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Comme elles l’avaient promis, les populations de Richard Toll ont marché samedi pour exprimer leur mécontentement face aux importations massives de sucre autorisées par le ministère du Commerce qui a dernièrement permis à des commerçants d’importer plus de 30 mille tonnes de sucre qui plombent la production locale. Arborant des brassards rouges et des pancartes hostiles à Alioune Sarr, elles ont menacé le Président Macky Sall d’un vote-sanction s’il ne mettait pas fin à cette situation qui risque de provoquer la fermeture de leur entreprise.

Toutes les franges de la population étaient représentées le samedi dernier. Travailleurs en activité, retraités, responsables syndicaux, chefs de village, transporteurs, mouvements de jeunesse, associations sportives, éleveurs et agriculteurs ont joint l’acte à la parole. Comme ils l’avaient promis le mardi dernier lors d’un point de presse, ils ont marché du stade municipal à la mairie de Richard Toll, sur une distance de 4 kilomètres. Des observateurs ont parlé d’environ 40 mille personnes mobilisées. Louis Lamotte, l’un des piliers du Groupe Mimran, a profité de la forte mobilisation pour tirer la sonnette d’alarme : «Aujourd’­hui, la Css est à l’article de la mort et est sur le point d’être scarifiée à l’autel des appétits en Dipa.»
Un autre marcheur, interpellé, a noté que «personne ne connaissait de Dipa il y a sept ans, mais aujourd’hui c’est devenu une monnaie fiduciaire qui peut rendre riche en un claquement de doigts».

Avertissement en vue de la Présidentielle
Le combat de la population de Richard Toll est motivé par le fait, selon certains marcheurs, que «le gouvernement a tellement mis de tonnes de sucre sur le marché, en distribuant de façon irresponsable des Dipa à des personnes qui n’ont rien de commerçants, et en faisant fi des stocks actuels, produits par des Sénégalais». Lamotte souligne qu’en l’état actuel des stocks de la Compagnie sucrière qui sont à plus de 11 mille tonnes, il n’y a aucun besoin d’importer un seul kilogramme de sucre. C’est dire donc, comme le pensent les populations, que ceux qui ont accordé les Dipa avaient envie de se faire les poches. Cela, au moment où la Css a repris sa production. Des pancartes ont d’ailleurs exprimé cette frustration. On y lisait entre autres : «Vous avez vos Dipa, nous avons nos cartes d’électeur». Une manière de faire comprendre aux autorités que la situation actuelle pourrait conduire à un vote-sanction à la Présidentielle de février prochain de la part des habitants de Richard Toll, employés de la Css et autres.
Un représentant syndical a indiqué au cours de la marche : «Nous sommes sur le point de fermer et ainsi sacrifier des dizaines et des dizaines de milliers de Sénégalais qui, eux, veulent travailler.» Louis Lamotte a invité le chef de l’Etat à remettre les choses à leur place. «Nous souhaitons être entendus par le chef de l’Etat, puisque certainement l’appréciation qu’il a de la situation est insuffisante où biaisée. Qu’il sache que la plus grande catastrophe économique de l’histoire du Sénégal est en train de se produire dans le Walo !»
La conséquence d’une éventuelle fermeture de la Css pour cause de mévente serait la mort économique de toute la région. Un syndicaliste trouvé dans la marche a déclaré que «chaque famille de Richard Toll et des alentours compte au moins une personne qui travaille à la Css, ou dont le travail est lié directement ou indirectement à la Css. Si cette société s’arrête, c’est toute la vallée du fleuve qui va mourir».

La Css, une entreprise citoyenne
Pour donner une idée de ce que représente la Compagnie sucrière pour la région, Louis Lamotte a indiqué que la Css met 2 milliards de francs environ par an pour assurer l’approvisionnement en eau des agriculteurs, et soutient également les éleveurs qui, chaque année, utilisent la paille de canne pour nourrir le bétail. Par ailleurs, souligne-t-il, la Css a redimensionné son hôpital pour prendre en charge tous ceux qui viennent solliciter des prestations. Ce qu’un éleveur a illustré : «La Css est le poumon de cette région. Et quand on enlève à quelqu’un son poumon, on veut le tuer.» Poker, un représentant syndical, a rappelé que les importations sauvages et la contrebande ont tué plusieurs industries dans ce pays. Et il ne souhaite pas que sa société connaisse le même sort : «La Sotexka, la Snti ont fermé leurs portes, la Sonacos est dans des pires difficultés, toujours à cause de produits de contrebande. Et les chefs de famille qui travaillaient dans ces entreprises sont aujourd’hui abandonnés à eux-mêmes. Nous ne voulons pas connaître le même sort», a-t-il souligné.
Au terme de la marche, les neuf organisations syndicales de la boîte ont remis un mémorandum au préfet du département de Dagana, dans lequel ils ont déploré ce qu’ils appellent «les pratiques du ministre du Commerce qui constituent une menace pour la Compagnie sucrière et par conséquent pour les travailleurs et leurs familles, et auxquelles nous comptons nous opposer». Pour les travailleurs comme pour les membres des différents corps des métiers qui ont marché, seule une action énergique du chef de l’Etat pourrait stopper les actions du ministre du Commerce Alioune Sarr et mettre fin à l’entrée incontrôlée du sucre dans le pays qui empêche la Css de vendre sa production.
cndiongue@lequotidien.sn

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