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Les médias relatent une «recrudescence de la violence dans les banlieues et grandes villes» depuis un certain temps. Chaque jour, ils font état des crimes commis par des malfrats, bandes armées (meurtres, assassinats, parricides…). Tout cela a motivé le débat sur la restauration de la peine de mort au Sénégal. Les imams en ont fait leurs sermons, les hommes politiques ont saisi l’occasion de se faire entendre, les médias ont pu remplir leurs colonnes. Deux entités se sont créées : celles qui, s’inspirant de la charia, soutiennent la nécessité de tuer les coupables pour respecter les préceptes donnés par Dieu, d’autres par contre, militants d’une autre «correction», refusent une telle loi.
Rappelons que la peine de mort est l’exécution d’un ultime châtiment contre un homme jugé coupable d’un crime. Les défenseurs de cette loi pensent que le fait de tuer les meurtriers est une manière de dissuader les éventuels criminels. Donc, la peine de mort serait un moyen de diminuer la criminalité.
Alors, les récits de la presse sont-ils les signes d’une recrudescence de la violence et de la criminalité ? Je pense qu’un Etat, afin de prendre les décisions telles que la restauration de la peine de mort, doit faire faire des études scientifiques fiables avec des instruments de mesure reconnus. Je ne doute pas de la bonne foi des hommes de presse, mais en vérité, les informations fournies par les médias ne peuvent pas mesurer une augmentation de la criminalité parce qu’ils ne font que donner les informations au jour le jour. La certitude qu’on peut avoir est une plus grande couverture de la presse des meurtres. Mais puisque les lignes éditoriales sont frivoles des sujets à sensation pour mieux vendre, l’on ne peut se fier à cela pour justifier la prétendue recrudescence des crimes. Donc, seules des voix autorisées sont à même de déterminer l’évolution de la criminalité.
En plus, dans beaucoup de pays qui pratiquent la peine de mort, des études et les faits empiriques ont montré que cette «correction» n’a pas occasionné  une baisse de la criminalité. La capacité dissuasive de la peine de mort est très faible par rapport à la violence de la sanction.
Dans un pays comme le nôtre, où la justice (comme partout ailleurs) est sujette à contestation, où les moyens et les conditions de détention sont «catastrophiques», il sera difficile d’appliquer la peine de mort. D’ailleurs, les graves erreurs de jugement inhérentes à toute justice humaine qui fait que des innocents croupissent dans les prisons ; non parce que les juges sont malhonnêtes, mais du fait des éléments dont ils disposent pour juger (procès-verbal d’enquête préliminaire, preuves…) qui peuvent être non fiables doivent inviter à la prudence dans cette loi contre la vie. Dans les pays appliquant la peine de mort, beaucoup d’innocents sont exécutés. Il en sera de même au Sénégal si l’on restaure cette loi.
Je pense que l’homme n’a pas le droit de tuer son semblable -c’est ce qui indigne sur les meurtres- même si celui-ci est un criminel. La vie de l’homme est sacrée. La sanction suprême n’améliore en rien l’acte commis et le criminel ne peut plus se repentir. L’on sait que les meurtriers n’agissent pas en toute lucidité. Un homme lucide ne peut tuer son semblable. Les criminels ont plus besoin de thérapie que d’être tués. Ils ont perdu leur humanité ; et il appartient à la société de la restaurer, de corriger, de soigner. Que peut-on gagner en tuant un criminel pour qui la vie est déjà un fardeau ? Il vaut mieux le laisser souffrir dans la vie (en prison peut-être) en usant de patience dans sa réconciliation avec la société. Ni la mort de la victime ni celle du criminel n’est légitime. Au Sénégal, allons-nous restaurer la loi du Talion au moment où l’on parle de tolérance, de pardon ? Non, ce n’est pas le moment d’agir de la sorte. Je pense que l’éducation à la paix et à la tolérance ne doit pas se faire dans cette cruelle correction des coupables.

Jean DIONE –  Professeur de lettres modernes
au Lycée Brave Hippolyte de Mont-Rolland

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