef du Service régional de l’hydraulique de Louga renchérit : «L’autre aspect, c’est le zonage. En ce qui concerne la région de Louga, cela concerne trois arrondissements, à savoir Mbédieng, Coki et Keur Momar Sarr.»

Importance de l’étude
L’eau est l’une des grandes préoccupations nationales. Il faut une approche sectorielle et non participative. Il y a aussi la faiblesse du budget alloué à la survie en eau. Toutes les communes seront concernées. Pour chaque commune, il est impératif de définir un Plan local de gestion des ressources intégrées en eau, décrivant ses responsabilités et sa contribution et de mettre en place un comité local de l’eau. Au final, ce Plan de gestion va reposer sur un système de double planification, à l’image des Plans des Niayes et du bas-Ferlo qui existent déjà. Alors que 14 sous-unités de gestion sont déjà financées, il est essentiel d’actualiser les plans réalisés et faire les restants. Antoine Diockel Thiaw, ingénieur hydraulicien, avance : «Il faut penser à l’élaboration des schémas d’aménagement et de développement en eau, la demande en eau constante et l’augmentation liée à l’accroissement démographique (2 à 3% par an).»
Par ailleurs, le Plan de gestion des eaux (Pge) doit permettre d’identifier les ressources disponibles et les contraintes à prendre en compte pour la réalisation d’objectifs stratégiques de décentralisation, de développement agricole, d’approvisionnement en eau des populations et de préservation de l’environnement. La spécificité du Pge par rapport aux plans de développement sectoriels, dont il doit clairement se distinguer, est qu’il doit énoncer les limites de ce qui est faisable dans la durée, d’identifier les mesures, dispositifs et l’organisation nécessaires pour que ces limites soient respectées. «L’objectif principal est de permettre aux parties prenantes d’échanger et de s’informer mutuellement sur la problématique que posent les ressources en eau et sur la valorisation des ressources naturelles dans les différentes zones. Il s’agissait tout aussi d’offrir aux acteurs clés un espace de dialogue en leur permettant de rechercher et de définir de manière concertée les mesures à mettre en œuvre pour mieux gérer les ressources en eau et préserver durablement les écosystèmes aquatiques vitaux qui contribuent à l’amélioration du cadre de vie des populations vivant dans les zones fragilisées», confie Niokhor Ndour, directeur du Pagire.

Précarité et qualité de la ressource
La finalité de l’étude et de gestion de l’eau à l’échelle des sous-Ugp, c’est pour mieux répondre aux besoins des usagers. La ressource est précaire. Pour un développement durable, il  faut de nouvelles stratégies. Antoine Diockel Thiaw dit : «Au Sénégal, on n’a pas la culture de récolter l’eau de pluie alors que c’est le contraire dans beaucoup de pays africains qui l’utilisent pour l’eau de boisson.» En écho, Bara Bousso, président du Cadre régional de concertation des ruraux, s’interroge : «Nous voulons récupérer de l’eau, mais avec quelle technique ?» Le chef du Service régional de l’hydraulique de Louga, parlant de la qualité du liquide précieux, confie : «Par rapport à la qualité de l’eau, c’est la même chose parce qu’elle est saumâtre. Elle n’est pas préférable à la consommation. Pour la revue documentaire, ce sont des documents à l’échelle départementale. Avec elle, on aura des problèmes avec les Plha.» Le maire de Coki, Papa Banda Diop,  enfonce le clou : «La qualité de l’eau fait défaut. On ne peut rien faire avec cette eau. Pour nous désaltérer, nous sommes obligés de faire recours à de l’eau commercialisée par des sociétés de la place. On a pris des échantillons qu’on a amenés à Lyon. Et dans ce laboratoire, les techniciens se sont demandé comment des personnes peuvent boire cette eau. On a refusé d’amener l’eau du Lac de Guiers, distant de 40 km de notre commune. La conséquence, beaucoup de femmes en état de grossesse ont de réelles difficultés. Il y a de la quantité, mais la qualité fait défaut. Naturellement je suis de constitution chétive, mais l’eau m’a pompé. Et c’est pourquoi j’ai pris du poids. Sur 14 plans, seuls deux sont réalisés. A quand, les autres ?»
Ibrahima Ndong, chef du Service régional de la planification, refait l’historique des différents programmes hydrauliques de la zone. Il dit : «En 2012, on avait atteint la cible. Diourbel a de l’eau, mais elle n’est pas de qualité. La Vallée du Car-Car, là où elle traverse, est la zone la plus pauvre de la région. Il faut donc une eau productive qui puisse être exploitée par les populations. On n’a pas capitalisé les expériences des Plha. On risque de faire une planification à double vitesse.» Sur cette qualité de l’eau, Antoine Diockel Thiaw, consultant hydraulique, renseigne : «Plus tu avances à l’est, plus l’eau devient saumâtre. Toute la qualité de l’eau par commune sera cartographiée. Le transfert, c’est la meilleure option. C’est une solution durable. Ce sont des contingences politiques qui ont retardé le transfert de l’eau de Keur Momar Sarr à Coki. L’eau est un sujet de débat inépuisable. Sur 100 litres traités, seuls les 40 sont utilisables et les 60 autres seront reversés dans la nappe. C’est le gouvernement qui va valider en dernier ressort les plans de gestion intégrée des  ressources en eau.» En attendant, Diourbel et Louga étanchent leur soif dans la peur d’attraper des maladies.

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