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Les conditions de voyage effroyables des migrants subsahariens pour rallier l’Europe, l’arrivée massive de ces migrants sur les côtes italiennes, le traitement presque inhumain qu’on leur réserve sans parler des conditions de vie dégradantes qu’ils y vivent mais aussi quelques expériences réussies de migrants ont été au cœur de la Journée internationale des migrants célébrée par l’Organisation internationale des migrations, (Oim), la Fédération internationale des sociétés de la croix rouge et du croissant rouge (Ficr).

Le sujet est d’actualité. Pas un seul jour sans qu’on nous parle du douloureux quotidien des migrants. En témoignent les 1 400 migrants ressortissants subsahariens expulsés récemment d’Algérie et conduits par le gouvernement de ce pays vers Tamanrasset, une région frontalière avec le Niger. Les migrants, révèle Anne Elisabeth Leclerc, chef de bureau Sahel de la Ficr, sont exposés aux dangers sur les routes migratoires, les pays de transit et de destination. Une situation qui interpelle, tous selon elle.
Le Sénégal n’échappe pas à cette tragédie qui se joue au niveau du désert, en Libye ou sur les côtes européennes. Jo-Lind Roberts Sène, chef du bureau Oim Sénégal, soutient que notre pays dispose de peu de données réelles sur la migration mais elle révèle qu’il y a plus de 6 000 Sénégalais qui sont arrivés sur les côtes italiennes, cette année, par la migration irrégulière. «En termes de décès, on n’a pas des chiffres mais on sait que les décès sont très nombreux dans la Méditerranée et aussi très élevés au niveau du désert», regrette-t-elle.
Face à ce désastre, la Croix-rouge fait ce qu’elle peut. L’organisation, qui dispose d’un réseau dense à travers le monde, a mis en place une équipe. Celle-ci travaille dans le domaine du rétablissement des liens familiaux. Elle travaille également dans le domaine de la recherche pour mettre en connexion les membres d’une même famille. Cette année au Sénégal, elle a pu retrouver et connecter une cinquantaine de cas avec leurs familles alors qu’elle était restée des années sans donner de nouvelles, renseigne Mamadou Sonko secrétaire général de la Croix-rouge sénégalaise.
Malgré tous ces efforts, Richard Danziger, directeur régional de l’Oim pour le bureau de l’Afrique de l’Ouest et du Centre, estime que cela ne suffit pas. Il considère la migration comme une question complexe qui revêt divers aspects. S’adressant à l’Europe, M. Danziger souligne que cette partie du monde même si elle ne le dit pas, a besoin de migrants. «L’Europe ne fait presque plus d’enfants, d’ici à 20 ans qui va payer ses impôts ou sa sécurité sociale. Je pense qu’elle doit ouvrir les frontières et permettre aux migrants de s’installer dans la légalité et la dignité», plaide-t-il.
Quant aux pays d’origine des migrants, le chef de bureau leur rappelle leurs obligations. Ils doivent, selon lui, trouver aux jeunes qui cherchent un monde meilleur des alternatives, des opportunités pour les retenir et du coup réduire l’ampleur du phénomène. Car explique-t-il : «ces personnes qui tentent de migrer en traversant le désert, le Niger et  la méditerranée ce sont des personnes qui ont énormément de courage.» Il a plaidé pour que cette force soit orientée vers d’autres secteurs porteurs d’espoir dans leur propre pays. Mme Jo-Roberts Sène souligne que c’est en donnant aux jeunes des solutions alternatives que la sensibilisation aura un effet car celui qui a comme slogan «l’Europe ou la mort», il sera difficile voire impossible de lui faire renoncer.
Malgré cette face sombre de la migration, la directrice de l’Oim Sénégal se félicite de la richesse de certaines expériences. Elle convoque la contribution de la diaspora sénégalaise qu’elle qualifie de dynamique. «En 2014, elle était plus élevée que l’aide publique au développement et était chiffrée à 1,3 milliard de francs Cfa».

ndieng@lequotidien.sn

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