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Dans le hall de l’hôtel, plusieurs photos sombres sont affichées sur les murs. Il s’agit des images de femmes violées, puis forcées à se taire. Et sur place se trouve Delphine, artiste belge. Elle vient en Afrique depuis 15 ans. La peintre est très engagée dans des groupes de femmes, notamment Genji hip-hop, une Association sénégalaise de femmes artistes qui évoluent dans le hip-hop et la culture urbaine. Auparavant, elle avait déjà créé un groupe de femmes en Tanzanie. Aujourd’hui, elle a été découverte par hasard sur internet. Vêtue d’une salopette beige et d’un t-shirt bleu à l’intérieur, Delphine a des cheveux blonds et défrisés qu’elle a coiffés par un bandeau rouge. La peintre est très concentrée sur le tableau qu’elle est en train de terminer. A côté d’elle, une fillette blanche d’environ 10 ans, l’air bien innocent, immobile, la main droite tendue, l’autre délicatement rangée derrière le dos. Sur sa main droite, il est mentionné en rouge «no», («non en anglais»). «Ça m’a fort émue d’être appelée parce que moi-même j’ai été victime d’une agression et ma sœur aussi. Donc, c’est une cause que je défends vraiment», dit-elle. Avant d’ajouter : «J’ai demandé à une de mes filles de m’accompagner et me soutenir. Et c’est important pour moi qu’elle soit là parce que je trouve qu’on doit enseigner aux jeunes filles dès leur bas âge à pouvoir reconnaître un homme qui les respecte, à savoir ce que veut dire être respecté, à pouvoir faire attention et à pouvoir se défendre.»
Sur son tableau, en plein centre, un coup de poing comme symbole pour dire «non ça suffit». Mais aussi des symboles féministes tels que le symbole de la femme et le symbole de l’utérus, des lettrages «No» et l’empreinte de la main de sa fille qui est reprise un peu partout avec un «no» qui est écrit à l’intérieur pour dire à nouveau ça suffit. Misa Cosmic, la quarantaine, est artiste peintre, venue des îles du Cap Vert. Misa travaille sur un projet appelé «Sixième (6e) continent». Elle a attiré l’attention du public grâce au discours qu’elle a tenu devant son tableau. Il s’agit d’une sorte de cours de développement personnel où elle demande aux gens de cultiver l’esprit de partage, de l’amour, d’être dans le détachement et dans la neutralité «pour pouvoir être en osmose et en harmonie avec l’extérieur et avec l’intérieur». L’œuvre de Misa Cosmic «est une représentation d’une femme qu’elle a nommée La nourricière du monde». Revêtue d’une robe qui est une sorte de boîte à lettres, bandeau sur les yeux, bouche cousue, «La nourricière du monde» porte le globe sur ses mains. «C’est une lourde charge de porter le monde. Qui va la décharger de ce fardeau ? Qui va lui donner parole ? Qui va lui donner des droits pour qu’elle puisse réaliser son rêve ?», se demande l’artiste. Et «c’est tout un chacun qui propose sa solution». En effet, tout le public a été sollicité pour écrire la solution.

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