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Créé en 1954, le Parc national du Niokolo koba, et ses 900 000 ha, est inscrit sur la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1981. Mais dès 2007, le Pnkk va basculer dans la liste des patrimoines en péril. Aujourd’hui, ce péril est matérialisé par les exploitations minières qui maintiennent la pression tout autour du périmètre. Une situation que le rapport de la 43e Session du Comité du patrimoine mondial dénonce vigoureusement. Le comité demande instamment au Sénégal la suspension immédiate de toute exploitation minière dans le parc.

Le Parc national du Niokolo Koba (Pnkk) inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1981, risque de rester encore longtemps dans la liste du patrimoine en péril. La 43e Session du Comité du patrimoine mondial a pris la décision de l’y maintenir mais non sans adresser de sérieuses mises en garde à l’Etat du Sénégal. Le comité qui s’est réuni il y a quelques jours à Bakou en Azerbaïdjan pose un ultimatum. Le comité demande «à l’Etat partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d’ici le 1er février 2020, un rapport actualisé sur l’état de conservation du bien», souligne le rapport sanctionnant ces assises. Il faut dire que les menaces sont sérieuses et elles concernent essentiellement les activités aurifères menées aussi bien à l’intérieur du parc qu’en dehors. Il y a quelques jours, le Conservateur du Pnkk et son adjoint avaient écopé de peines d’emprisonnement pour avoir fermé les yeux sur un site clandestin d’exploitation aurifère au sein du parc. Mais le rapport de l’Unesco pointe directement l’Etat du Sénégal et ne prend pas de gants pour le sommer de mettre fin à ces pratiques. Le comité exprime «sa plus vive préoccupation concernant les rapports d’extraction aurifère dans la partie sud-est du bien, demande en outre que toute exploitation minière dans le bien soit immédiatement suspendue, et réitère sa position sur le fait que l’exploration ou l’exploitation minière est incompatible avec le statut de patrimoine mondial, politique soutenue par la déclaration de position du Conseil international des mines et métaux (Cimm) de ne pas entreprendre de telles activités dans les biens du patrimoine mondial». Le comité pointe du doigt les mines détenues par Petowol Mining Company à Mako et Barrick Gold à Mas­sawa. Et exprime de ce fait «sa vive préoccupation quant aux impacts du projet aurifère de la compagnie Petewol Mining Company sur la qualité et le régime des cours d’eau ainsi que sur les populations de chimpanzés et leur habitat». Ce projet aurifère sis à Mako est développé par Petowal Mining Company Sa  (Pmc), filiale sénégalaise du Groupe Toro Gold qui en détient 90% des parts contre 10% pour l’Etat du Sénégal. L’inquiétude du comité du patrimoine mondiale de l’Unesco est également nourrie par «l’octroi probable d’un permis minier à la société Barrick Gold à proximité du bien». Ce périmètre de Massawa était détenu à l’origine par la société Rangold qui a fini par fusionner avec le géant minier canadien Barrick Gold qui a annoncé dans la foulée, d’importants investissements dans le projet Massawa dont les réserves sont plutôt importantes. Le comité demande de ce fait à l’Etat «d’assurer que les impacts de ce projet sur la Valeur universelle exceptionnelle (Vue) du bien soient évalués dans le cadre d’une Etude d’impact environnemental et social (Eies) complète, conformément à la Note consultative de l’Uicn sur le patrimoine mondial et l’évaluation environnementale, et d’en soumettre, dès que disponible, une copie au Centre du patrimoine mondial pour examen par l’Uicn».

Fermeture de carrière reportée
Il s’y ajoute que le Sénégal a décidé de reporter la fermeture de la carrière de Mansadala exploitée par Arezki, en invoquant des travaux d’utilité publique. Ce que regrette le comité qui demande «à l’Etat-partie de procéder immédiatement à sa fermeture étant donné son impact négatif sur la Vue du bien». Mais les menaces qui pèsent sur le Niokolo concernent également le grand projet que l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Gambie (Omvg) compte mener avec la construction du barrage de Sambangalou. L’Unesco regrette que les informations fournies sur le projet d’inter-connectivité des eaux du fleuve Gambie et des mares situées dans le parc ne permettent pas d’évaluer les impacts potentiels du projet de barrage à Sambangalou sur la Vue du bien. Le comité réitère ainsi sa demande à l’Etat pour que ce projet fasse l’objet d’une Eies détaillée.

Des mesures correctives
Consciente des risques qu’encoure cette zone de refuge pour la faune et la flore, l’Unesco reste ferme et demande à l’Etat du Sénégal de prendre un certain nombre de mesures correctives. Il s’agit concernant le projet de barrage, de continuer le suivi régulier de la quantité et la qualité des eaux de surface, de décharge et souterraines en amont et en aval du projet aurifère à Mako. Mais aussi de fournir des données détaillées sur le suivi des chimpanzés et leur habitat, afin de permettre une évaluation des impacts réels du projet et les mesures d’atténuation proposées pour assurer la conservation de cette espèce. L’Unesco recommande également au Sénégal de faire des analyses microbiologiques pour les cours d’eau susceptibles d’être affectés par le projet et de soumettre les résultats au Centre du patrimoine mondial pour examen par l’Uicn.

Quelques points positifs
Tout n’est pas négatif dans les conclusions du rapport de l’Unesco. En effet, le comité se félicite tout de même de quelques mesures prises par le Sénégal. Le comité se réjouit ainsi des résultats de l’inventaire et du suivi écologique qui indiquent l’accroissement de la population de certaines espèces emblématiques, tout en montrant la vulnérabilité d’autres espèces comme l’éléphant, le lycaon et le bubale. Le comité «considère que ces suivis devront se poursuivre sur une plus longue durée et demande également à l’Etat-partie de mettre en œuvre les recommandations de l’inventaire ; notamment la mise en place d’un programme d’urgence pour le lycaon, d’un programme de conservation pour l’élan de Derby, et d’un programme de suivi pour le bubale». Dans le domaine de la sensibilisation, les activités de développement, d’éducation, d’information et de sensibilisation, initiées par l’Etat-partie et ses partenaires, ont permis une meilleure implication des communautés dans la gestion du bien, salue le comité.

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