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A droite Abdou Karim Fofana, ministre de l’Urbanisme, du logement et de l’hygiène publique.

Les architectes semblent pessimistes sur le projet de construction de 100 mille logements sociaux du chef de l’Etat. Ils estiment que le système d’acquisition en lui-même fait défaut et ne facilite pas l’accès des citoyens au logement.

La Journée mondiale de l’architecture a été célébrée hier par le Collège universitaire d’architecture de Dakar (Cuad) sur le thème : «Architecture… logement pour tous.» Le sujet cadre bien avec la volonté du chef de l’Etat de «réaliser 100 mille logements sociaux au Sénégal en 5 ans». Le directeur du Cuad a pointé du doigt le problème d’acquisition d’un logement au Sénégal. «Non seulement les populations n’ont pas de moyens dans leur majorité, mais aussi le système ne facilite pas l’acquisition du logement, ni le droit au sol. En principe, ceux qui ne peuvent pas accéder au sol ne peuvent pas accéder au logement», a déploré Mohamed Naby Kane. L’architecte de signaler que la plupart de nos sols ne sont pas identifiés. «Globalement, les Sénégalais même s’ils parviennent à acquérir un sol, sont sur un sol qui ne leur garantit pas une certaine sécurité, parce que du jour au lendemain, l’Etat peut dire qu’il s’agit de terrain non identifié, ou non immatriculé et peut subitement prendre ces terres», alerte Naby Kane.
Avant de parler de logement, insiste-t-il, «faut parler de l’accès au sol». «Cet accès pose un grand problème, aujourd’hui. En son temps, la Sicap ou la Sn Hlm pouvait permettre la classe sociale assez démunie de pouvoir acquérir un logement, mais aussi en même temps le sol par un système de paiement au bout de quelques années. Et c’est ce système-là qui fait défaut», déplore encore le directeur du Cuad, nostalgique de cette politique de l’Etat, qui permettait aux citoyens démunis d’acquérir un logement.
A la place de l’Etat, ce sont les promoteurs qui ont pris le relais sur la production et la facilitation de l’acquisition d’un logement social.

Les taux d’intérêt incompatibles aux logements sociaux
Cependant pour que le programme «Un logement pour tous» soit une réalité, les banques devraient demander moins d’intérêt aux citoyens. «Dans beaucoup de pays, on parle d’accès au logement avec un intérêt presque de 0,%. Aujourd’hui, nos banques sont à 9%, 12%, d’intérêt. C’est pratiquement incompatible avec l’accès au logement», a soutenu Naby Kane qui prend exemple sur la France où il y a des prêts à 1%, à 2% qui ne représentent pas grand-chose. «Il faut que les banques jouent leur rôle pour que le coût du logement puisse être moindre. Sans cela, ça va être hyper difficile de pouvoir avoir ces logements sociaux dont on parle», a dit l’architecte.
Pourtant, le projet de construction de 100 mille logements sociaux dont il parle a été conçu par l’Etat du Sénégal pour rétablir la justice sociale.
«Il y a beaucoup de nos compatriotes dont le parcours résidentiel est un labyrinthe. Ils paient un loyer et en même temps, épargnent pour devenir propriétaire d’un terrain pendant 10 nans. 10 ans après, ils épargnent pour avoir les moyens de construire leurs gros œuvres, puis ils épargnent encore pour réaliser le second œuvre de leur logement. Souvent, la construction d’un logement prend 10 à 15, voire 20 ans pour une personne à revenu modeste», a développé le ministre de l’Urbanis­me, du logement et de l’hygiène publi­que.
Il s’agit souvent de personnes dont le revenu du ménage est en dessous de 450 mille francs Cfa, encore faudrait-il qu’il soit un revenu régulier. La cité Diobass, indique Abdou Karim Fofana, est le premier modèle achevé avec des logements pour lesquels les propriétaires peuvent payer 88 mille francs pendant 15 ans. «L’intérêt c’est de faire revenir le modèle de la location-vente. Il y a le modèle de Ronck sur lequel nous sommes en étude, il y a aussi celui de Mont Roland. Nous sommes en train de mobiliser dans les pôles urbains, hors des pôles urbains, afin de faire avancer les choses», a fait savoir M. Fofana.
Le panéliste Malick Gaye est tout aussi septique concernant les 100 mille logements sociaux du président de la République. Pour lui, l’acteur formel du logement est ailleurs, autre que les banques. Dans ce projet, l’architecte donnait 10% seulement à la région de Dakar et tout le reste dans les autres régions.

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