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1,05%, c’est le taux des jeunes qui sont sensibles au radicalisme religieux à Rosso, dans la zone frontalière entre le Sénégal et la Mauritanie. C’est ce que le rapport de l’Etude sur les facteurs de radicalisation et de perception du terrorisme chez les jeunes dans la zone frontalière du Sénégal et de la Mauritanie a révélé. La précarité, la pauvreté et la sous-information, voilà autant d’éléments qui, selon le rapport réalisé par Timbuktu institute, favorisent ou peuvent être une porte d’entrée de l’extrémisme religieux.

Qu’est-ce que le leadership religieux n’a pas fait pour que des jeunes Sénégalais disent aller apprendre l’islam au Nigeria ? Si une réponse nationale est souhaitée, à Rosso Sénégal 1,05% des jeunes âgés de 18 à 35 ans sont sensibles à la radicalisation alors que 98,5% rejettent toute idée allant dans ce sens. C’est le résultat de l’Etude sur les facteurs de radicalisation et de perception du terrorisme chez les jeunes dans la zone frontalière du Sénégal et de la Mauritanie.
Même si la menace d’un extrémisme religieux semble insignifiante, la sous-information dans cette partie du pays peut être une porte d’entrée pour les recruteurs. Selon l’étude menée par Timbuktu institute, «les jeunes de Rosso semblent mal maîtriser les facteurs pouvant conduire à la radicalisation ou comprendre clairement le terrorisme». Cela, conjugué à la précarité, peut être un terrain facile pour les recruteurs, d’après Dr Bakary Sambe, directeur de Timbuktu institute. Qui voit une coloration entre le chômage et l’extrémisme.
Seulement, 3,8% des jeunes sondés affirment maîtriser le Coran. Le reste se tourne vers les imams et les maîtres coraniques pour rehausser leur niveau. Or, selon Dr Sambe, «l’instrumentalisation politique de la dualité du système éducatif sénégalais par des mouvements islamistes et au-delà» pose problème. Le fait de ne pas avoir les mêmes chances que ceux qui sont issus de l’école française peut amener les «arabisants» à se radicaliser et, par conséquent, verser dans l’extrémiste et détourner cette jeunesse.
Et sur la perception des djihadistes, le rapport mentionne que «21% des répondants qualifient les membres de Boko haram de mauvaises personnes, tandis que 15% d’entre eux les considèrent comme des gens commettant des actes inhumains. 12% qualifie Boko haram comme un groupe terroriste».
Sur la laïcité, un système rejeté par les extrémistes, la jeunesse de Rosso semble être en adéquation avec les autorités étatiques. «Les jeunes interrogés tiennent à la laïcité de l’Etat et n’en ont pas la même compréhension négative, véhiculée par les élites politiques, intellectuelles et religieuses. 71% pensent que la laïcité demeure une très bonne chose. Et 10,7% estiment que c’est une donnée à changer. 87,2% sont favorables à la conservation du système laïc sénégalais.»
L’une des révélations de l’enquête est la relation statistique entre le niveau de présence des confréries et la faiblesse de l’influence du discours extrémiste. Ils sont 98,6% à s’affilier à une des 4 confréries du pays.

Conclusions de l’étude
Il y a trois tendances qui se dégagent, d’après le rapport. Elles sont d’abord rassurantes : les jeunes de Rosso résistent majoritairement au discours radical et rejettent la violence. Ils sont ancrés aux confréries soufies.
Sur les tendances mitigées, le rapport souligne que l’absence de sensibilisation sur ces questions contribue à la méconnaissance du phénomène. L’exclu­sion sociale et la pauvreté sont des signaux de vulnérabilité qui pourraient être profitables aux recruteurs. Les conséquences de la dualité du système éducatif peuvent exclure les jeunes qui ont choisi l’arabe plutôt que le français comme langue d’apprentissage et la porosité des frontières constitue, entre autres, les tendances préoccupantes.
Il faut noter que cette étude a été réalisée sur un échantillon de 357 jeunes âgés de 18 à 35 ans. Rosso compte 15 mille 870 habitants dont 4 856 jeunes. Sur l’échantillon, ils sont 185 hommes pour 172 femmes.

Recommandations
Pour écarter la menace de la radicalisation, le rapport préconise de s’attaquer aux causes profondes de la précarité à travers une politique efficiente de promotion de l’emploi des jeunes. L’amélioration des conditions d’accès à l’école publique ainsi qu’un peu plus de considération de l’école islamique, en y renforçant le volet professionnel, sont aussi des recommandations du rapport. Qui invite aussi à plus de sensibilisation des jeunes en y intégrant les chefs confrériques.
Dr Sambe est d’avis que «si on ne veut pas que notre système éducatif soit à la base de dissensions sociales, on doit corriger l’inégalité entre l’enseignement arabe, islamique et celui professionnel. Tous les Sénégalais doivent apprendre la même chose, quelle que soit la langue d’acquisition. Depuis 1960, l’élite est constituée de l’école de la République. Cela peut conduire au choc des élites. Le Bac arabe n’est pas suffisant. Il faut qu’ils puissent faire comme tout le monde».
mgaye@lequotidien.sn

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